Le sélectionneur français Aimé Jacquet est porté en triomphe par ses joueurs après la victoire de la France en finale de la Coupe du monde, le 12 juillet 1998.

Aimé Jacquet, héros blessé

PARIS — La seule étoile mondiale qu’elle porte sur son maillot, l’équipe de France la doit notamment au sélectionneur emblématique du titre de 1998, Aimé Jacquet, un technicien adoré par ses Bleus, mais qui fut profondément blessé par les critiques de la presse avant la Coupe du monde.

12 juillet 1998, la France vient de battre le Brésil en finale de la Coupe du monde, avec deux buts de la tête de Zinédine Zidane (3-0) au Stade de France. Après avoir été porté en triomphe par ses joueurs, Jacquet va dire ce qu’il a sur le cœur devant les caméras.

«Je ne pardonnerai jamais, jamais je ne pardonnerai», lance-t-il à la cantonade, à propos des articles de presse avant ce Mondial, notamment dans le journal L’Équipe.

«On avait été trahis par des journaux tout au long des années. La France a enfin vu qu’elle avait une grande équipe de France, qu’elle avait de grands joueurs et qu’ils défendaient le maillot français», martèle le technicien.

Jacquet, un ancien milieu de terrain, a 56 ans quand il remporte ce titre avec les Bleus, la première étoile d’une équipe de France qui n’a plus réussi pareil exploit depuis.

Il prend la tête des Bleus en 1993, dans un contexte cauchemardesque. L’équipe de France vient de subir l’un des plus grands fiascos de son histoire, en craquant contre la Bulgarie en fin de match (2-1), une défaite en éliminatoires qui la prive d’une participation à la Coupe du monde 1994.

Sur la pointe des pieds

Gérard Houllier, le sélectionneur de l’époque, démissionne et c’est son adjoint, Aimé Jacquet, qui récupère le poste. Mais «Mémé» arrive sur la pointe des pieds. Officiellement, il n’est là qu’à titre «provisoire».

Il s’impose pourtant, avec ses cheveux grisonnants, sa rigueur et sa poigne. Il réussit à amener la France en demi-finale de l’Euro de 1996.

C’est pendant la préparation de la Coupe du monde que les choses se gâtent. «Laborieux», «fruste»... les critiques pleuvent sur le style de jeu de son équipe et la personnalité de son entraîneur. «Jacquet n’est décidément pas l’homme de la situation», écrit L’Équipe.

L’une des grandes blessures de Jacquet?  Les moqueries sur sa façon de parler et son accent du Forez, sa région d’origine. «Les Parisiens ont bien ironisé sur mon accent», protestera-t-il plus tard, en revenant dans son village natal, tout auréolé de son triomphe au Mondial.

«Valeurs sincères» 

«Ce qui caractérise Aimé, c’est son humanité, son humilité, son professionnalisme. Il arrivait à mélanger rigueur, vision, mais également management dans l’humain, c’est très important», se souvient l’ancien milieu de terrain Emmanuel Petit. «Il avait l’adhésion de tout le groupe, parce qu’on sentait qu’on était dans un rapport respectueux, mais également sur des valeurs sincères.»

«C’était un bosseur, un besogneux qui avait tout décelé chez les adversaires», ajoute l’ancien de terrain milieu Alain Boghossian.

Avant la finale contre le Brésil, Jacquet délivre des conseils aux allures prémonitoires. «Sur les coups de pied arrêtés, ils sont assez dilettantes. Si vous êtes un peu futés, malins, essayez de bouger, essayez de les perturber, ils n’ont pas  une rigueur de marquage énorme sur les coups de pied arrêtés».

Zidane est là, au milieu des joueurs, concentré. Pendant le match, il marquera son fameux doublé de la tête, sur corner. Dans son autobiographie, Ma vie pour une étoile, parue en juin 1999, Jacquet écrit ceci : «Je n’ai qu’un souhait, que l’on dise plus tard, cet honnête homme a bien fait son travail.»

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EN BREF

Will Smith déjà bouillant

«Nigeria? Yeaaah! Georgia? Yeaaaaahhh» Survolté, l'acteur et chanteur Will Smith a chauffé la salle où se tenait la conférence de presse concernant la cérémonie de clôture du Mondial 2018, demandant la nationalité des médias présents avant de scander «Paris, est-ce que vous êtes là?» Le spectacle a duré plus d'une demi-heure dans la salle de conférence du stade Loujniki, où s'est tenue le matin même une conférence de presse plus policée, celle du président de la FIFA Gianni Infantino. Celui-ci ne s'est en effet pas livré au même spectacle que l'acteur américain, qui chantera lors de la cérémonie de clôture. En revanche, l'Italo-Suisse avait troqué son habituel costume siglé FIFA contre un chandail à capuchon «volontaire», ces bénévoles chargés d'aider au bon déroulement de la Coupe du monde. Un hommage au rôle qu'ils ont joué, a-t-il expliqué.  AFP

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Allégeance à CR7

Blaise Matuidi a été interrogé sur son nouveau coéquipier à la Juventus Turin, un certain Cristiano Ronaldo. Et le milieu français a pris soin d'envoyer un message positif à l'attention de l'attaquant portugais. «Je joue une finale de Coupe du monde, le moment n'est pas forcément le bienvenu, même si je vais dire un petit mot : c'est super d'avoir recruté le meilleur joueur du monde qu'est Cristiano Ronaldo».  AFP

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Lahm remettra le trophée

Philipp Lahm, le capitaine de l'équipe d'Allemagne championne du monde en 2014, présentera officiellement le trophée de la Coupe du monde aux spectateurs du stade Loujniki avant l'entrée des deux équipes pour la finale France-Croatie dimanche. Il sera accompagné sur le terrain de la célèbre mannequin russe Natalia Vodianova qui était déjà présente pour la cérémonie d'ouverture. Lahm a également été recruté pour être l'ambassadeur de la candidature allemande à l'organisation de l'Euro 2024.  AFP

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Sujet controversé...

Le sélectionneur russe Stanislav Cherchesov a brutalement interrompu une entrevue avec l’hebdomadaire allemand Der Spiegel après une question sur le dopage, rapporte le magazine dans son édition à paraître samedi. Lorsque la question du dopage a été abordée, l’entraîneur, qui a mené son équipe en quart de finale, a lancé aux journalistes : «Interrogez-moi sur des choses qui sont factuellement prouvées, et je vous répondrai», avant de se lever et de quitter la pièce. «Ce n’est qu’après de longues discussions que l’entraîneur a accepté de reprendre l’entrevue», rapporte encore l’hebdomadaire. Les journalistes lui avaient demandé si les Russes pouvaient comprendre la suspicion à leur égard, compte tenu de la révélation d’un système de dopage organisé, notamment lors des Jeux olympiques de Sotchi. «Ce que vous pensez n’intéresse pas la Russie», a rétorqué Cherchesov.  AFP