Les sports extérieurs auront une plus grande facilité à reprendre l'entraînement que les sports aquatiques intérieurs, dont les protocoles sanitaires seront beaucoup plus sophistiqués.
Les sports extérieurs auront une plus grande facilité à reprendre l'entraînement que les sports aquatiques intérieurs, dont les protocoles sanitaires seront beaucoup plus sophistiqués.

Aide financière aux athlètes: encore beaucoup de questions sans réponse

Le Comité olympique canadien (COC), le Comité paralympique (CPC) et le programme À nous le podium (ANP) ont annoncé une aide de 5 millions $ pour faciliter la reprise des activités du sport de haute performance au pays. À qui et comment cette somme viendra en aide? Encore difficile de le dire avec exactitude.

L'annonce, faite conjointement par le COC, le CPC et ANP, lundi, vise à faciliter la vie des athlètes de pointe qui ont vu leur entraînement stoppé net pour certains d'entre eux avec l'éclosion de la pandémie de COVID-19 au pays, en mars.

Avec le report des Jeux de Tokyo jusqu'en 2021, plusieurs se demandaient comment la reprise des activités allait se faire et de quelle façon on leur viendrait en aide. On ne peut pas affirmer aujourd'hui qu'ils ont plus de réponses à leurs questions.

Tout d'abord, on ne sait pas encore de quelle façon sera divisée cette somme de 5 millions $ entre les quelque 60 sports que représentent le COC et le CPC. Est-ce que les sports ayant les meilleures chances de podium seront priorisés?

«Il s'agit de notre prochaine conversation, a indiqué Anne Mercklinger, présidente et cheffe de la direction d'ANP, qui préside le groupe de travail sur le retour à la compétition. L'une des responsabilités du groupe de travail est d'établir les priorités du financement. Nous en discuterons (mardi) et ferons part de nos décisions aux différentes fédérations par la suite.

«Nous nous sommes assurés que tous les sports puissent être en contact avec nos médecins et les médecins des fédérations afin qu'on puisse mettre sur pied le bon plan de retour à la compétition pour tous les sports olympiques et paralympiques.»

Mais une chose est certaine : tous ne recevront pas une part égale de gâteau.

«Nous ne devons pas penser que cette somme sera divisée également entre les 60 sports de compétitions, a noté David Shoemaker, président et chef de la direction du COC. Nous allons nous aligner avec les recommandations du groupe de travail sur le retour à la compétition.

«J'espère que l'une des recommandations fera en sorte que ces sommes pourront avoir un impact sur tous les sports que nous représentons. Qu'on en fasse profiter les instituts de sports, qu'ils servent à de l'hébergement, des équipements d'entraînement, des capacités de tests de détection, du personnel : on veut que ça ait un impact à travers le pays.»

Alors comment seront utilisées ces sommes? Il y a tant d'éléments de réponse qu'il est difficile d'affirmer à quoi elles serviront exactement.

«La clé est que chaque sport est responsable d'appliquer ces sommes de façon spécifique et les plus efficaces pour lui, a indiqué Shoemaker. Un athlète qui se prépare pour Tokyo 2020 en natation, en canoë-kayak ou en gymnastique ne le fait pas de la même façon. Les besoins en équipement et en lien avec la distanciation sociale sont différents. Comme les sports établiront eux-mêmes leurs besoins, ça devrait y répondre de façon ciblée.»

«Ça varie beaucoup, ajoute Anne Mercklinger. Les sports extérieurs auront une plus grande facilité à reprendre l'entraînement que les sports aquatiques intérieurs, dont les protocoles sanitaires seront beaucoup plus sophistiqués. Nous ne pouvons pas spéculer sur quels sports auront un plus grand besoin financier à ce moment-ci.»

«Le plus important est la santé publique, a renchéri Shoemaker. Nous voulons que les athlètes qui reprennent l'entraînement le fassent de façon sécuritaire pour eux, mais aussi pour leur famille et leur communauté.»


« Nous ne devons pas penser que cette somme sera divisée également entre les 60 sports de compétitions »
David Shoemaker, président et chef de la direction du Comité olympique canadien

Et comment les fédérations admissibles peuvent-elles toucher leur part du gâteau?

«Il reste encore beaucoup de travail à faire par le groupe de travail afin d'établir les critères qui seront retenus pour distribuer cette somme, a admis Mercklinger. Mais quand on regarde la stratégie nationale de sport de haute performance, les fédérations sont responsables d'identifier les athlètes faisant partie de l'élite. Nous regarderons également les chances de podium et si vous êtes un athlète établi ou faisant partie de la “prochaine génération”. Il y a déjà certains paramètres établis par les divisions haute performance de chaque fédération. Nous peaufinerons cela avec le groupe de travail.»

Ces sommes pourraient d'ailleurs être utilisées pour augmenter la capacité de détection de la COVID-19.

«C'est ce que nous étudions, a lancé Shoemaker. Cet investissement pourrait servir à accroître la capacité de tester les athlètes, entraîneurs et personnel de soutien de haut niveau.»

On peut comprendre que le processus exact de l'allocation de ces 5 millions $ n'ait pas encore été clairement établi. Mais même sur la création de ce fond, les réponses sont abstraites.

«Ce que nous avons fait, c'est de réassigner de l'argent d'autres programmes au sein de notre organisation et de l'affecter aux besoins les plus pressants», a expliqué Shoemaker.

Ce qui soulève deux autres questions : quels sont ces autres fonds et sont-ils menacés de disparaître à la suite de cette réorganisation?

«On ne peut les identifier pour le moment, car nous sommes toujours à évaluer les besoins de la prochaine olympiade, quoi prioriser comme organisation, a dit Shoemaker. Mais nous sommes également en train d'étudier l'impact de la COVID-19 sur le COC et nous avons ajusté nos opérations à la baisse temporairement en ce sens. Certaines choses que nous avons pu faire lors des deux dernières années - notamment la promotion de l'olympisme à travers le pays -devront être abandonnées afin que nous puissions nous concentrer sur notre missions principale : de mettre des athlètes sur le podium.»

«C'est une question à laquelle nous souhaitons répondre et nous le ferons en temps et lieu, a précisé Karen O'Neill, présidente et cheffe de la direction du CPC. Mais pour l'instant, la situation change tellement rapidement, presque quotidiennement, que la réponse nécessite plusieurs niveaux d'analyse. Nous sommes tous habitués de planifier par période de quatre ans. Maintenant, nous devons le faire sur deux ans pour nous assurer que nos équipes et nos athlètes soient prêts pour Tokyo et Pékin 2022.

«C'est la réponse à la situation que nous connaissons présentement. Elle sera réévaluée dans l'avenir, grâce au groupe de travail, à la supervision de la situation sanitaire et les données sur lesquelles nous pourrons compter dans l'avenir. En compagnie de nos experts médicaux, il s'agit d'un exercice permanent afin de répondre aux besoins changeants. J'imagine donc que la réponse changera avec le temps.»

Bref, de façon générale, les athlètes de haute performance du pays ont une belle occasion de se réjouir. Pour quoi exactement? C'est on ne peut moins clair.