Adonis Stevenson est champion du monde WBC des poids mi-lourds depuis 2002 jours.

Adonis Stevenson revisite ses 10 combats pour le titre

Adonis Stevenson est champion du monde WBC des poids mi-lourds depuis 2002 jours. Près de cinq ans et demi. Une éternité dans le monde de la boxe. Avec une victoire samedi soir à Québec, ville où il a mis sa couronne en jeu le plus souvent, le puissant gaucher surpasserait Lucian Bute et ses neuf défenses à succès, un record pour un boxeur québécois. Revoyez les 10 combats pour le titre à travers les yeux du champion lui-même et de son promoteur Yvon Michel, qui passe en revue ceux contre qui Superman s’est battu… ou pas.

1. Chad Dawson (États-Unis, 31-2),
8 juin 2013 à Montréal ,
victoire par K.-O. à 1:16 du 1er round

› Adonis Stevenson «C’est le début du règne! La réalisation d’un rêve que je caressais lorsque je suis devenu professionnel [en 2006]. J’aurais pu gagner la ceinture IBF à 168 livres les mains dans le dos, mais je préférais celle de la WBC, même à 175 livres. La ceinture verte, c’est la plus prestigieuse! J’avais dédié ce combat à mon entraîneur Emanuel Steward [décédé en 2012], qui m’avait dit que je deviendrais un grand champion. Je ne voulais pas le décevoir.»

› Yvon Michel «Adonis était l’aspirant obligatoire des 168 livres de l’IBF. Mais Carl Froch a préféré une unification contre Mikkel Kessler et le vainqueur abandonnait le titre pour qu’Adonis se batte pour la ceinture contre un autre aspirant. Entretemps, Jean Pascal devait affronter Chad Dawson pour le titre des 175 livres du WBC. Mais l’occasion pour Pascal d’affronter Lucian Bute s’est présentée. Donc, Jean s’est retiré du combat de Dawson et HBO a accepté de prendre Stevenson-Dawson en à-côté de Bute-Pascal.»

2. Tavoris Cloud (États-Unis, 24-1),
29 septembre 2013 à Montréal,
victoire par abandon à 3:00 du 7e round

› Adonis Stevenson «On disait que j’avais gagné la ceinture par chance, et je l’ai encore! Des faux prophètes disaient que je devais ma victoire contre Dawson à un coup de poing chanceux, que Cloud allait me battre. Mais je leur ai fait ravaler leurs paroles! Après, Don King a dit que j’avais la force de Mike Tyson et les pieds qui bougeaient comme Muhammad Ali. C’était vraiment flatteur.»

› Yvon Michel «La première année où un gars devient champion, il a l’adrénaline, n’est pas encore riche et veut se battre. Cloud était un protégé du promoteur Don King et considéré comme un boxeur dangereux, un ancien champion du monde affamé qui revenait pour prendre son titre. Avant le combat, King m’a dit : “Yvon, je ne veux pas te faire de peine, mais mes éclaireurs m’ont dit que ton gars n’est pas de taille. Ce ne sera pas long.” Puis, après un round : “Fuck! Je vais congédier tous mes éclaireurs!”»

3. Tony Bellew (Angleterre, 20-1-1),
30 novembre 2013 à Québec,
victoire par T.K.-O. à 1:50 du 6e round

› Adonis Stevenson «Bellew a accompli beaucoup. Il a été champion des lourds-légers [2016] et s’est même battu poids lourd. Je suis l’un des deux seuls qui l’ont arrêté. Mais à la différence d’Usyk [10 novembre dernier], j’ai battu un Bellew plus jeune, plus féroce, plus hargneux. C’est mon adversaire contre qui il y a eu le plus d’animosité avant le combat, on en est venus aux coups à la pesée. On essayait aussi de me déconcentrer pendant la semaine [avec des articles accablants sur son passé publiés dans La Presse], mais je suis passé à travers de ça. Je suis passé à travers Bellew, aussi.»

› Yvon Michel «Tony Bellew était extrêmement suspicieux. Il était convaincu qu’on ferait tout pour lui nuire, comme empoisonner sa nourriture. Il n’a pas dit à quel hôtel il logeait et n’acceptait même pas un verre d’eau de notre part. Mais Adonis n’a pas eu besoin de ça. [À cause des textes de La Presse], je n’ai jamais vu Adonis aussi furieux. Il s’est présenté sur le ring en broyant du noir. Tout ce qu’il voulait, c’était détruire ce qu’il avait devant lui. Même après la victoire, il n’a pas souri.»

4. Andrzej Fonfara (Pologne, 25-2),
24 mai 2014 à Montréal,
victoire par décision unanime

› Adonis Stevenson «Tenir mon camp d’entraînement en Allemagne a été ma plus grosse erreur en carrière! Le décalage horaire m’a épuisé et en plus, je me suis fait une hernie discale. Deux, trois semaines à juste me faire soigner et masser. Mais je ne voulais pas repousser le combat. Et déjà que j’avais mal au dos, je me suis blessé à la main gauche dès le deuxième round. Ça faisait mal! Je suis allé au plancher [au 9e round], mais ce n’est pas pour rien que je suis champion. Je me suis relevé et j’ai continué comme si de rien n’était.»

› Yvon Michel «HBO avait un combat contre Sergey Kovalev dans les plans, mais Adonis s’est associé à Al Haymon, qui était avec Showtime. Puis il y a eu le camp en Europe, son entraîneur Sugar Hill était adjoint auprès de Wladimir Klitschko. On nous a caché la blessure au dos ; ils ne pensaient pas que Fonfara était un défi important. Adonis a envoyé Fonfara au tapis dès les premières minutes, ce qui renforçait son opinion, mais il s’est finalement battu 12 rounds pour la première fois de sa carrière.»

5. Dmitry Sukhotskiy (Russie, 22-2),
19 décembre 2014 à Québec,
victoire par K.-O. à 2:42 du 5e round

› Adonis Stevenson «La veille, j’ai subi une opération pour enlever un kyste dans la bouche, à 24 heures du combat! On m’avait conseillé de ne pas le faire, mais ça faisait vraiment mal et c’était trop enflé. Une fois dans le ring, je me suis arrangé pour ne pas manger trop de coups de poing.»

› Yvon Michel «Le rêve d’Adonis était d’affronter Bernard Hopkins et on avait une entente pour l’automne. On avait même réservé la date du 10 octobre. Mais Oscar De La Hoya a repris le contrôle de Golden Boy Promotions et est retourné à HBO pour faire Hopkins-­Kovalev! Sukhotskiy était un cadeau de consolation pour rester actif avant Kovalev, qui a battu Hopkins. Jean Pascal était l’aspirant obligatoire de Stevenson et a accepté de mettre sa position en jeu contre Kovalev. Alors, on a fait Sukhotskiy en pensant que le prochain combat serait contre le gagnant de Pascal-Kovalev.»

6. Sakio Bika (Cameroun, 32-6-3),
4 avril 2015 à Québec,
victoire par décision unanime

› Adonis Stevenson «Bika a affronté plein de gros noms, a boxé contre Andre Ward et même Joe Calzaghe! Bika-Ward avait été très serré, mais moi, je n’ai pas été en danger dans ce combat. Je l’ai boxé stratégique. Tu y vas pour knocker, mais si ça ne fonctionne pas, je suis polyvalent.»

› Yvon Michel «C’était la grande première à CBS de la série Premier Boxing Champions [PBC]. En direct, le samedi après-midi. On avait eu plus de 400 000 de cotes d’écoute à TVA Sports et plusieurs millions à CBS. C’était le dernier combat avant Kovalev, qui avait battu Pascal [en mars]. Bon combat, bonnes cotes d’écoute, c’était parfait! Mais la veille de notre départ pour l’appel d’offres à Mexico, le président du WBC m’a appelé pour me dire que Kovalev et sa promotrice Kathy Duva se retiraient. Ç’a été une énorme déception.»

7. Tommy Karpency (É.-U., 25-4-1),
11 septembre 2015 à Toronto,
victoire par T.K.-O. à 0:21 du 3e round

› Adonis Stevenson «Ce n’est pas moi qui choisis mes adversaires. Dès qu’il a fait une erreur, j’ai pu en profiter et j’ai ouvert la machine.»

› Yvon Michel «On se retrouve sans combat populaire. Pascal devient moins intéressant parce qu’il a perdu contre Kovalev qui, lui, affronte son aspirant obligatoire, un obscur Français. Karpency vient de battre Chad Dawson, qui n’a jamais demandé sa revanche incluse dans le contrat du premier combat contre Stevenson. Il nous a revendu ses droits pour 125 000 $US. Karpency est hot et on avait toujours voulu explorer le marché de Toronto, alors le moment était bien choisi.»

8. Thomas Williams Jr (É.-U., 20-1),
29 juillet 2016 à Québec,
victoire par K.-O. à 2:54 du 4e round

› Adonis Stevenson «Plusieurs disaient que j’allais perdre ce combat-là, il était l’étoile montante aux États-Unis. Il a essayé de mettre de la pression au corps à corps, et j’ai détruit son corps. Une fois que je l’ai battu, il n’a plus été le même par après. Quand tu encaisses un gros K.-O. comme ça, vaut mieux prendre au moins un an pour te reposer. Mais lui est retourné trop tôt, contre un autre gaucher et il s’est fait encore knocker.»

› Yvon Michel «PBC avait tellement dépensé d’argent en partant que ça commençait déjà à peser sur le frein. Al Haymon s’était associé à plusieurs boxeurs et n’avait pas autant de dates de télé que prévu, alors on s’est retrouvés en plein été contre un bon jeune boxeur prometteur. Un super combat spectaculaire, mais qui n’a pas duré longtemps.»

9. Andrzej Fonfara (Pologne, 29-4),
3 juin 2017 à Montréal,
victoire par T.K.-O. à 0:28 du 2e round

› Adonis Stevenson «J’avais des choses à prouver et ça n’a pas pris de temps. Pourtant, après avoir fait 12 rounds la première fois, il était très confiant. Il était allé chercher les meilleurs entraîneurs et spécialistes du conditionnement physique. Mais je n’avais pas mal au dos ni à la main gauche, alors il y avait une grosse différence.»

› Yvon Michel «Après la défaite contre Stevenson, Fonfara a battu Julio Cesar Chavez, s’est fait surprendre par Joe Smith, mais a ensuite passé le K.-O. à Dawson. Et après leur premier affrontement, Adonis voulait montrer que Fonfara n’avait pas d’affaire dans le même ring que lui pendant 12 rounds. De notre côté, on voulait prendre le temps d’augmenter la valeur d’Eleider Alvarez, qui avait battu Lucian Bute en février. On a mis Pascal-Alvarez sur la carte pour mettre la table pour Stevenson-Alvarez.»

10. Badou Jack (Suède, 22-1-2),
19 mai 2018 à Toronto,
nulle par décision majoritaire

› Adonis Stevenson «Malgré le match nul, j’ai gagné ce combat. Je n’étais pas à 100 % non plus, j’avais la grippe. Comme je ne pouvais pas prendre de médicament, je prenais du miel chaud pendant la semaine, mais ça ne passait pas. Une fois dans le combat, j’avais le nez bouché et de la misère à respirer. C’est comme si je boxais contre deux adversaires : Badou Jack et la grippe!»

› Yvon Michel «Alvarez-Stevenson était prévu à l’automne, à Québec. Mais Stevenson-Jack se dessinait pour une unification, au début, et j’ai reçu un appel de Kathy Duva. Kovalev devait affronter Marcus Browne, mais celui-ci venait de se faire arrêter pour violence conjugale et elle craignait que le combat soit annulé. Elle a fait une offre pour Alvarez. Stevenson, lui, s’est laissé distraire par ces histoires d’unification ou pas et de Montréal ou Toronto. Et a juste passé trois semaines avec son entraîneur. Maintenant, Jack est encore l’aspirant obligatoire
au gagnant de Stevenson-Gvozdyk et on espère
aussi Alvarez-­Steven­son l’an prochain.»