Adonis Stevenson juste après avoir subi le K.O., samedi soir

Adonis Stevenson repose dans un coma artificiel

Victime d’un violent knock-out dans le ring samedi soir, à Québec, le boxeur Adonis Stevenson repose depuis dimanche dans un coma artificiel.

Celui que l’on surnomme Superman a 41 ans. Le résident de Blainville s’est écroulé sous la mitraille de coups à la tête servis par l’Ukrainien Oleksandr Gvozdyk, dans les dernières secondes du 11round d’un combat de championnat du monde prévu pour 12 reprises.

Stevenson a mis beaucoup de temps à se relever après de cette deuxième défaite en 32 combats professionnels. Des membres de son équipe ont ensuite dû le soutenir pour retraiter dans les vestiaires du Centre Vidéotron. Où son promoteur Yvon Michel disait néanmoins l’avoir trouvé «correct», après avoir discuté avec lui du combat.

Son état de santé s’est toutefois vite détérioré. Une heure après la fin du combat, alors que les médecins le trouvaient désorienté, le champion déchu quittait l’amphithéâtre sur une civière.

L’ambulance a conduit Stevenson à l’hôpital de l’Enfant-Jésus, établissement spécialisé entre autres en traumatologie situé à moins de 3 km de l’aréna. Après l’avoir soumis à une batterie de tests, les médecins ont plus tard plongé le pugiliste dans un coma artificiel.

Par le biais des réseaux sociaux, Michel a diffusé de minces bribes d’information pendant la journée de dimanche. D’abord dans «une condition critique aux soins intensifs» dans la nuit de samedi à dimanche, Stevenson était ensuite «sous surveillance médicale attentive de médecins très compétents dans un environnement contrôlé», en mi-journée.

En début de soirée dimanche, Michel notait «une évolution vers la stabilité d’hier à aujourd’hui ce qui est, dans les circonstances, une bonne nouvelle. Il reprend ses forces en sédation contrôlée».

Dans le camp Gvozdyk, l’euphorie de la victoire a vite laissé place à l’inquiétude, dimanche matin, en apprenant la nouvelle de la bouche d’un journaliste. «Je suis un peu sous le choc par la nouvelle que vous venez de m’apprendre, a indiqué le nouveau champion au collègue du Journal de Montréal. J’espère qu’Adonis va bien guérir de ses blessures. Je lui souhaite le meilleur pour la suite des choses.»

Papa une cinquième fois

Stevenson est père de cinq enfants, dont la dernière née le 6 novembre, il y a à peine trois semaines, Adonia, issue d’une deuxième union. La mère est Simone God, designer de mode torontoise. Le couple vient de lancer sa compagnie de vêtements de fourrure.

Après avoir mené la majorité du combat au cours des 10 premiers rounds — deux juges sur trois lui donnaient l’avantage —, Stevenson a faibli au 11e et Gvozdyk l’a expédié au plancher après 2 min 49 à l’aide d’une combinaison d’une dizaine de coups portés à la tête en quelques secondes. Stevenson ne se protégeait plus et a croulé dans son coin.

L’arbitre montréalais Michael Griffin, qui a officié d’innombrables combats d’envergure, aurait difficilement pu arrêter l’action avant la chute finale.

Dans sa conférence de fin de soirée, samedi, Michel avait détaillé le déroulement des événements. «Je suis allé parler du combat avec Adonis dans le vestiaire et il avait l’air correct. Je suis ensuite retourné près du ring pour voir le combat de Marie-Ève [Dicaire], puis on m’a appelé pour me dire que ç’allait vraiment mal. Les médecins ont préféré ne pas prendre de risque et il est parti en ambulance», a expliqué le promoteur, s’avouant «inquiet» pour son poulain.

«On m’a dit qu’il était confus en arrivant à l’hôpital, on soupçonne une commotion cérébrale. Il était sur le point de passer des scans», a poursuivi Michel, autour de minuit.

Whittom en mémoire

Cette situation n’est pas sans rappeler ce qui a mené à la fin tragique de David Whittom, boxeur de Québec décédé en mars dernier à la suite de blessures irréversibles au cerveau subies dans un ring 10 mois plus tôt contre Gary Kopas, à Frédéricton.

Pour la petite histoire, Stevenson et Whittom se sont déjà affrontés, au Centre Bell de Montréal, en 2007, en sous-carte d’Alcine-Mosquera.

Questionnés sur l’âge relativement avancé de celui qui a détenu la ceinture mondiale WBC des poids mi-lourds (175 lb) durant plus de cinq ans, tous les intervenants assuraient plus tôt cette semaine que l’âge de Stevenson n’était pas un facteur vu la forme exemplaire du puissant gaucher. Gvozdyk a 31 ans, donc 10 ans de moins.

Comme Whittom, âgé de 39 ans au moment de son décès, l’Albertain Tim Hague, 34 ans, a subi le même sort après un affrontement contre Adam Braidwood, à Edmonton, en juin 2017. L’Italien de 49 ans Scott Daghio et le Britannique de 31 ans Scott Westgarth sont également décédés cette année dans des circonstances similaires.

Au Québec, la mort du jeune Cleveland Denny, en 1980, au bout des poings de l’expérimenté Gaétan Hart, a marqué les esprits. Denny avait 24 ans. Ce drame survenu lors d’un gala majeur présenté au Stade olympique avait mené à la création d’une commission d’étude sur la boxe professionnelle au Québec.