Point de vue

Déclaration citoyenne: un système scolaire par nous et pour nous

Dans les années 60-70, le Québec a tout mis en œuvre pour sortir la grande majorité de sa population de l’ignorance et soustraire le privilège de l’éducation qu’à une seule élite religieuse et économique.

Nous nous sortions d’un développement anémique en rendant notre système scolaire démocratique et accessible à tous les membres de notre communauté. Les Québécoises et les Québécois de toutes conditions allaient investir les bancs de nos écoles, de nos polyvalentes, de nos cégeps, de nos universités et allaient prendre en main leur devenir de citoyennes et citoyens engagés, responsables et allumés. Nous allions former avec ambition des ouvrières et des ouvriers, des techniciennes et techniciens, des professionnel(le)s cultivés et capables d’enrichir les débats économiques, sociaux et culturels dans la grande joute planétaire.

Insidieux sabotage (de l’État responsable à l’état comptable)

Depuis quelques décennies, les gouvernements, soumis aux volontés du pouvoir économique, sabrent dans notre projet d’une éducation plus égalitaire et d’avant-garde. Nos écoles sombrent dramatiquement dans la vétusté, la précarisation, la sous-traitance, l’abandon de services essentiels et l’augmentation affolante du nombre d’élèves par classe.

Cette vision mercantile à courte vue, par l’obsession du déficit zéro et la diminution des impôts, provoque le désengagement de l’État envers ses responsabilités collectives. L’ère des compressions, sur compressions, sur com-pressions… nous détourne progressivement de notre mission fondamentale d’éducation. De surcroît, même s’il diminue les ressources, le gouvernement demande à nos gestionnaires «d’entreprises» scolaires de livrer la même marchandise : un système d’éducation performant et innovant!

S’ensuit une succession de malheureuses conséquences : concurrence entre institutions scolaires, augmentation surhumaine des tâches, montée inacceptable de l’épuisement professionnel, exigence démesurée de la reddition de compte, dégradation chronique de nos environnements de travail, diminution dramatique des services aux élèves et la perte des moyens nécessaires à la recherche fondamentale, à la créativité et à l’originalité dans l’enseignement supérieur.

Faire beaucoup plus avec moins

Il nous faut reprendre le flambeau!

À tous les niveaux de notre système scolaire, la société québécoise finance l’éducation de 51 % à 90 %. Nous sommes donc toutes et tous propriétaires de notre droit collectif à une éducation de qualité. Reprenons en main nos responsabilités citoyennes d’exiger un système scolaire par nous et pour nous.

Nous revendiquons un système scolaire, de la petite enfance à l’université, accessible, démocratique et universel.

Nous, travailleuses et travailleurs en éducation, demandons la participation de toutes nos concitoyennes et tous nos concitoyens afin que nous reprenions en main notre droit collectif à une éducation adéquate. Nous voulons diplômer des citoyennes et des citoyens instruits, polyvalents, autonomes, résilients, créatifs et engagés plutôt que des pantins soumis aux aléas du marché. Nous demandons à toutes celles et à tous ceux qui ont largement bénéficié du renouveau scolaire, qu’ils mettent l’épaule à la roue pour en assurer la pérennité.

Les défis d’une école plus ouverte sont nombreux et nous devons par nous et pour nous les surmonter.

Les Québécoises et les Québécois veulent :

    •    Accorder un financement adéquat en éducation qui sera garanti par des mesures fiscales plus égalitaires ;

    •    Redonner l’autonomie professionnelle et leur plein respect aux travailleuses et travailleurs en éducation ;

    •    Assurer à tout un chacun, quels que soient leurs besoins ou leurs parcours, une éducation de qualité, de la petite enfance à l’université ;

    •    Redonner l’accessibilité universelle à un système scolaire qui offre tous les services nécessaires à la réussite de tous les membres de notre communauté ;

    •    Développer une communauté fière de la culture, de l’engagement social, du sens critique, de la capacité d’innover de toutes leurs concitoyennes et tous leurs concitoyens.

Yves Fortin, secrétaire général du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN)*

*Un millier de citoyennes et de citoyens ont adhéré à cette déclaration citoyenne et l’ont signé sous forme de pétition dans les milieux de travail et sur le site web du conseil central. 

Le conseil des commissaires de la Commission scolaire de la Côte-du-Sud a adopté une résolution d’appui à la déclaration en plus de la signer.

Point de vue

Le régime public de soins dentaires importe-t-il?

À la veille du dernier débat de la campagne électorale 2018, nous invitons les chefs des partis politiques qui aspirent aux plus hautes fonctions de l’État à se prononcer sur leur vision du régime public de soins dentaires, lequel a permis d’améliorer considérablement la santé buccodentaire des Québécois depuis les années 70.

Malheureusement, les réductions successives des services couverts par le régime et le refus systématique des gouvernements de tenir compte de l’évolution des technologies en dentisterie font que ce régime, déjà bien mince, est maintenant désuet.

Or, le contrat du gouvernement avec les dentistes couvrant les soins donnés aux enfants de moins de 10 ans et aux prestataires d’une aide financière de dernier recours et les personnes à leur charge est échu depuis le 1er avril 2015. Cela signifie que, pendant les trois dernières années, le gouvernement n’a pas considéré que le régime public de soins dentaires était suffisamment important pour renouveler cette entente.

Depuis 2015, le gouvernement n’a fait aucune proposition pour améliorer la couverture et la qualité des services. Il est pour le moins ironique que le Parti libéral du Québec propose maintenant de bonifier le régime actuel en couvrant les enfants de 16 ans et moins et les aînés à faible revenu, alors qu’il a rejeté du revers de la main toutes les demandes proposées par l’ACDQ.

Outre Québec Solidaire, qui propose une couverture universelle des soins dentaires, le silence du Parti québécois et de la Coalition Avenir Québec est inquiétant pour les parents, les aînés et les plus démunis. La présente élection doit être pour tous les partis l’occasion d’exprimer clairement leurs intentions quant à la couverture et au financement des soins buccodentaires. Ils répondraient ainsi à une préoccupation majeure des électeurs et électrices.

Depuis toujours, les partis politiques prennent des engagements en campagne électorale. Cependant, depuis 1982, la couverture des soins dentaires n’a pas cessé de s’effriter. Prenons l’exemple de la prévention, non couverte pour les enfants de moins de 10 ans assurés par le régime, alors que nous savons qu’elle peut diminuer les coûts et améliorer la santé buccodentaire. Est-ce que, au-delà de la rhétorique électorale, la santé buccodentaire des Québécois est importante pour nos politiciens?

Pour la santé buccodentaire des Québécois et l’avenir du régime public, nous invitons nos politiciens à répondre «présents!».

Serge Langlois, président de l’Association des chirurgiens dentistes du Québec

Éditorial

La facture ignorée

ÉDITORIAL / Des programmes particuliers en arts, en sports, en langues ou en éducation internationale demeurent inaccessibles à des milliers d’élèves parce que leurs parents n’ont pas les moyens de défrayer les centaines de dollars qu’exigent les écoles publiques. Ils se retrouvent donc forcément «au régulier», voire forcer de quitter leur école de quartier. Les politiciens, si généreux à distribuer les fonds publics dans la présente campagne et ardents défenseurs du libre choix dans d’autres domaines, doivent mettre fin à cette iniquité qui a des conséquences chez les élèves et sur tout le système scolaire.

Le sujet mérite assurément autant d’attention que les lunchs, l’achat du matériel scolaire ou la construction des «plus belles écoles au monde».

Si un prochain gouvernement a les moyens de réduire les taxes scolaires, de distribuer des chèques aux parents d’enfants d’âge scolaire qu’importent leurs revenus, de rendre différents services gratuits, il devrait normalement prévoir que tous les enfants aient accès aux différents programmes offerts dans les écoles publiques. 

Ce qui n’est pas le cas présentement, du moins, dans bon nombre d’écoles. Un enfant a beau avoir les «notes» et l’intérêt pour s’engager dans un programme de musique ou de hockey, il sera impossible pour lui d’y accéder si ses parents ne peuvent assumer la facture qui l’accompagne.

L’école québécoise est donc devenue au fil des ans à trois vitesses, relevait en 2016 le Conseil supérieur de l’éducation dans son rapport «Remettre le cap sur l’équité». L’école privée subventionnée, l’école publique qui sélectionne les élèves pour ses programmes particuliers et l’école publique qui doit accueillir dans ses classes «régulières» tous les élèves, y compris ceux éprouvant des difficultés d’apprentissage ou de comportement.

Les syndicats d’enseignants ont maintes fois déploré la lourdeur de la composition des classes ordinaires pour ses membres. La situation a aussi des conséquences pour les élèves et pour tout le système. 

Professeur titulaire au département d’administration et fondements de l’éducation de l’Université de Montréal, Christian Maroy écrivait récemment dans Le Devoir que «la ségrégation est porteuse d’effets inégalitaires d’apprentissage scolaire, mais aussi d’un risque d’affaiblissement de la performance moyenne du système». 

S’appuyant sur des analyses menées avec un confrère, M. Maroy constate «qu’un élève de l’enseignement privé ou du public sélectif a respectivement 9 et 6 fois plus de chances d’aller à l’université qu’un élève d’une classe ordinaire du public».

Ce dernier, même si ses compétences sont égales aux deux autres et même si ses parents ont le même type de diplôme, est pénalisé, voire freiné dans son parcours scolaire.

Comment peut-on parler de gratuité scolaire, d’égalité des chances et de réussite éducative sans s’attaquer à ce problème dans la présente campagne électorale? 

La Fédération des commissions scolaires a demandé aux différents partis de s’engager à «entamer un dialogue social pour définir le concept de gratuité scolaire au service d’une plus grande équité des chances de réussir pour tous». 

Le flou demeure. Même si des partis s’engagent à revoir la Loi sur l’instruction publique pour clarifier ce que doit être la gratuité scolaire en 2018, on ne sent pas un grand empressement à corriger les inégalités des chances découlant de la prolifération des programmes particuliers. 

Oui, ceux-ci ont indéniablement contribué à freiner l’exode d’élèves vers le secteur privé. Ils ont également motivé des jeunes à rester sur les bancs d’école et à obtenir un diplôme. Le hic, c’est que cette chance n’est pas donnée à tous les élèves.

La caricature de Côté du 19 septembre 2018

La caricature de Côté du 19 septembre 2018