La caricature de Côté du 23 septembre 2018

La caricature de Côté du 23 septembre 2018

Point de vue

Ne comptez pas les immigrants, accueillez-les!

Un immigrant, un réfugié, fuit forcément quelque chose. Soit son passé, soit la misère, soit une multitude de problèmes auxquels il ne pouvait plus faire face, cela peut être financier, où encore conjugal, où pire, une guerre dans son pays. Certains, hommes ou femmes, se sont sentis totalement sous-estimés, incompris, voir au pire, menacés. D’autres sont tout simplement horriblement déçus de la vie qu’ils ont dans leur pays.

Le Canada et les États-Unis se sont bâtis avec de tels gens. Des gens de partout! Les trois Amériques sont des conquêtes européennes. Certains sont repartis, d’autres sont restés. De conquérants ils sont devenus immigrants. C’est le cas principalement des Espagnols et des Portugais en Amérique du Sud, en Amérique Centrale, et aussi au Mexique et des Français et des Anglais aux États-Unis et au Canada. 

Actuellement, au Canada, un immigrant non francophone ni anglophone apprendra la langue de la province qui l’aura non seulement accueilli, mais aussi et surtout qui lui aura offert ses premiers jobs, et qui aura honoré ses connaissances . S’il — ou elle — arrive ici avec une famille, ce sera trois fois plus dur que s’ils arrivent jeunes et célibataires. 

Alors, politiciens et politiciennes, vos plus 20 000 ou moins 30 000 immigrants, ça n’a aucun sens. Les immigrants ne se comptent pas comme du bétail. Le nombre d’entre eux qui resteront ici dépend de la façon dont on les reçoit, et des chances qu'on leur aura données de gagner honnêtement leur vie. Je vais encore plus loin. Je vais jusqu’à l’amour de ce pays, jusqu’à donner sa vie si ce pays était menacé. Et si pour son bonheur il a trouvé l’amour ici, et des enfants, c’est ici qu’il aura envie d’avoir sa tombe.

Philippe Édouard Damiens, entré au pays en 1967, Québec

Point de vue

La carte d’assurance maladie, totalement inutile, de ma fille

J’aimerais commencer avec un message d’espoir à toutes les mamans d’enfants atteints d’amyotrophie spinale, maladie neurodégénérative, mais je ne peux le dissocier d’une grande tristesse... L’espoir dont j’avais oublié la signification, ce concept d’avenir que j’avais ignoré, d’attente ou de rêves à cause de cette maladie dégénérative dont ma fille est atteinte depuis sa naissance.

J’avais peur de penser à l’avenir. Je voyais la vie à l’envers : ma fille étant enfant était au meilleur de sa forme. Plus le temps passait, plus il lui volait ses capacités... capacité de marcher remplacée par capacité de rouler en fauteuil manuel; remplacée par capacité de se propulser en fauteuil électrique; une capacité de respirer assortie d’une fatigue et d’un effort constant.

À travers ce défilement de pertes et de combats au quotidien, mon espoir s’est évanoui. Mon cœur de mère comme celui de tant d’autres touchés par la maladie dégénérative de leur enfant s’est lui aussi atrophié en perdant espoir. L’amour pour ma fille, toujours aussi fort qu’au premier jour, me portait, car elle était exceptionnelle dans son attitude de battante. 

Le jour où j’ai retrouvé l’étincelle de l’espoir a été le jour où l’approbation du médicament Spinraza (ou nursinersen) a été rendue publique par la FDA aux États-Unis. Un jour, au mois de décembre 2016, de l’espoir avait été envoyé sur terre par le père Noël aux milliers d’enfants et de parents américains. Je me suis surprise à commencer à y croire.

Les idées folles de déménager aux États-Unis pour y avoir accès ont fait partie de nos longues discussions de parents inquiets. Cependant, nous voulions croire durant cette période que notre maison, le Canada, et notre lieu de paix, le Québec, allaient soutenir des familles comme nous. Et puis l’espoir s’est rapproché, Santé Canada suivait le pas : l’approbation de commercialisation au Canada arrive en juin 2017.

Un an après l’approbation aux États-Unis, décembre 2017, nous apprenions que le gouvernement canadien et québécois nous laissait tomber. Même si notre famille était la famille typique parfaite de l’électorat, même si chaque matin depuis 22 ans nous nous levions, allions travailler et payions nos impôts pour contribuer à la société malgré l’épreuve que nous vivions, on nous laissa tomber. 

Pendant ce temps, notre fille...

Pendant que le gouvernement cherchait à s’entendre avec les gens du milieu pour rendre plus accessible les médecins ou pour améliorer les conditions salariales des médecins spécialistes, nous attendions des solutions. Pendant ce temps qui passait et nous grugeait par en-dedans, la maladie continuait à avancer et à voler jour après jour des capacités à ma fille. 

Pendant que les uns cherchaient à se faire élire, la scoliose de ma fille progressait. Pendant que certains négociaient de plus gros salaires, les bras de ma fille s’affaiblissaient. Pendant que le gouvernement québécois se cachait derrière le manque de données pharmaco-économiques pour prouver l’efficacité du médicament, les muscles des jambes de ma fille s’atrophiaient. Pendant que les autres pays européens approuvaient l’utilisation de médicament de l’espoir, notre famille se cognait à des portes closes ou à des manques de volonté pour porter notre message. 

Pendant que notre neurologue défendait notre cause devant le milieu hospitalier du CHU et qu’il était confronté à des refus et manques de courage de ses dirigeants, dont certaines personnes rêvaient déjà de devenir ministre de la santé, ce milieu hospitalier gouvernemental supporté par mes impôts nous a tourné le dos, et pendant ce temps la capacité pulmonaire de ma fille chutait. Pendant que nous nous battions pour faire changer les conclusions du rapport de l’INESS et du CNDC, que nous négocions avec notre compagnie d’assurance pour le remboursement au niveau privé, les muscles de ma fille faiblissaient. 

Pendant que nous discutions de bonne foi afin de trouver une clinique privée pour trouver un terrain d’entente avec les radiologistes pour les frais accessoires qu'ils tenaient à charger (200 $) pour administrer quatre doses du médicament de notre espoir au coût de 112 500 $ la dose, ma fille ne se tournait plus seule la nuit. Pendant tous ces obstacles, aucun responsable de ces systèmes gouvernementaux ou aucun intervenant n’a osé regarder ma fille dans les yeux pour lui dire qu’il manquait de courage politique, manquait de compassion pour faire la différence dans sa vie, manquait d’humanité par son silence égoïste. 

Pendant ce temps, chaque matin nous nous levions, assistant notre fille pour ses soins personnels et lui redisaient combien nous l’aimions pour ensuite partir travailler. 

À travers mon travail, mes relations avec collègues et amis, je suis restée positive et focusée sur cette étincelle d’espoir retrouvé. Demain matin, nous partons ma fille, son papa et moi pour la clinique privée administrée par des anesthésistes, supportés par des infirmières exceptionnelles ayant accepté de devenir acteurs principaux dans cette aventure pour recevoir un médicament payé par des assurances privées dans la ville de Québec, dans une province Canadienne ET en s’assurant de laisser la carte d’assurance maladie, totalement inutile, de ma fille à la maison en raison d'un manque de courage et de compassion. Nous avons été abandonnés par la classe politique occupée à se faire élire, par des radiologistes égoïstes et par un système de santé déficient pour lequel plusieurs anciens médecins ou médecins encore pratiquants ont renié leur serment d’Hippocrate, soigner par compassion et don de soi.

Nous avons gardé espoir et nous avons réussi à avoir accès au médicament en cette belle journée de demain. Le chemin est fait. Malgré notre vie habituellement réservée et discrète, je tenais à partager notre histoire pour cultiver l’espoir pour les 23 autres familles de Québec qui ce soir se coucheront avec cette tristesse et cette inquiétude : mon enfant recevra-t-il le traitement à temps avant qu’il ne perde sa capacité de marcher, de respirer ou tout simplement de vivre. Je partage mon espoir mais comprend votre tristesse chères mamans de ces enfants tellement semblables à la mienne.

Que le chemin que nous avons fait, nos pleurs et revers serviront à alléger votre route vers l’espoir. Bien à vous et vos enfants chéris.

Nancy Giasson, maman d'Élise

Point de vue

Pénurie de main-d’oeuvre ou d’argument?

L’économiste Gérard Bélanger de l'Université Laval publiait dans Le Soleil du 13 mars 2017 une réflexion sur le faible pouvoir d’attraction des villes de Québec et de Montréal face au reste du Canada pour expliquer qu’un taux de chômage faible tend à signifier qu’il y a peu d’emplois rémunérateurs à Québec tandis que Montréal se fait damer le pion par Ottawa et Toronto sur le même chapitre.

Le 26 juillet dernier, l’Institut économique de Montréal y allait aussi de statistiques intéressantes pour illustrer à nouveau le pouvoir d’attraction anémique de Montréal et de Québec pour les jeunes en soulignant la perte de 230 000 personnes de moins de 35 ans de 1981 à 2017.

Pendant ce temps, dans ma pratique professionnelle d’avocat spécialisé en droit de l’emploi en faveur des employés, je constate depuis quelques années et encore très récemment que les emplois occupés par de hauts salariés (entre 100 000 $ et 160 000 $ par année) sont purement et simplement abolis malgré le «plein emploi» et la «pénurie de main-d’œuvre» allégués, mots d’ordre dont les Chambres de commerce et le Conseil du Patronat nous abreuvent à chaque semaine.

Je constate également que des professionnels d’expérience dans des secteurs dynamiques gagnant 140 000 $ par année sont brutalement évincés par un candidat externe prêt à travailler à 90 00 $ par année pour se faire les dents. Paradoxalement, ces réorganisations à rabais dans les grandes entreprises sont même copiées par des organismes publics de promotion économique subventionnés à 100 % par l’État. Il s’agit d’un exemple éloquent où les bottines peinent à suivre les babines.

Autre facteur visant à relativiser les cassandres de la «pénurie de main-d’œuvre» : les clauses de non-concurrence d’une durée de 1 à 2 ans imposées par les employeurs et qui visent à empêcher la mobilité des professionnels et des scientifiques en les privant de leur liberté de travailler une fois sans emploi. La Californie, cet étalon du progrès technologique et de la créativité, a interdit les clauses de non-concurrence dans les contrats d’emplois pour lutter précisément contre la pénurie de main-d’œuvre.

Dans ma pratique, j’ai même constaté que des employeurs avides de main-d’œuvre à bon marché exigeaient de telles clauses de non-concurrences à des… étudiants universitaires en stage de formation sous-rémunérés. Le gouvernement libéral, par sa réforme ratée de la Loi sur les normes du travail, a manqué une belle occasion d’écouter les critiques qui suggéraient d’interdire de telles clauses qui accentuent la pénurie de main-d’œuvre.

C’est aussi sans compter sur les résistances profondes des entreprises constatées par le sondage récent de la Banque de développement du Canada envers l’embauche de personnes issues de l’immigration (5 septembre 2018). Dans ma pratique, j’ai souvent observé des travailleurs immigrants condamnés à rentrer dans leur pays, trompés par les fausse représentations d’employeurs sans scrupule qui les congédiaient peu de temps après leur embauche. Cela laisse des traces à l’étranger.

Malgré les 15 ans de pouvoir du parti libéral de Philippe Couillard, ce gouvernement aura été incapable et incompétent à anticiper ce phénomène et à contenir cet exode des talents, en se désolant en pleine campagne électorale d’observer la fermeture partielle d’un Subway ou d’un McDo à Val-d’Or.

Il ne faut pourtant pas se surprendre que travailler au salaire minimum à raison de 10 heures par semaine non garanties sur des horaires variables soit peu alléchant pour quiconque, toute origine confondue. Évidemment, le gouvernement Couillard aura plutôt préféré soutenir la dictature des médecins et leur corporatisme détestable au lieu d’investir dans la formation et dans la productivité des entreprises.

Et je passe presque sous silence ce sabotage du développement international alors que nos politiques délétères de recrutement d’étudiants étrangers pillent les cerveaux des pays démunis venus apprendre au Québec pour mieux outiller leur pays.

En définitive, ce faux enjeu de la pénurie de la main-d’œuvre vise à occulter le véritable objectif poursuivi par le gouvernement libéral : faciliter la création d’un bassin de main-d’œuvre à bon marché pour mieux s’ajuster à la compétition de ces «modèles» de développement économique et démocratique que sont devenus la Chine et ses satellites dociles. Pour paraphraser l’adage : si le taux de chômage est bas au Québec, c’est parce qu’il n’y a pas d’ouvrage.

Le reste, vous l’aurez compris, ne sert qu’à agiter l’épouvantail électoraliste de l’instabilité comme sait si bien le faire Trump pour se rendre indispensable.

François Leduc, avocat spécialisé en droit du travail, président de 1994 à 2001 de l’organisme d’intégration des immigrants SOIT