Éditorial

Peur, espoir et authenticité

ÉDITORIAL / La peur et l’espoir. La souveraineté du Québec n’est pas un enjeu des prochaines élections, mais les politiciens continuent néanmoins de tirer sur les mêmes ficelles qui ont animé les campagnes électorales des dernières décennies.

Auparavant, c’est la menace d’un référendum qui pouvait perturber le Québec, freiner son développement économique et hypothéquer la qualité de vie des Québécois.

Cette année, le Parti québécois ne représente pas jusqu’à maintenant une menace si les résultats des derniers sondages se transposent dans les urnes. Néanmoins, les libéraux ressortent encore l’épouvantail de la peur.

Cette fois, pour dissuader les Québécois d’élire un gouvernement caquiste pour assouvir leur soif de changement. «L’instabilité économique est à nos portes», a prévenu vendredi le premier ministre Philippe Couillard,  à cause des décisions protectionnistes de Donald Trump.

Même si l’économie québécoise tourne à plein régime et que les finances publiques sont assainies, le chef libéral incite les électeurs à ne pas prendre de risque. «C’est fragile tout ça. Regardez l’environnement économique en Amérique du Nord et dans le monde actuellement».

Si par miracle le PQ réussit à susciter un intérêt chez les électeurs — le chef péquiste Jean-François Lisée rappelait vendredi que Justin Trudeau avait lui aussi débuté au troisième rang lors de la campagne électorale fédérale de 2015 — les libéraux ajusteront leur scénario catastrophe.

Or, le risque pour les Québécois ne vient pas seulement de l’extérieur, mais également des politiciens qui pourraient se lancer dans des promesses irréfléchies et coûteuses pour séduire l’électorat, laissant le prochain gouvernement avec peu de marge de manœuvre s’il devait venir au secours d’une économie chancelante.

L’Institut du Québec a indiqué cette semaine que les finances publiques sont en ordre, mais qu’elles demeurent vulnérables. Si une récession moyenne se dessine comme en 2008, Québec devra à nouveau compresser ses dépenses ou augmenter le fardeau fiscal, estime-t-il. D’où son appel à ne pas piger sans compter dans les surplus.

Depuis des semaines, le gouvernement Couillard répète que la croissance de l’économie et l’assainissement des finances publiques rendent maintenant tout possible. Les annonces d’investissements se succèdent et la campagne électorale n’est pas encore officiellement commencée. La surenchère électorale guette. Même si les électeurs expriment un fort désir de changement, ils ne doivent pas perdre leur calculette de vue.

Philippe Couillard tentera au cours des prochains mois de convaincre les Québécois que lui et son équipe incarnent à la fois la continuité et le renouveau. Tout un défi après 15 années de règne libéral interrompu pendant seulement 18 mois par un gouvernement péquiste.

François Legault quant à lui, après s’être présenté en 2014 comme l’homme du grand ménage, joue cette fois la carte de l’espoir. Il veut faire rêver le Québec.

M. Legault dit que son plan est très clair dans sa tête. En attendant qu’il le dévoile, on peut toutefois s’interroger sur comment un gouvernement de la CAQ pourrait remettre de l’argent dans les poches des contribuables, se priver de 700 millions$ de taxes scolaires tout en promettant plus de services pour les enfants en difficulté dans les écoles, de meilleurs salaires pour les enseignants et des classes de maternelle 4 ans partout au Québec. Les libéraux évaluent cette dernière promesse à 2,7 milliards$.

«Ne regardez pas juste la couverture, lisez le chapitre», a suggéré vendredi le péquiste Jean-François Lisée. Un conseil qui s’applique à toutes les formations politiques.

Caricature de Bado du 16 juin 2018

Caricature de Bado du 16 juin 2018
Bado

Carrefour des lecteur

Interdire le masque en public

Quelques mots seulement pour féliciter les policiers de Québec pour avoir évité bris et vandalisme lors du sommet du G7. Quelle patience et quel courage! Merci d’avoir évité tout acte de vandalisme. Je vous lève mon chapeau.

Merci d’avoir encadré, retenu et éloigné ces petits voyous vêtus de noir, masqués et casqués qui, visiblement, ne souhaitaient que l’affrontement, le trouble, la terreur et la casse. Sinon, pourquoi débarquer dans une rue, accoutré de cette façon? Certainement pas pour apprécier l’architecture du Vieux-Québec ou pour aller prendre un café au Kreighoff, rue Cartier.

Avec autant de bandits masqués dans les rues, c’est un miracle que des bris ne soient pas à déplorer. L’absence de blessés tient également de l’exploit.

Un manifestant pacifique ne se cache pas le visage lorsqu’il a une idée à véhiculer et des propos à faire entendre. C’est ce que bon nombre de personnes ont fait… Parfois de manière fort malhabile… Comme M. Amir Khadir qui, dans le contexte de l’une de ses trop nombreuses déclarations insensées, a banalisé le bris de vitrines.

 La société est trop tolérante envers les manifestants masqués anarchistes. Ce sont eux qui ont créé ce climat de peur et de panique pré-sommet G7. Tous les ont vus, dans leur esprit, envahir la ville et en prendre le contrôle, sous le faux prétexte de participer à des manifestations. D’où les mesures draconiennes qui en ont découlé.

Un mouvement de peur et d’insécurité qui a entraîné l’incroyable quasi-fermeture de la ville avec 10 000 fonctionnaires en congé, un parlement fermé, sans compter les écoles, les institutions culturelles et les importantes compagnies privées qui ont elles aussi fermé leurs portes. Tous ont cédé à leur peur engendrée par ces voyous masqués.

 SVP, que les gouvernements prennent les choses en mains et interdisent le port des masques en public, car si l’on est honnête, on n’a rien à cacher.

 Et félicitations encore aux forces policières.

Claude Bergeron
Québec

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LE BOUYONNEC, LEGAULT ET L'ÉTHIQUE

M. Le Bouyonnec nous annonce qu’il quitte le poste de président du conseil  de la Techbanx et qu’il se départira de ses actions détenues dans cette compagnie.

M. Le Bouyonnec, président de la CAQ, de même que son chef François Legault viennent de se rendre compte que les activités de prêts de Techbanx (à des taux supérieurs à 35 %) sont incompatibles avec les positions qu’il occupe au sein de la CAQ.

Quelle coïncidence! Tout ça au moment où le tout est rendu public. M. Legault accuse les libéraux d’avoir «une éthique pour la clique».  On serait porté à croire qu’à la CAQ, on a une éthique élastique…

Michel M Mercier
Beauceville

Point de vue

Comment l’auto va tuer le Faubourg Saint-Michel

En réaction au texte «Condos Sous les bois: les résidents du Faubourg Saint-Michel toujours inquiets», paru le 13 juin

Il faut marcher un soir, après souper, à la belle saison, pour sentir la douceur de vivre dans le faubourg Saint-Michel. Les enfants se pourchassent dans la rue sous l’œil indifférent des chats qui se baladent comme des princes en territoire conquis, les voisins discutent entre eux à voix basse, par une fenêtre on peut entendre le choc des assiettes que quelqu’un empile dans l’évier. Les maisons plutôt serrées, comme des amis qui se réchauffent, font le coin des rues, qui sont presque des ruelles, empêchant de voir qui va apparaître tout à coup. Ici, la proximité n’est pas une promiscuité gênante; ici vit une communauté. Par moments, on se croirait dans un quartier populaire en Italie.

Dans ce quadrilatère à l’ouest de la côte de Sillery, sur environ 300 mètres, qui va de la rue Louis-A. Bélisle à la rue du Cardinal-Persico, s’entassent une cinquantaine de maisons, une église, un parc, un aréna, un terrain de tennis, un jardin communautaire. Encore plus à l’ouest, juste derrière l’aréna en fait, sont actuellement érigés trois édifices de six étages : les 180 unités de logement des condominiums Sous les bois.  Dans quelques mois, la population du quartier va plus que doubler. La circulation automobile aussi, évidemment, et c’est ce qui m’alarme.

Le lundi 11 juin, la Ville a annoncé être «incapable» d’envoyer ce trafic directement sur le chemin Saint-Louis, par une voie qui, pourtant, longe déjà le terrain du Collège Jésus-Marie et qui relierait logiquement les condos à cette artère majeure. «La Ville nous dit maintenant qu’il est trop tard pour faire autrement», déplore une citoyenne citée dans un article du Soleil.

On a plutôt décidé de percer trois petites rues — des culs-de-sac en vérité — dans le faubourg Saint-Michel, histoire d’inonder le quartier de voitures qui, la cause est entendue, vont lui faire perdre sa tranquillité. Il faut lire l’article du Soleil (et d’autres) pour constater à quel point la mauvaise foi règne dans ce dossier. Quand on s’aperçoit qu’on est sur le point de faire une grossière erreur, on s’arrête, on prend un moment pour réfléchir, on écoute les gens qui sont vraiment concernés par le projet, et on s’amende — quand on est honnête. Mais dans le cas présent, les décideurs semblent n’en avoir rien à fichtre. Ils n’ont certainement pas pris le temps de marcher tranquillement dans le faubourg, pour prendre la mesure ce qui sera bientôt perdu par leur nonchalance.

Dans les faits, ce quartier était jusqu’à présent une zone piétonne. Les rares fois où je m’y suis aventuré en voiture, à l’occasion de détours dans la circulation, je me suis senti comme un chien dans un jeu de quilles. Il est certain qu’un trafic automobile continu, dans un si petit quartier, va causer un tort considérable à ceux et celles qui l’habitent. Déjà, le jardin communautaire a été rasé pour faire place au chantier des condos, et la Ville fera démolir l’aréna (très fréquenté) l’an prochain… Avec ces nouveaux bouleversements, le quartier, à coup sûr, y perdra son âme. Comme disait le poète René Char : «Au gré de la rigueur suave, quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit». Dommage, car il est encore temps de corriger le tir. Suffirait d’un peu de volonté politique.

Philippe Mottet
Québec