En mai dernier, le président Trump a annoncé que les États-Unis se retiraient de l'accord sur le nucléaire avec l'Iran.

Washington force l’Europe à tourner le dos à l’Iran

Le président Trump n’a jamais mâché ses mots pour critiquer l’accord des 5 +1 conclu par les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne ainsi que l’Allemagne avec l’Iran au sujet du contrôle du programme nucléaire iranien signé à Vienne en 2015. Il a décidé unilatéralement de se retirer de cet accord et de rétablir les sanctions contre l’Iran.

Ces sanctions touchent également les compagnies qui transigent avec ce pays, car elles ne pourront faire affaire avec les États-Unis. Étant donné que pour les Européens, le marché à l’exportation iranien s’élève à près d’un vingtième du marché américain, il ne faut pas s’étonner de ce que les compagnies européennes se retirent de l’Iran.

La première série de sanctions a pris effet le 6 août et touche les transactions financières, les importations de matières premières et les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique. À la suite de cette mesure, de nombreuses compagnies de communications, d’aviation, d’automobile, de métallurgie et de conteneurs ont cessé de faire affaire avec l’Iran.

La seconde série de sanctions prendra effet en novembre, affectant le secteur de l’énergie. L’Iran qui produit quotidiennement 2,5 millions barils de pétrole, s’attend à ce que ses exportations diminuent de 75%. À lui seul, le secteur énergétique représente 20% du PNB iranien et 50% du revenu gouvernemental.

L’effet des sanctions sur l’économie iranienne

L’inflation atteint 24% et le chômage touche 30% des jeunes iraniens. La monnaie a perdu 50% de sa valeur depuis le mois d’avril et son cours non officiel par rapport au dollar américain s’élève à plus de quatre fois le taux officiel de 42 000 rials.

Le public iranien est frustré du fait que son pays, qui vient au 27e rang international sur le plan du produit intérieur brut possède 10% des réserves mondiales de pétrole et 14% des réserves en gaz naturel, ne voit pas les retombées de cette richesse et soit réduit au troc et au marché noir. L’Iran est classé au 130e rang sur le plan de la perception de corruption selon Transparency International et le corps des Gardiens de la Révolution se conduit comme un État dans l’État.

L’Iran fait face à une crise de sécheresse depuis 15 ans qui a forcé des centaines de milliers de villageois à abandonner leur demeure. La population iranienne proteste contre la politique étrangère stérile de l’Iran qui se chiffre à plusieurs dizaines de milliards$. Les slogans qui ont été entendus en Iran expriment cette frustration envers le financement: «Mort au dictateur; non à Gaza et non au Liban; mort au Hezbollah; mort à la République islamique…»

Mis à part le langage injurieux envers les États-Unis, l’Iran menace de fermer le Golfe persique par lequel transitent 30% de la production de pétrole mondiale. Plusieurs officiels Iraniens ont menacé d’activer des milliers de cellules terroristes dormantes en Occident advenant le cas où les exportations de pétrole iraniennes seraient bloquées. De telles cellules ont été récemment appréhendées à Paris, à Chicago et à Vienne.

Le leadership iranien se refuse à négocier avec les États-Unis qu’il qualifie de grand Satan. L’ayatollah Khomeiny affirmait: «l’économie, c’est pour les ânes… la révolution n’est pas là pour amener la prospérité, mais pour donner une chance de devenir martyr.» Cet état d’esprit risque de mettre le feu aux poudres dans le futur et radicaliser encore plus la mullacratie iranienne.

La position de l’Europe

Les banques européennes ne veulent plus transiger avec l’Iran.  L’Union européenne tient à maintenir l’accord des 5 +1 bien qu’il ne soit pas parfait, car d’ici sept ans l’Iran aura les mains libres pour développer des technologies nucléaires. Pourtant, la rhétorique anti occidentale n’a jamais cessé en Iran après la signature de l’accord : les slogans «Mort à l’Amérique» sont régulièrement scandés dans les manifestations publiques. Qui plus est, l’interventionnisme iranien au Proche-Orient n’a pas baissé d’un iota 

L’Europe, qui veut maintenir l’accord des 5+1 en cherchant le moyen de transiger avec l’Iran autrement qu’en dollars, ignore obtusément l’interventionnisme des Mullahs iraniens et le développement accéléré de missiles balistiques de longue portée. L’Europe pense contourner les sanctions américaines contre l’Iran en échangeant le pétrole iranien vendu à la Chine en devises chinoises et en exportant des marchandises à l’Iran tout en se faisant payer par un crédit d’importations de marchandises chinoises.

Il n’est pas certain que le gouvernement américain accepte ce genre de troc. L’Europe réfléchira deux fois avant d’agir, car, contrairement au Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire ratifié en 1987, la Russie développe des missiles qui pourraient être lancés pratiquement sans préavis. La protection américaine de l’Europe est plus que jamais indispensable.

David Bensoussan, Montréal