Selon notre lecteur, il est temps de se doter au Québec d'une vraie politique de réussite scolaire à la formation générale aux adultes.
Selon notre lecteur, il est temps de se doter au Québec d'une vraie politique de réussite scolaire à la formation générale aux adultes.

Voici ce que le ministre a dit à propos de l’éducation des adultes!

M. Roberge,

Le 26 mai 2016, je vous ai rencontré à l’Assemblée nationale du Québec alors que vous étiez porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’éducation. À cette époque, faute de financement adéquat, ma commission scolaire (CSDPS) avait dû faire des compressions de plus de 600 000 $ à l’Éducation des adultes (EDA) et prévoyait faire la même chose l’année suivante, ce qu’elle dut faire d’ailleurs, provoquant une réduction des services aux élèves.

Dans un point de presse auquel j’ai participé avec une collègue et une élève, vous avez dénoncé avec vigueur le sous-financement de l’EDA et mentionné que le ministre de l’Éducation de l’époque, Sébastien Proulx, devait «se mettre les mains dedans» et changer plusieurs éléments dans les règles de financement et dans l’encadrement de l’EDA en général. Voici quelques extraits de votre discours:

«Il faut que les cotes de difficulté des EHDAA suivent les élèves à la FGA.»

«La formation générale des adultes (FGA) ne doit pas être financée par des enveloppes fermées.»

«Il faut que les services professionnels suivent, ces services-là font la différence, gardent les jeunes à l’école, les amènent à réussir.»

De plus, lors de ce point de presse, vous avez aussi parlé de l’importance de nos centres et mentionné:

«Ces jeunes ont besoin d’encadrement.»

«Il faut une vraie politique de réussite scolaire à la FGA.»

«Il faut amener les jeunes jusqu’à ce premier diplôme.»

Monsieur Roberge, j’étais totalement d’accord avec vos affirmations et je le suis toujours, mais deux questions me viennent en tête à la veille de la présentation du budget: «Est-ce que vous avez oublié ce que vous avez dit lors de ce point de presse du 26 mai 2016? Monsieur Roberge, allez-vous ignorer à votre tour l’EDA, comme les autres ministres de l’Éducation avant vous?»

Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes poursuivent leurs études à l’EDA et souvent en passant directement du secteur des jeunes à celui des adultes. En 2017-2018, dans mon CÉA, 62% des 1407 élèves inscrits en formation générale (FG) avaient 19 ans et moins. Si autant de jeunes étudient dans les centres d’éducation des adultes (CÉA) présentement, c’est parce que pour plusieurs d’entre eux l’EDA est mieux adaptée à leurs besoins: enseignement individualisé, horaire plus flexible, liens plus personnalisés avec le personnel enseignant, professionnel et de soutien.

Monsieur Roberge, la population scolaire des CÉA n’est pas la même qu’il y a 20 ans. Les jeunes ont changé et ils sont beaucoup plus nombreux à choisir de venir chez nous terminer leur DES ou leurs préalables pour s’inscrire à un DEP. Il est temps de s’occuper de ces jeunes et de leurs pairs de tous âges en leur fournissant les services et le soutien qu’ils méritent, car avec les compressions ou les coupes budgétaires effectuées au secteur des jeunes depuis plus de 10 ans, on se retrouve également avec un nombre important d’élèves en difficulté ayant des besoins particuliers que le système a laissé tomber, c’est particulièrement le cas à l’EDA, puisque les cotes de difficulté des EHDAA ne suivent pas! Monsieur Roberge, pourquoi laissez-vous tomber ces élèves qui ne désirent que terminer leurs études et contribuer à la société québécoise? Malgré la pénurie d’emploi actuelle vous n’avez pas encore pris la peine d’améliorer la situation critique de l’EDA!

D’autre part, j’aimerais souligner le fait que l’implantation des nouveaux programmes à l’EDA a des impacts importants sur les enseignants et les élèves. Le manque de financement fait en sorte que les enseignants n’ont pas suffisamment de temps et d’argent pour s’approprier les programmes. D’ailleurs, le budget alloué au perfectionnement est le même depuis 15 ans (240$ par enseignant permanent). Dans ma commission scolaire, ce sont seulement 30 enseignants sur environ 90 qui sont permanents. Je vous laisse faire le calcul du budget annuel et je vous rappelle qu’à l’EDA, il y a seulement six journées pédagogiques de prévues durant l’année scolaire, ce qui fait en sorte que la majorité du budget de perfectionnement est dépensée pour libérer les enseignants. Comment les enseignants pourront-ils suivre la formation continue, que vous leur imposez dans votre réforme (loi 40), sans temps ni budget additionnel?

Finalement, la volonté du ministère, traduite dans le projet des règles budgétaires 2019-2020, à l’effet que les sommes allouées à l’aide additionnelle aux élèves ayant des besoins particuliers (mesure 12 040) et aux services d’accueil, de référence, de conseil et d’accompagnement (mesure 12 050) ne soient plus transférables, n’est qu’un premier pas, mais les améliorations attendues ne se font donc pas sentir sur le terrain, car l’aide est insuffisante. Il est temps, comme vous l’avez dit vous-même, d’avoir «une vraie politique de réussite scolaire à la FGA» et elle «ne doit pas être financée par une enveloppe fermée»!

En espérant vous voir faire des efforts à la hauteur de ceux faits par les élèves et par tout le personnel des centres d’Éducation des adultes, afin de remédier à la situation, mes salutations distinguées.