Violences obstétricales: notre réalité est fort différente

L’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec (AOGQ) a pris connaissance de la polémique au sujet des violences obstétricales décrites par Mme Marie-Hélène Lahaye, auteure française du blogue «Marie accouche là» et du livre intitulé «Accouchement : les femmes méritent mieux» de passage au Québec.

D’entrée de jeu, du point de vue de l’AOGQ, nous tenons à préciser que le système de santé du Québec n’est pas comparable à ceux que nous retrouvons en Europe. Sans vouloir valoriser ou dénigrer nos façons de faire, nos partages de pratique avec nos collègues européens nous permettent de distinguer des différences dans la prise en charge des femmes enceintes, et même, dans le fonctionnement global de nos systèmes de santé respectifs. En deuxième lieu, force est d’admettre, le vécu et la grossesse de certaines femmes peuvent s’avérer difficiles et pour certaines d’entre elles, un accouchement peut engendrer des souffrances et des séquelles psychologiques.

Les options pour accoucher pour les femmes du Québec

Nous tenons à rappeler que les femmes enceintes du Québec ont trois options qui s’offrent à elles pour accoucher : soit avec une sage-femme, un médecin omnipraticien accoucheur ou encore un obstétricien-gynécologue. Le choix des femmes est respecté. Dans tous ces cas, la femme enceinte reçoit des suivis tout au long de sa grossesse permettant ainsi de développer une relation «médecin-patient». 

Les données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) indiquent qu’en 2014-2015, environ 4 % des accouchements au Québec étaient pratiqués en maison de naissance et par les services de sages-femmes (rappelons qu’en 2006, 1,6 % des naissances ont été assistées par une sage-femme, comparativement à 0,5 % en 1994). De ces femmes, environ 25 % ont été transférés sous la responsabilité d’un médecin en raison de complications durant leur grossesse ou leur accouchement.  Les femmes enceintes québécoises peuvent être assurées que des corridors de service existent pour diriger ou stabiliser la patiente lors du transfert vers un obstétricien-gynécologue qui la prendra en charge.  

En 2005, un sondage réalisé par la firme SOM sur les attentes des femmes en âge de procréer à l’égard des services de périnatalité indiquait: 

«Près des trois quarts (72 %) des femmes choisiraient un médecin obstétricien gynécologue s’il était disponible dans leur région, pour le suivi de leur grossesse. Environ une femme sur cinq (18 %) choisirait plutôt un médecin généraliste et environ une sur 10 (9 %) une sage-femme». 

La Politique de périnatalité 2008-2018 du MSSS ciblait qu’en 2018, 10 % des accouchements seraient pratiqués par les sages-femmes. À la lecture de cette politique, nous voyons donc une volonté du gouvernement du Québec à développer des stratégies dans l’offre de services pour diriger les femmes enceintes vers les sages-femmes et les omnipraticiens pour leur suivi de grossesse, leur accouchement et le suivi de leur nouveau-né, et ce, pour les grossesses à bas risque.

Nous tenons à attirer votre attention sur les résultats des études de satisfaction faites auprès des femmes qui ont accouché en milieu hospitalier qui indiquent un taux de satisfaction de leur prise en charge allant de 85 % à 90 %. 

Césariennes et médicamentation durant l’accouchement

Au Québec, en l’absence de contre-indications à l’accouchement vaginal, des plans de naissance sont développés pour être en mesure d’accoucher par voie vaginale après une césarienne (AVAC) et également pour accoucher du siège. Toutefois, l’accouchement par voie vaginale n’est pas toujours possible. Pour être admissible, certains critères doivent être respectés. Le professionnel responsable du suivi de la grossesse planifie une discussion avec sa patiente pour évaluer si un accouchement vaginal est indiqué. Pour respecter une application de règles de soins éthiques des plus strictes, il informe sa patiente sur les avantages et les inconvénients d’un accouchement vaginal ou d’une césarienne ou de toute autre intervention obstétricale afin de respecter son autonomie de décision. Qui plus, plusieurs femmes apportent avec elle leur propre plan de naissance. Nous sommes d’accord que parfois la nature est ainsi faite et le déroulement de tout évènement ne respecte pas la trajectoire désirée mais soyez certain qu’un retour sur la situation est fait avec la femme afin de la respecter dans son désir de compréhension des évènements. 

En conclusion, l’AOGQ tient à souligner que les obstétriciens-gynécologues du Québec insistent sur la continuité de leur relation professionnelle avec leurs patientes qui se traduit par leur engagement envers ces femmes non seulement durant la grossesse et l’accouchement, mais à tous les niveaux de leur développement, et ce, de l’enfance jusqu’à la fin de vie.

Alors l’AOGQ s’en voudrait de vouloir critiquer tout système de santé provenant de pays autre que le Québec, mais s’interroge fortement lorsque des individus essaient d’exporter et de dénoncer des événements ponctuels étant survenus dans leur propre système de santé. 

Fabien Simard, Président de Association des obstétriciens et gynécologues du Québec (AOGQ)