Si la première compensation promise par le gouvernement Couillard est injuste, les 22 000 travailleurs du taxi, surtout ceux de Montréal et Québec, n’auront plus rien à perdre. Ils se feront lourdement entendre pendant la campagne qui débute préviennent les auteurs de cette lettre d’opinion.

Véritable compensation ou nouvelle injustice ?

Aujourd’hui, le ministre des Finances annoncera les détails de la première vague des compensations à émettre aux propriétaires de permis de taxi. Dans son dernier budget, Carlos Leitão a mis 250 millions $ de côté, spécifiquement à cette fin. Six mois plus tard, on attend toujours non seulement les chèques, mais même leur mode de distribution.

Depuis quatre ans, le gouvernement de Philippe Couillard va d’injustice en injustice dans ce dossier. Tout d’abord, en laissant Uber opérer dans la plus totale illégalité, pendant deux ans. Ensuite, en récompensant cette illégalité en lui octroyant le privilège d’un projet-pilote, l’équivalent de 3000 permis de taxi (d’une valeur de 600 M$), alors que la multinationale refuse même de rembourser à Revenu Québec les taxes impayées. Enfin, à la toute dernière minute, sentant la grogne, ce même gouvernement a sorti une «première compensation» de son chapeau. Messieurs Couillard, Fortin et Leitão, un début d’équité se fait toujours attendre, à une semaine du déclenchement des élections. L’annonce d’aujourd’hui sera-t-elle enfin une véritable compensation ou simplement une nouvelle injustice?

Les 3000 Taxis du Grand Montréal (TGM) et les 600 taxis du Regroupement des intermédiaires de taxi de Québec (RITQ ont toujours dit que ces premières compensations ne seraient justes que si elles étaient versées :

  • avant le 1er octobre, pour éviter qu’un nouveau gouvernement ne revienne sur ce correctif mérité et longuement attendu;
  • Directement aux propriétaires de permis de taxi sous forme de chèque, sans diriger de sommes vers d’éventuels recours collectifs ou autres manœuvres juridiques. Ceux qui voudront payer des avocats pourront le faire de leurs poches;
  • Proportionnellement à l’ampleur de la perte du permis touché. Ces permis correspondent à des territoires, les pertes ne sont pas toutes égales, mais la proportion du dédommagement devrait être la même pour tous.

Le ministre a aussi annoncé que c’est Revenu Québec qui contactera les propriétaires de permis de taxi. Que vient faire Revenu Québec dans un dossier mené par le ministre des Transports, suivi du ministre des Finances? Allez-vous nous annoncer des crédits d’impôt? Pas besoin d’être fiscaliste pour savoir qu’un crédit d’impôt ne sert à rien quand on déclare faillite, comme certains propriétaires de permis. Pour bénéficier d’un crédit d’impôt, il faut dégager des profits. Ce n’est plus le cas pour beaucoup de travailleurs du taxi.

Si la première compensation est injuste, les 22 000 travailleurs du taxi, surtout ceux de Montréal et Québec, n’auront plus rien à perdre. Ils se feront lourdement entendre pendant la campagne qui débute.

Et même si la compensation est juste, il ne s’agit que d’une compensation partielle. À ce jour, les pertes subies sont du double du montant annoncé. Nous nous attendrons à ce que le gouvernement honore les propos du ministre des Transports à ce sujet. Enfin, les partis politiques devront énoncer clairement leur vision pour le transport rémunéré de personnes. Quatre autres années à la «va comme j’te pousse» seraient inacceptables pour tous les Québécois. L’application mobile des taxis de Québec, celle citée en exemple par le premier ministre, attend encore et toujours des approbations minimales pour la poursuite de l’innovation dans la capitale, pendant qu’Uber a carte blanche.

Michel Aboujaoudé, François Cyr et George Boussios
Porte-paroles, TGM
Abdallah Homsy
Porte-parole, RITQ