La Société canadienne du cancer utilise des données tirées du rapport publié dans le British Medical Journal pour exiger publiquement que le gouvernement fédéral introduise immédiatement une réglementation en matière de vapotage qui limiterait la teneur en nicotine, la conception des dispositifs et les saveurs.

Vapotage: les gouvernements doivent trouver un équilibre réglementaire optimal

OPINION / Partout au Canada, la loi interdit aux mineurs de se procurer de l’alcool, de la marijuana, des cigarettes et des produits de vapotage. Toutefois, des données publiées récemment indiquent qu’ils en consomment malgré tout.

Les manchettes des médias disent tout. Un rapport publié récemment dans le British Medical Journal (BMJ) montre que le Canada a connu une hausse « colossale », « impressionnante » et « vertigineuse » du vapotage chez les adolescents. Parmi les 16 à 19 ans, l’utilisation des produits de vapotage au cours des 30 derniers jours a augmenté de 74 % entre 2017 et 2018.

La Société canadienne du cancer utilise des données tirées du rapport publié dans le British Medical Journal pour exiger publiquement que le gouvernement fédéral introduise immédiatement une réglementation en matière de vapotage qui limiterait la teneur en nicotine, la conception des dispositifs et les saveurs.

Ce qui n’est pas mentionné, toutefois, est qu’il existe déjà des lois à l’échelle provinciale et fédérale en matière de vapotage qui interdisent la vente à toute personne de moins de 18 ans, la promotion, l’affichage publicitaire et les communications et qui établit des balises relativement à certaines saveurs et conceptions qui semblent plaire aux jeunes. Les données du rapport publié dans le British Medical Journal sont-elles donc suffisantes pour justifier à elles seules l’introduction hâtive d’autres mesures réglementaires draconiennes qui pourraient simultanément réduire l’attrait [et l’accessibilité] de ces produits pour les fumeurs adultes qui dépendent du vapotage pour réduire ou cesser de fumer?

Ce qui est plus préoccupant encore est que ce même rapport indique que le tabagisme chez les adolescents au cours des 30 derniers jours a augmenté de 45 %. Le rapport note également que la consommation d’alcool au cours des douze derniers mois chez les adolescents a, dans les faits, diminué de 3 %, tandis que la consommation de cannabis a, quant à elle, augmenté de 19 %.

La question cruciale est donc de déterminer lesquels de ces chiffres devraient nous préoccuper. Regardons les données de plus près.

Selon le rapport, 60 % des jeunes ont consommé de l’alcool et 27 % ont consommé du cannabis au cours des 12 derniers mois, tandis que 16 % ont fumé des cigarettes au cours des 30 derniers jours et 15 % ont vapoté.

Les risques de santé associés au tabagisme et à la consommation d’alcool sont beaucoup plus élevés que ceux associés à la consommation de produits de vapotage ou de cannabis. Mais, apparemment, nous devrions être particulièrement préoccupés par le vapotage chez les adolescents.

Si, comme le prétend l’ensemble des autorités en matière de santé, le vapotage est plus sûr – non pas « sûr », mais plus sûr – que fumer des cigarettes, alors nous devrions peut-être penser clairement à ce que nous souhaitons accomplir en luttant contre le vapotage chez les adolescents par l’introduction d’une réglementation provinciale qui va même plus loin que la réglementation en matière de consommation de tabac et d’alcool.

Si ce que nous souhaitons est que les adolescents qui fument actuellement soient tentés de passer au vapotage, alors le rapport contient quelques bonnes nouvelles. Parmi les adolescents qui fument, 44 % d’entre eux vapotent aussi. Même les « fumeurs expérimentaux » vapotent (29 %). Sont-ils sur le point de laisser tomber complètement la cigarette en faveur des produits de vapotage (probablement et ce serait une bonne chose) ou de passer d’une double consommation à fumer uniquement des cigarettes (peu probable et ce serait une mauvaise chose)?

Mais qu’en est-il des adolescents qui n’ont jamais fumé? Les produits de vapotage les attirent-ils dans une vie de dépendance? Ici, du moins, les nouvelles sont plutôt bonnes du point de vue de la santé publique.

Il s’avère que les adolescents ne sont pas très enclins à fumer ou à vapoter. La plupart d’entre eux n’ont jamais vapoté et parmi ceux qui l’ont essayé (20 %), seulement 3 % ont vapoté au cours de la dernière semaine et seulement 0,6 % ont vapoté plus de 15 jours au cours des 30 derniers. Cela représente seulement 14 adolescents parmi les 2441 interrogés.

Le rapport indique aussi que le nombre d’adolescents interrogés n’ayant jamais fumé en 2017, juste cinq, a grimpé en flèche à 14 en 2018. Mais, attendez, ce chiffre est passé de 0,2 % à 0,6 %, une hausse spectaculaire de 200 %!

Soyons sérieux. Ne devrions-nous pas nous préoccuper davantage des 2227 adolescents qui ont consommé de l’alcool ou des 1425 qui ont fumé des cigarettes?

Dr Chris Lalonde,

Professeur en psychologie,

Université de Victoria