Laval possède des institutions remarquables comme le Cosmodôme, mais celles-ci se retrouvent malheureusement dans les limbes administratifs actuels, déplore l'auteure.

Urgence d’agir pour les musées de sciences

Depuis l’an dernier, le ministère de la Culture et des Communications du Québec a exclu la muséologie scientifique de son champ d’activités. Plusieurs institutions québécoises se retrouvent sans port d’attache et certaines craignent pour leur avenir: il est temps d’agir.

Une exclusion sans justification

Au Québec, les institutions muséales peuvent être officiellement «reconnues» par le ministère de la Culture, qui leur décerne ainsi une forme de sceau de qualité. Une fois cette reconnaissance obtenue, les musées peuvent demander un financement récurrent. Mais voilà que depuis 2016, plusieurs institutions ainsi reconnues ont été avisées qu’elles ne pourraient pas demander de financement récurrent, car elles ne s’inscriraient pas dans l’un des «secteurs d’intervention» relevant du Ministère. Sont exclues les institutions à vocation scientifique et celles qui présentent des collections vivantes (les aquariums, par exemple).

En 2017, comment peut-on penser que la culture scientifique n’a pas sa place dans la culture générale, au même titre que les arts, l’histoire ou le patrimoine? D’autant plus que le public est friand de culture scientifique: l’Observatoire de la culture et des communications du Québec notait qu’en 2015, les musées de sciences représentaient 14% des institutions, mais recevaient 35% des entrées.

On peine aussi à trouver une cohérence à l’action gouvernementale, puisque malgré ces nouveaux critères d’exclusion, certaines institutions partiellement ou totalement dédiées à la science continueront de recevoir un financement au fonctionnement.

Une décision qui frappe Laval et les régions

Cette décision a aussi un impact géographique non négligeable. Si Montréal est bien dotée avec des institutions qui relèvent d’autres gouvernements, comme l’Espace pour la vie (ville de Montréal) ou le Centre des sciences de Montréal (gouvernement fédéral), d’autres n’ont pas cette chance. Ainsi, Laval possède des institutions remarquables comme le Cosmodôme ou le Musée Armand-Frappier, mais celles-ci se retrouvent malheureusement dans les limbes administratifs actuels. D’autres régions ont des institutions exceptionnelles, comme la Gaspésie avec Exploramer, ou le Centre-du-Québec avec le Centre de la Biodiversité à Bécancour. L’éducation scientifique doit être accessible à tous!

Il y a urgence d’agir

Les musées de sciences jouent un rôle essentiel, particulièrement à une époque où la science est régulièrement attaquée ou réduite au statut d’opinion, à une époque où certains prétendent sans vergogne que les informations sur le réchauffement climatique sont de «fausses nouvelles». Depuis la décision du ministère de la Culture et des Communications, le gouvernement a laissé entendre qu’il se pencherait sur la question de la muséologie scientifique, mais aucune orientation n’a été annoncée. Si le ministère de la Culture ne souhaite plus s’occuper de ce secteur, qui prendra le relais? Le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation? Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur? Le temps commence à presser pour certaines institutions qui doivent savoir à quelle porte frapper. Faut-il attendre que des musées ferment leurs portes pour que des gestes concrets soient posés?

Cela fait longtemps que le gouvernement du Québec peine à prendre en charge la muséologie scientifique. En guise de rappel, une précédente politique culturelle affirmait que «[...] le gouvernement [...] assurera une plus grande cohérence des interventions des pouvoirs publics, notamment en ce qui concerne la muséologie scientifique». Tristement, c’était... en 1992. L’ACS estime qu’il est plus que temps que Québec adopte une approche cohérente en cette matière. Il est temps d’agir!

Stéphanie Thibault, présidente de l’Association des communicateurs scientifiques du Québec (ACS)