Amir Khadir, Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé

Unifier les forces politiques de gauche

En survolant mon parcours militant des 50 dernières années, que ce soit au deuxième front de la CSN, au FRAP, au RCM, à Québec-Presse, à Cooprix, au MDN, je m’aperçois que c’est depuis ma retraite en 1997 que j’ai entrepris, avec l’aide de centaines d’autres militants et militantes, le chantier le plus important de ma vie: l’unification de la gauche politique en vue de l’émergence d’un parti progressiste et indépendantiste qui conquerra le pouvoir afin d’instaurer une meilleure justice sociale au Québec et en faire un pays indépendant.

Il faut se rendre compte que, depuis la naissance du Parti de la démocratie socialiste (PDS) en 1995, l’apparition du Rassemblement pour l’alternative politique (RAP) en 1998, l’élection dans Mercier en 2001 où, pour la première fois la gauche s’est unie autour d’une candidature unique, la fondation de l’Union des forces progressistes (UFP) qui a regroupé trois partis de gauche en 2002, la fondation de Québec solidaire en 2006 rendue possible par la fusion de l’UFP avec Option citoyenne et, en 2007, la fusion de Québec solidaire et d’Option nationale, la gauche politique du Québec a vécu un processus d’unification et de renaissance unique en Amérique du Nord et sans équivalence dans la plupart des démocraties occidentales.

Lorsque Québec solidaire a fêté ses 10 ans en 2016, on a constaté qu’il était bien installé dans l’espace public. Mais on sentait qu’il avait besoin d’un nouvel élan pour poursuivre son développement et aspirer éventuellement au pouvoir. Depuis l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois au printemps 2017, le parti a subi une véritable métamorphose. En l’espace de neuf mois, d’avril à décembre, le nombre de membres est passé de 11 000 à 17 000. Dans le domaine du financement, le parti a dépassé ses objectifs pour 2017: quelque 3550 donateurs et donatrices lui ont permis d’amasser plus de 300 000 $ en souscriptions. Québec solidaire se classe ainsi avant la CAQ qui, selon le rapport du Directeur général des élections, n’a recueilli que 225 000 $. Québec solidaire compte aussi plus de membres que la CAQ, même si ce parti est représenté par 21 députés à l’Assemblée nationale. Aux dernières nouvelles, les résultats financiers pour les premiers mois de 2018 sont aussi encourageants que ceux de 2017.

Par contre, les sondages, qui avaient connu une embellie significative au printemps et à l’été 2017 suite à l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois, ont chuté ces derniers mois, à leur niveau antérieur de 9 à 10%. Mais avec tous les efforts qui sont déployés, il devrait y avoir une embellie notable au cours des prochains mois.

Québec solidaire est à la croisée des chemins. Dans son rôle de «parti des urnes et de la rue», où il a été très efficace jusqu’ici, il s’est bien gardé d’imposer son hégémonie sur les mouvements sociaux. Il s’est plutôt fait le porte-voix de ces derniers en transmettant leurs revendications à l’Assemblée nationale. Il a été en quelque sorte la conscience sociale du Parlement.

Le défi auquel le parti fait maintenant face est de franchir un autre stade de son développement en dépassant ce rôle de courroie de transmission pour mettre sur pied ses bases de luttes sociales avec des objectifs qui lui appartiennent en propre. Il lui faut faire la démonstration qu’il est capable, non seulement de relayer les revendications des autres, mais aussi de le faire en son propre nom. Il faut qu’il mobilise une tranche plus large de la population pour créer une masse critique qui permettra au projet de société qu’il propose d’attirer un très grand nombre de personnes, sinon la majorité.

Une stratégie innovatrice: le parti mouvement

Pour atteindre ce but, Québec solidaire s’est donné une nouvelle orientation stratégique en vue des élections d’octobre. Innovatrice, cette dernière s’inspire des campagnes populaires de Bernie Sanders aux États-Unis et de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. On a mis sur la plateforme Internet «Mouvement». C’est une nouvelle façon pour les militants et militantes de s’impliquer concrètement. 

«Mouvement » concrétise la volonté du parti de décentraliser son action politique. Ainsi, les militants et militantes de la base sont maintenant libres d’organiser des actions, de créer des évènements, comme des assemblées de cuisine, des réunions, des manifestations, et de se réseauter directement avec d’autres solidaires sans avoir à passer par l’organisation centrale. QS mise ainsi sur la mobilisation de milliers de personnes partout à travers le Québec. Avec la plateforme «Mouvement», le parti met à la disposition de ses membres un puissant outil d’organisation sans égal en politique québécoise.

Dans sa plateforme électorale, Québec solidaire ira donc à l’essentiel en présentant des propositions politiques claires à la population qui se traduiront par des engagements simples et fermes. Il sera encore plus spécifique que lors des campagnes électorales précédentes en énonçant des mesures précises et en faisant ressortir leurs incidences immédiates sur les gens. On a d’ailleurs constaté ce virage ces dernières semaines. Mais le meilleur est à venir. Mobilisons-nous. Joignons-nous au mouvement qui ne cesse de grandir et couvrira bientôt l’ensemble du Québec.

Paul Cliche, Montréal