Une solidarité sociale qui ne cesse de s’effriter

Ces jours-ci, plusieurs chroniqueurs s’indignent – avec raison – que la hausse de 73$ par mois accordée aux personnes à l’aide sociale vivant en hébergement soit en réalité absorbée par la RAMQ. Or, tant qu’à parler de la maladresse de notre gouvernement dans la lutte à la pauvreté, rappelons également que la hausse de 15$ par mois accordée aux autres disparaîtra rapidement, absorbée par les hausses de loyer et du coût de la vie. Que ce soit de vivre avec 962$ ou 633$ par mois, les personnes à l’aide sociale utilisent la totalité de leurs revenus pour survivre. Oui, on parle de survivre quand 633$ par mois, c’est la moitié de la somme minimale pour demeurer en santé physique et mentale selon la Mesure du panier de consommation.

En ce moment, beaucoup croient que le programme de solidarité sociale permet de reconnaître les besoins spéciaux que vivent les personnes considérées «inaptes» au travail. Cependant, il est important de rappeler qu’en 1989, lorsque le gouvernement en place a introduit les catégories «aptes et inaptes» à l’aide sociale, c’était pour pénaliser les personnes considérées aptes. Si le chèque des uns a été diminué, celui des autres n’a pas été augmenté.

Le programme Objectif emploi, qui sera instauré sous peu, répondra à la même logique simple, mais mesquine: placer les personnes dans une situation si inconfortable qu’ils accepteront n’importe quel emploi, quitte à se nuire à eux-mêmes. Est-ce un choix politique, de laisser la santé physique ou mentale des personnes se détériorer? Est-ce dans le but qu’elles finissent toutes inaptes au travail?

Pour une réelle amélioration du système de santé et d’aide sociale, il faut absolument continuer de promouvoir la capacité d’adaptation au marché du travail, reconnaître les besoins spéciaux et considérer l’instauration d’un véritable revenu social. Notre système de santé croule de toutes parts, ce n’est pas un hasard. Peut-on se pencher sur la source la plus criante de cet engorgement? La pauvreté.

Yann Tremblay-Marcotte, coordonnateur
Front commun des personnes assistées sociales du Québec