Une occasion ratée par François Legault

BILLET / Le ministre québécois des Finances Éric Girard et le premier ministre François Legault ont raté une belle occasion de rassurer les meneurs socio-économiques des régions rurales en évacuant complètement l’enjeu du recrutement de main-d’œuvre et de l’accueil d’immigrants à l’extérieur de Montréal et de Québec, lors de la mise à jour budgétaire du 3 décembre.

La journée suivant le scrutin, et de nouveau après la prestation de serment des membres de son cabinet, M. Legault avait tenu des propos rassurants à l’endroit des régions, rappelant notamment à son équipe parlementaire qu’elle avait le devoir de représenter tous les Québécois, même ceux qui n’avaient pas voté pour la Coalition avenir Québec.

Depuis des mois, voire des années, les maires, les préfets, les directeurs de développement économique, les porte-parole d’organismes de santé et de services sociaux et les directeurs d’établissement d’enseignement basés dans les régions dites rurales s’entendent pour dire qu’ils et elles ont besoin de meilleurs moyens pour recruter la main-d’œuvre, notamment en faisant venir des immigrants.

«Il faut sentir un élan pour les régions; on ne l’a pas vu [dans la mise à jour budgétaire]», constatait le lendemain, avec justesse et déception, Éric Dubé, préfet de la MRC de Bonaventure, en Gaspésie.

De la Gaspésie à l’Abitibi-Témiscamingue, en passant notamment par la Côte-Nord, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Mauricie, la situation est à peu près similaire, avec quelques variantes d’une ampleur assez limitée : les besoins de remplacement de la main d’œuvre augmentent et le taux de chômage diminue.

Toutefois, une partie du fléchissement du taux de chômage est aussi attribuable à la baisse de la population active, une conséquence de plusieurs facteurs, dont le nombre plus élevé de décès que de naissances, les faibles moyens conférés à ces régions pour attirer leur part d’étudiants expatriés et d’immigrants, la faiblesse de l’éventail des programmes d’études et les mouvements interrégionaux.

Qu’avait à craindre le gouvernement Legault en reportant des mesures d’accueil et de recrutement dans les régions? Qu’elles semblent contradictoires vis-à-vis sa controversée réduction du nombre d’immigrants? Ou s’agissait-il platement d’un autre épisode d’ignorance et d’indifférence à l’endroit des régions?

Il n’aurait pas été compliqué d’enclencher simultanément des mesures qui auraient grandement aidé les régions, d’autant plus que les organismes d’accueil et de recrutement de travailleurs y existent, bien qu’affamés pendant l’austérité pratiquée durant l’essentiel du mandat libéral précédent.

On pourrait dire que le gouvernement de la CAQ se reprendra au budget du printemps. Toutefois, quatre mois peuvent constituer une éternité pour des recruteurs de main d’œuvre, surtout que les quatre derniers mois, marqués par la campagne électorale et la transition ultérieure, ont aussi été caractérisés par beaucoup d’immobilisme.

Combien d’entrepreneurs régionaux auront définitivement mis au rancart des projets prometteurs au printemps parce qu’ils ne peuvent trouver de travailleurs d’ici là? N’oublions pas que ces entrepreneurs s’ajoutent à ceux qui ont déjà été démobilisés par le quasi désert de 2015, 2016 et 2017, alors que des organismes comme Vivre en Gaspésie ont vu leur budget coupé de 50% lors des deux premières années et de 95% durant la troisième.

Une bonne stratégie d’établissement doit aussi être accompagnée de mesures visant à augmenter la capacité d’hébergement des régions. Tout ça prend du temps et il fallait commencer maintenant.

François Legault semble avoir beaucoup de difficulté à décoder les messages venant des régions, quand elles sont situées à plus de 100 kilomètres de la métropole ou de la capitale. S’il y allait plus souvent, il finirait par comprendre que toutes proportions gardées, le Québec peut y gagner autant qu’ailleurs, en «bons-emplois-bien-payés», pour employer une expression qui lui est chère.