La décapotable Tesla avec à son bord «Starman», un mannequin astronaute, est en route vers l'orbite de Mars.

Une fusée avec ça?

ÉDITORIAL / Une Tesla se balade aujourd’hui dans l’espace, quelque part entre la Terre et l’orbite de Mars, lancée là-haut par la fusée la plus puissante au monde, à l’heure actuelle, la Falcon Heavy, de SpaceX. Voir une voiture flotter dans le vide au-dessus de la Terre peut paraître insignifiant — ou alors magique, c’est selon —, mais l’exploit technologique n’en est pas moins remarquable. L’engin peut transporter 64 000 kg, soit de deux à trois fois la capacité de la plupart de ses compétiteurs, et il vient de le prouver.

De telles démonstrations ont tout pour faire rêver, pour convaincre des jeunes filles et des jeunes garçons d’orienter leurs études afin de participer à cette aventure. Mais les Québécois, les Canadiens peuvent-ils aussi caresser ce rêve? Parce que le Canada a fait le choix de ne pas développer son propre système de mise en orbite, sa propre fusée. Nous avons décidé de concentrer nos efforts sur autre chose, sur le développement de satellites, sur le Système d’entretien mobile (MSS) de la Station spatiale internationale, dont fait partie le Canadarm2, entre autres choses.

Mais lorsque nous voulons placer nos satellites en orbite, nous devons acheter notre billet sur les fusées des autres. Le corollaire, c’est que cela donne à d’autres pays, qui peuvent aussi être nos concurrents, un levier sur la réalisation de nos projets. Et lorsque nos étudiants veulent travailler sur des projets de lanceurs de satellites, ils doivent aussi s’expatrier. D’ailleurs, le chef de mission pour le lancement de la Falcon Heavy était un Canadien, Andrew Rader.

Le Canada ne manque pourtant pas d’expertise, de connaissances, mais plusieurs de ceux et celles qui veulent travailler sur des systèmes de lancement doivent s’expatrier. Nous leur offrons plusieurs défis, mais peut-être devons-nous en offrir d’autres pour mettre à profit les talents, les passions qui germent dans nos universités.

En août 2017, le Conseil consultatif sur l’espace nommé par le gouvernement canadien a publié les résultats de ses consultations sur l’avenir du Canada dans l’espace. Notre programme spatial a connu beaucoup de succès dans le passé, ont conclu les participants, mais «presque tous ont souligné que le Canada a perdu du terrain dans un environnement mondial où la technologie est en évolution rapide et à cause de l’augmentation substantielle des investissements dans l’espace par d’autres nations.»

Et tous les groupes d’intervenants estiment que «la situation est urgente et qu’il faut agir rapidement en mettant en place une nouvelle stratégie spatiale dynamique suivie d’un plan spatial financé afin d’enrayer le déclin de notre capacité spatiale.» Bref, à moins d’offrir des défis stimulants, avec les moyens de les mener à terme, le pays risque de se laisser distancer par les autres nations. Le Brésil, la Roumanie, l’Ukraine, la Nouvelle-Zélande et l’Australie travailleraient tous à développer leurs propres fusées, selon CBC.

Il existe bien un projet pour aménager une base de lancement à Canso, en Nouvelle-Écosse, avec une fusée développée en Ukraine, mais les appuis, et les chances de succès de l’initiative, sont plutôt minces.

Le Conseil consultatif recommande de développer, à temps pour le prochain budget fédéral, une nouvelle stratégie spatiale et un plan spatial. Cela ne veut pas nécessairement dire construire notre propre fusée. Mais il faut en profiter pour offrir aux futurs ingénieurs, à nos physiciennes, la possibilité de réaliser leurs rêves dans leur pays. Et de nous émerveiller.