Donald Trump à un rassemblement partisan, jeudi, à Elkhart, en Indiana.

Une forte odeur de corruption

ÉDITORIAL / Il y a du sang dans l’eau, autour du président des États-Unis. Son homme de confiance, Michael Cohen, sert d’appât dans une partie de chasse qui oppose le système de justice et l’entourage de Donald Trump.

Cohen est la cible d’un tir croisé, d’une part par l’enquête du Procureur spécial Robert Mueller, et aussi par l’avocat de Stephanie Clifford, Michael Avenatti. Celui-ci a révélé mercredi que Cohen a reçu 4,4 millions $ provenant de sociétés reliées à des oligarques russes, et des compagnies ATT et Novartis, alors en pourparlers avec l’administration Trump. 

Ce ne sont peut-être pas des pots-de-vin, mais ça y ressemble beaucoup, et l’argent a transité par le même compte qui a servi aux paiements versés à Clifford.

Une forte odeur de corruption plane sur cette administration et le président des États-Unis projette de plus en plus l’image d’un homme assiégé, retranché derrière une muraille qui se fissure chaque jour un peu plus. Avec chaque nouvelle révélation sur les agissements de son entourage, et sur sa propre implication avec du financement opaque, l’issue fait de moins en moins de doute. 

Tôt ou tard nous aurons un portrait beaucoup plus clair des liens entre tous les acteurs, et ce désastre atteindra une masse critique qui sera fatale à cette présidence. Même le Parti républicain ne sera plus en mesure, alors, d’empêcher le naufrage d’un président auquel il a vendu son âme. Nous n’en sommes pas encore là, mais à ce stade de l’enquête, nous avons dépassé le point de non-retour.

M. Trump accordait, il y a deux semaines, une entrevue téléphonique à l’émission Fox & Friends. Ses propos étaient si décousus, outrageants — et incriminants — que les animateurs eux-mêmes avaient dû y mettre fin, pour protéger le président contre lui-même. 

La situation est telle que ce puissant personnage ne parvient même plus à recruter des avocats compétents pour assurer sa défense. Il se voit réduit à recourir aux services de Rudolph Giuliani, qui s’empresse d’avouer la semaine dernière, sur à peu près tous les plateaux de télévision, que Trump avait bel et bien remboursé Cohen pour acheter le silence de Mme Clifford, alias Stormy Daniels. Son principal allié reconnaissait ainsi que le président est un menteur.

Pourquoi le nouveau conseiller aurait-il posé un geste en apparence irrationnel? La seule explication serait que la Maison-Blanche réalise que cette bataille est maintenant perdue, la Justice ayant saisi les documents de Cohen. La seule issue possible était d’admettre le stratagème avant que quelqu’un d’autre le fasse pour eux. Cela ressemble beaucoup à du désespoir. 

Le Guardian et le New Yorker Magazine ont fait éclater un autre scandale cette semaine, en révélant qu’une firme de renseignements israélienne s’est vue confier un mandat pour espionner et tenter de piéger des membres de l’administration Obama dans le but de discréditer l’entente multilatérale sur le nucléaire iranien que vient de dénoncer le président. 

Un gouvernement aurait donc fait appel à des espions étrangers, qui ont créé de fausses compagnies, utilisé de fausses identités, pour arnaquer ses propres experts et ses diplomates afin de modifier le cours de la politique étrangère des États-Unis. Ce sont des tactiques dignes d’une dictature, ou du Watergate... 

Il en faudra beaucoup pour faire perdre à Donald Trump l’appui inconditionnel, et aveugle, que lui accordent près de 40 % des Américains. Mais justement, ça commence à faire beaucoup.