L'Hôpital du St-Sacrement

Une expérience traumatisante?

La nouvelle de la fermeture imminente de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du St-Sacrement, puis éventuellement de son aile psychiatrique, semble avoir alerté plusieurs médias de Québec, qui ont traité récemment des enjeux relatifs à cette restructuration majeure. Sans forcément vouloir me positionner sur cette décision administrative, je me suis sentie interpellée par certains commentaires entendus dernièrement, notamment quant aux besoins cliniques des patients atteints de troubles mentaux.

Tout d’abord, il est vrai que dans un monde idéal, on n’hospitaliserait personne, et la maladie, mentale ou physique, n’existerait pas…

Malheureusement, la réalité n’est pas un conte de fées, et nous devons, en tant que professionnels œuvrant en psychiatrie, composer quotidiennement avec le peu de ressources à notre disposition, pour offrir la meilleure prise en charge possible à nos patients. Pour ma part, je travaille presque exclusivement avec une clientèle souffrant de troubles mentaux graves, et je ne peux que sursauter face à des propos véhiculant, avec trop peu de nuances, que l’hospitalisation en psychiatrie est une expérience traumatisante en soi. L’expérience de la maladie, quelle qu’elle soit, peut être traumatisante, certes, mais je crois qu’il faut faire extrêmement attention aux mots qu’on emploie. Si on aborde l’hospitalisation psychiatrique autrement qu’en la conceptualisant comme étant un traitement incontournable dans certains cas, on risque de stigmatiser encore plus les patients pour qui une telle orientation s’avère être la meilleure option thérapeutique. Il y a déjà assez de préjugés entourant la maladie mentale pour en ajouter d’autres, à mon humble avis.

Il est vrai qu’un modèle intégré permettant un arrimage harmonieux entre les services hospitaliers, communautaires et résidentiels demeure l’idéal à atteindre. On ne peut pas s’objecter à des annonces réjouissantes telles que la mise en place de nouveaux services dans la communauté, et la création de ressources résidentielles spécialisées. Pourtant, à ma connaissance, ces nouveaux services ne sont toujours pas effectifs, à trois semaines de la date de fermeture de l’urgence psychiatrique. Il ne faudrait donc pas être naïf et croire que tous les changements qui s’effectuent actuellement ont été mûrement réfléchis, et que leurs répercussions sur le réseau, les usagers et leurs familles ont été pleinement anticipées.

Le paysage hospitalier psychiatrique de Québec est appelé à être modifié drastiquement, et bon nombre de mes collègues anticipent avec appréhension, tout comme moi, les conséquences des fermetures massives de lits, ne sachant pas trop si l’offre de services dans la communauté parviendra à répondre aux besoins multiples de notre clientèle. Bien que ce changement de culture puisse être perçu avec optimisme, il n’en demeure pas moins que les patients les plus malades et instables seront encore admis à l’hôpital, et qu’un réinvestissement important s’avère aussi nécessaire dans nos unités de traitement, afin de pouvoir continuer à prodiguer des soins de qualité, au-delà des préjugés trop souvent véhiculés.

Valérie Trottier-Hébert, Médecin psychiatre