«L’économie plurielle est une conception de l’économie qui se démarque de la vision contemporaine selon laquelle seules des entreprises capitalistes dans un marché «libre» sont efficaces», écrit Luc Audebrand.
«L’économie plurielle est une conception de l’économie qui se démarque de la vision contemporaine selon laquelle seules des entreprises capitalistes dans un marché «libre» sont efficaces», écrit Luc Audebrand.

Une économie plurielle pour sortir de la crise

Luc Audebrand, Ph.D.
Luc Audebrand, Ph.D.
Professeur titulaire, Faculté des sciences de l’administration, Université Laval
POINT DE VUE / Il faut se faire à l’idée que le retour à la réalité économique d’avant la crise (business as usual) n’est pas une option viable. Même l’avènement d’un «capitalisme responsable» ne résoudra pas les défis économiques, sociaux et environnementaux qui nous attendent au détour de la pandémie de COVID-19. Au-delà de sa dimension sanitaire, cette pandémie souligne l’importance de nous appuyer sur une véritable économie plurielle.

L’économie plurielle est une conception de l’économie qui se démarque de la vision contemporaine selon laquelle seules des entreprises capitalistes dans un marché «libre» sont efficaces. Elle promeut la diversité des initiatives qui produisent de la «richesse» (c.-à-d. du mieux-être) dans une société, notamment les biens et services offerts par les gouvernements et par les entreprises d’économie sociale (OBNL et coopératives).

Pour les tenants d’une économie plurielle, une société harmonieuse et résiliente requiert de respecter et de déployer ces différents types d’organisations. Le professeur de management Henry Mintzberg, de l’Université McGill, suggère d’envisager ces trois types d’organisations comme les trois pattes d’un tabouret bien solide sur lequel une société équilibrée peut reposer.

Toutefois, la métaphore du tabouret a ses limites. Au lieu de chercher un équilibre entre les types d’organisations, comme le suggère M. Mintzberg, il faut déterminer dans quelle mesure une activité économique devrait être réalisée par un type ou un autre. Trois questions permettent de choisir le type d’organisations le plus approprié pour offrir un bien ou un service:

1. Est-ce que la société dans son ensemble retirerait des bénéfices notables si tous ses citoyens avaient accès de façon égale à ce bien ou ce service (ex.: soins de santé, éducation, services sociaux, eau potable)? Si la réponse à cette question est «oui», ce bien ou ce service devrait être placé hors des lois du marché et offert par le gouvernement ou une société d’État.

2. Est-ce que ce bien ou ce service est indispensable à la production d’un bien ou d’un service qui devrait être placé hors des lois du marché? Si la réponse à cette question est «oui» (ex.: produits pharmaceutiques, ouvrages scolaires), l’entreprise qui produit ce bien ou ce service devrait être à finalité non lucrative et ses surplus devraient être réinvestis dans la réalisation de sa mission plutôt que versés en dividendes à des investisseurs.

3. Est-ce que les activités de production de ce bien ou de ce service pourraient être réalisées dans le cadre d’une entreprise démocratique au service de ses membres (ex.: consommateurs, producteurs ou travailleurs) qui en seraient à la fois les propriétaires, les décideurs et les bénéficiaires? Si la réponse à cette question est «oui», ce bien ou ce service devrait être produit par une organisation d’économie sociale implantée dans sa communauté et misant sur des valeurs de sobriété, de proximité et de solidarité.

Une fois passées par le crible de ces trois questions, toutes les autres activités économiques imaginables pourraient être réalisées par n’importe quel type d’organisations, incluant des entreprises capitalistes. Il resterait un terrain de jeu pour un capitalisme responsable encadré par des garde-fous. La pandémie actuelle nous enseigne surtout que l’appât du gain et de la croissance infinie ne peut plus être le principal ressort de notre système économique.