Selon notre éditorialiste, l’attitude qu’adoptera le gouvernement Trudeau dans le dossier de Trans Mountain en dira long sur la façon dont il voit l’évolution du fédéralisme. Puisque nous sommes en 2018 et non plus en 1867, il paraît difficile d’ignorer ou de minimiser l’acceptabilité sociale, la protection de l’environnement et des cours d’eau.

Une chicane qui nous concerne

ÉDITORIAL / La chicane est prise entre l’Alberta, la Colombie-Britannique et Ottawa à propos de l’oléoduc Trans Mountain. L’abandon du projet Énergie Est de TransCanada a évité au Québec de vivre pareils tiraillements. Les Québécois doivent néanmoins être attentifs au dénouement de cette crise dans l’Ouest du pays. Comme le dit le premier ministre Trudeau, ce n’est pas seulement un enjeu de pipeline, «c’est un enjeu de compétence fédérale».

Justin Trudeau a mis de côté les selfies, les costumes et les discours insipides bâtis pour plaire à tous. Dans le dossier Trans Mountain, il a clairement choisi son clan même si son gouvernement répète qu’économie et environnement vont de pair. Au nom de «l’intérêt national», le premier ministre semble prêt à bousculer le gouvernement néo-démocrate de la Colombie-Britannique et à investir des fonds publics pour que le projet de Kinder Morgan de tripler la capacité de son pipeline se concrétise. 

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, M. Trudeau estime aussi que «c’est dans l’intérêt de tous les Canadiens d’avoir un meilleur prix pour nos ressources naturelles, de véhiculer de façon sécuritaire nos ressources vers de nouveaux marchés; et on sait que les trains, les camions, c’est plus dangereux qu’un oléoduc moderne». 

Qu’importe que le gouvernement de Colombie-Britannique, mais aussi des communautés autochtones, ne partagent pas cet intérêt, mais d’autres aussi défendables comme le respect de l’environnement, des eaux, de la côte du Pacifique et la poursuite d’activités plus ou moins compatibles avec un pipeline. Le premier ministre de Colombie-Britannique soutient que le processus fédéral a échoué à prendre en compte les intérêts et les risques qui pèsent sur sa province.

Depuis que l’entreprise Kinder Morgan a annoncé dimanche qu’elle attend d’ici la fin de mai des garanties d’Ottawa et de la Colombie-Britannique et qu’elle ne veut pas prendre de risques financiers excessifs, les libéraux sont en mode sauvetage. Une position risquée pour un gouvernement qui se prétend vert et qui fera face à l’électorat en 2019. 

L’enjeu de compétence fédérale ne se pose pas uniquement pour la construction d’un pipeline interprovincial. Ottawa peut aussi se montrer intraitable si une province ou une municipalité s’oppose à l’élévation d’une antenne de communication dans une zone résidentielle, à la construction d’un petit aéroport sur des terres agricoles ou à des activités polluantes dans un port en territoire fédéral.

Le Québec a connu plusieurs frustrations en ces domaines. Qu’importent les lois du Québec en matière d’environnement ou de protection du territoire agricole, les règlements municipaux et l’intérêt public défendu par les élus locaux, le fédéral protège ses champs de compétence.

L’attitude qu’adoptera le gouvernement Trudeau dans le dossier de Trans Mountain en dira long sur la façon dont il voit l’évolution du fédéralisme. Puisque nous sommes en 2018 et non plus en 1867, il paraît difficile d’ignorer ou de minimiser l’acceptabilité sociale, la protection de l’environnement et des cours d’eau. 

M. Trudeau a tenu mardi un conseil des ministres d’urgence, mais on ignore encore comment il s’y prendra pour trouver un terrain d’entente et faire aboutir le projet Trans Mountain approuvé par l’Office national de l’énergie et son gouvernement en 2016. Demandera-t-il l’avis de la Cour suprême? Privera-t-il la province contestataire de fonds? 

Il n’y a pas de crise, selon le premier ministre qui entame aujourd’hui un voyage à l’étranger. Ça en a pourtant l’air. La partie se corse pour les libéraux. Ils plairont peut-être davantage aux Albertains, mais d’autres Canadiens n’apprécieront pas la ressemblance avec les conservateurs.