«Nous avons déployé beaucoup d’efforts à combattre la malbouffe sous toutes ses formes, sans réel succès, car l’obésité augmente d’année en année», écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Une approche globale pour les enfants en surpoids

POINT DE VUE / Les études actuelles notent que 40 % des enfants québécois ont un surpoids ou sont obèses. Ce constat alarmant révèle également que l’espérance de vie de ces enfants est réduite de trois ans et qu’ils chemineront probablement dans une vie affublée de maladies chroniques telles des troubles diabétiques et cardiaques.

Sur le plan psychologique, les enfants en surpoids sont aussi plus à risque de développer une faible estime de soi, ce qui les prédispose à l’anxiété, la dépression et ultimement aux idées suicidaires. Bref, le surpoids des enfants est loin de n’être qu’une question esthétique, il s’agit réellement d’un problème de santé publique, un phénomène grandissant qui touche à la fois la santé physique et la santé mentale des enfants. Et c’est pour cela que nous devons y voir, nous adultes et parents responsables de ces enfants.

Mais il est difficile de changer quoi que ce soit à un problème sans avoir une idée claire de ce qui cause ce problème. Aujourd’hui, la majorité des spécialistes ciblent «l’offre alimentaire» proposée à nos enfants. Il y a des distributrices de boissons gazeuses et des restaurants de «fast food» à chaque coin de rue. De plus, les annonces publicitaires de «malbouffe» qui se retrouvent entre chaque scène vidéo que visionnent les enfants sur internet martèlent sans fin l’imaginaire de nos jeunes. Bref, l’offre alimentaire et la publicité semblent être les deux facteurs que nous devons combattre pour le bien de nos enfants. Mais est-ce les seuls facteurs impliqués? Bien sûr que non.

Manger ses émotions

Nous passons souvent à côté d’un facteur déterminent qui motive le développement de l’obésité des enfants et des adultes, soit l’hyperphagie. L’hyperphagie est un trouble alimentaire qui implique la compulsion de manger des portions abondantes sans pouvoir s’arrêter. Une forme de «rage de bouffe» qui se manifeste régulièrement lorsque l’enfant ressent une anxiété. Parce que oui, plusieurs personnes mangent lorsqu’ils sont anxieux. Cela les apaise, les détend, leur fait oublier leurs tracas. Pour certains, c’est la cigarette ou l’alcool, et pour d’autres c’est la nourriture.

Or, le lien entre l’anxiété et les troubles alimentaires étant établi depuis plusieurs décennies, il devient donc important ici de se questionner sur ce qui rend nos enfants anxieux. Les stress dans l’enfance sont causés par d’innombrables facteurs. Les parents d’aujourd’hui aiment leurs enfants, mais leurs grandes occupations contribuent parfois à offrir un encadrement quelque peu défaillant; manque de supervision (non-supervision de l’offre alimentaire proposée à leur enfant), instabilité des routines de vie (insister sur l’importance des repas en famille), peu de temps disponible au réconfort et à l’écoute des tracas de l’enfant, etc. Bref, plusieurs facteurs familiaux peuvent s’insérer dans l’équation qui contribue à l’obésité de nos enfants.

En somme, le problème de l’obésité des enfants nécessite une approche globale dans laquelle toutes les composantes (hérédité, offre alimentaire, publicité, anxiété, stress familiaux, etc.) doivent être considérées. Déjà, nous avons déployé beaucoup d’efforts à combattre la malbouffe sous toutes ses formes, sans réel succès, car l’obésité augmente d’année en année. Essayons donc une nouvelle approche : celle de rassurer nos enfants qui sont agités par des stress importants et qui, sans ressources suffisantes, se rabattent sur la nourriture pour se calmer. Nous n’avons rien à perdre, rien à perdre d’autre que des calories en trop qui minent la santé de nos jeunes.