Un Québec, des Québécois, des réfugiés

POINT DE VUE / J’ai du mal à croire que le Québec n’est pas en mesure d’accueillir plus de réfugiés. Ça ne ressemble pas à la province que je côtoie chaque jour. Et encore moins aux Québécois que je croise et qui me surprennent constamment par leur dévouement à la cause des réfugiés.

Et pourtant, c’est le discours que j’entends résonner de plus en plus fort dans certains cercles politiques et médiatiques.

Je suis déçu de constater que ces discours tendent à nous faire oublier l’essentiel: nous formons une nation incroyablement dynamique tant sur le plan économique, culturel que linguistique, ouverte à quiconque souhaitant participer à notre projet de société.

Être humains avant d’être réfugiés

Étant moi-même un immigrant, je connais cette sensation de devoir recommencer tout à zéro ailleurs. Combien d’entre nous sommes arrivés récemment ou sommes encore bercés des histoires de nos aïeux ayant traversé l’océan pour s’installer ici? Nous savons la volonté incroyable que nous avons eue de nous intégrer et de contribuer activement au Québec.

Cette volonté d’intégration n’a pas de couleur ni de nationalité particulière. Qu’on vienne d’Europe, de pays en guerre comme la Syrie ou le Yémen aujourd’hui, ou le Chili ou l’Indochine hier, cette force nous habite avec la même intensité.

Je me souviens d’avoir croisé Alma, une jeune nigériane, qui a surpris bon nombre de ses professeurs par ses résultats exemplaires. Elle était une jeune fille exemplaire, une fille comme tant d’autres au Québec. Et pourtant, ses amis ignoraient tout des sévices dont elle avait été victime avant de fuir son pays pour devenir une réfugiée après avoir subi des mutilations génitales féminines.

Quant à Amani, elle termine sa maîtrise en littérature française. Originaire du Burundi, elle s’est plongée dans la découverte d’auteurs québécois comme Marie-Sissi Labrèche, Marie Laberge, David Goudreault, Michel Tremblay, Dany Laferrière et Monique Proulx. Autrefois journaliste, ses luttes en faveur de la liberté d’expression ont failli lui coûter la vie. Elle n’a plus revu sa famille depuis son arrivée comme réfugiée au Québec.

Une capacité d’accueil sous-estimée

À l’heure où les régions québécoises luttent contre l’exode des jeunes vers les centres urbains et une pénurie de main d’oeuvre, la réinstallation des réfugiés dans les régions – une des forces du programme des réfugiés au Québec – vient soutenir la vitalité de ces communautés, en passant de Rimouski à Gatineau. Parmi tous les nouveaux arrivants, les réfugiés sont de loin les plus attachés aux communautés qui les ont accueillis.

Quand je pense à Alma ou à Amani ainsi qu’aux 6334 réfugiés qui ont recommencé leur vie à zéro au Québec en 2018, je suis à la fois rempli de tristesse et d’espoir. Les réfugiés n’ont jamais eu autant besoin de la solidarité des Québécoises et des Québécois.

En m’adressant le 15 août prochain à vos députés provinciaux qui se penchent sur la question des niveaux d’immigration, je penserai à eux ainsi qu’à mes amis québécois qui s’investissent tous les jours dans l’intégration des réfugiés.

Ne nous laissons pas berner par des discours alarmistes qui prétendent que nous n’avons pas la capacité d’accueillir plus de réfugiés. Oui, l’intégration des nouveaux arrivants comporte des défis. Mais oui, elle est aussi bénéfique tant sur le plan humain, économique et social. Nous avons un devoir de solidarité vis-à-vis des plus démunis. La solidarité est une valeur bien ancrée chez les Québécois. Alors faisons valoir notre opinion auprès de nos élus alors qu’ils décident du Québec de demain: veut-on un Québec ouvert sur le monde et bénéficiant des contributions de tous et chacun, ou un Québec replié sur lui-même risquant ainsi son étouffement?

Chaque voix compte.