La Société de philosophie avait dévoilé, le 5 juin, la programmation du FestiPhilo, le premier festival de philosophie grand public. Jimmy Plourde, président de la Société de philosophie de la région Cœur-du-Québec et coorganisateur (au centre), avait donné les grandes lignes de l’événement en compagnie de Christian Bouchard, porte-parole, Alex Dorval, directeur marketing chez Le Temps d’une pinte, et Patricia Nourry et Sabrina Parent, coorganisatrices.

Un peu plus de philosophie, un peu moins de violence

Un premier festival de philosophie au Québec, a eu lieu en fin de semaine au centre-ville de Trois-Rivières Mes collègues du comité organisateur, Jimmy Plourde, Patricia Nourry et Sabrina Parent, ainsi que moi-même à titre de porte-parole du FestiPhilo, remercions chaleureusement nos conférenciers et festivaliers de leur enthousiasme palpable et contagieux envers une discipline nécessaire à une meilleure saisie du monde, puisque fondée sur l’argumentation tout autant que sur une quête de sagesse où le dialogue joue un rôle indispensable.

Les tables rondes et conférences auront toutes été suivies ou ponctuées d’interventions de l’auditoire. Il faut dire que tout s’y prêtait. Autant les sujets traités, comme les fake news, la désobéissance civile, les limites de la liberté d’expression, le problème du mal, la question du consentement sexuel, et j’en passe, que l’atmosphère d’un festival privilégiant les endroits publics comme lieux de discussion : une micro-brasserie, un café, des restaurants, la Gare maritime, le Musée POP, ou encore le parc portuaire.

Dans la Grèce antique, l’Agora était le centre commercial et politique de la cité, la grande place publique où l’on échangeait des biens et des idées, où s’affrontaient des conceptions du monde parfois incompatibles. De nos jours, en milieu urbain, l’agora renvoie trop souvent à une simple zone piétonne, sans la moindre référence à un quelconque espace de discussion publique. Le FestiPhilo a donc pour objectif de réintroduire dans l’espace public une aire de discussion ouverte et franche où les enjeux de société se traitent avec respect, sens de l’écoute, volonté de réfléchir ensemble au bien commun.

S’il arrive que des citoyens se comportent les uns envers les autres tels des gladiateurs qui recherchent uniquement l’humiliation ou la mise à mort de tout adversaire, le FestiPhilo entend faire la démonstration qu’il demeure possible de nourrir un échange avec autre chose que des anathèmes, des calomnies, des propos cyniques ou pédants, qu’il est donc préférable de s’entretenir des sujets d’intérêts publics avec l’aide de la raison, d’arguments et de contre-arguments, en vertu d’un dialogue que l’on espère fructueux, parce que fidèle aux lois de l’hospitalité, lesquelles nous incitent à voir en quiconque, dirait Montaigne, «la forme entière de l’humaine condition».

Vendredi, autour de 18h30, alors que se déroulait le cocktail d’ouverture du FestiPhilo au restaurant Le Poivre Noir, un jeune homme, à l’insu de tous les festivaliers, était sauvagement agressé dans le stationnement du parc portuaire. Je l’ai moi-même appris le lendemain matin. Globes oculaires enfoncés, nez fracturé à quatre endroits, visage tuméfié. Aucun motif. Une rage aveugle.

J’ose croire que si l’on apprenait aux enfants à philosopher, par conséquent à dire avec des mots ce qu’ils pensent et ressentent pour ensuite, toujours avec des mots, mieux examiner ce qu’ils pensent et ressentent, peut-être, je dis bien peut-être, ces manifestations de violence gratuite seraient-elles endiguées à un âge où il est encore possible de faire entendre raison autrement que par le recours à la force policière et aux tribunaux.

Christian Bouchard, Trois-Rivières