Une activité comme une rencontre avec un auteur peut avoir une réelle influence sur le rapport des élèves à la lecture et à l’écriture en modifiant leur compréhension du processus créatif et en attisant leur curiosité pour les productions culturelles.

Un pas important pour démocratiser l’accès à la culture

La culture occupe une place déterminante dans la formation des générations à venir et l’école joue en ce sens un rôle majeur. Dans la surenchère des promesses électorales, plusieurs annonces laissent paraître une volonté de renforcer le lien entre culture et éducation et de multiplier les occasions pour les jeunes du primaire et du secondaire de participer à des activités culturelles dans le cadre scolaire.

Mais que sait-on exactement du nombre et des types d’activités culturelles organisées dans les différentes écoles du Québec? Dans quelles conditions se réalisent-elles? Comment se vivent les collaborations entre les intervenants du milieu culturel et ceux du milieu scolaire? Quels sont les impacts de ces activités sur les élèves? Une recherche collective récente a permis de lever un coin du voile et le portrait établi pourrait influencer les choix à venir dans ce domaine.

Une enquête réalisée auprès de quelque 300 enseignants de français au dernier cycle du primaire et au secondaire dans les différentes régions du Québec révèle que les activités culturelles sont loin d’être une réalité partagée dans l’ensemble des milieux scolaires.

Un nombre encore trop important d’élèves sont privés de ce type d’expérience, ce qui interroge la démocratisation de l’accès à la culture. Les enseignants sont convaincus que les élèves démontrent a priori de l’intérêt pour ce type d’activités et que l’offre d’activités est intéressante, mais plusieurs éléments d’ordre budgétaire et organisationnel freinent la mise en œuvre des projets. 

Pour lever ces freins, il est nécessaire d’assurer une diffusion plus efficace de l’information sur les différents programmes de soutien, de revoir leurs critères et de mieux arrimer les programmes offerts par différents ministères, institutions et organismes nationaux, régionaux et municipaux.

Des indications plus prescriptives devraient par ailleurs être inscrites dans les nouveaux programmes scolaires, dont celui de français, afin que chaque élève ait la possibilité de participer au minimum durant chaque cycle de sa scolarité obligatoire à une activité culturelle et de participer à un projet créatif.

Les budgets nécessaires à l’atteinte d’un tel objectif devraient être assurés de manière permanente. Cet investissement se justifie pleinement, car plusieurs éléments montrent que ces activités peuvent jouer un rôle essentiel dans le renforcement de la motivation scolaire des élèves et dans leur réussite éducative, à certaines conditions.

Un impact réel

Selon ce que nous avons observé dans une quinzaine de classes de français de divers milieux où sont offertes des activités variées aux élèves (rencontre avec un auteur, sortie au théâtre, résidence de créateur), une majorité d’élèves et autant les garçons que les filles manifestent de l’intérêt pour ces activités qui peuvent avoir une réelle influence sur leur rapport à la lecture et à l’écriture en modifiant leurs représentations de l’auteur-créateur, leur compréhension du processus créatif et en attisant leur curiosité pour les productions culturelles. 

L’impact des activités culturelles pourrait être encore plus important si celles-ci dépassaient les rencontres ponctuelles et si elles étaient davantage reliées explicitement au développement des apprentissages, ce qui suppose une collaboration plus étroite entre les enseignants et les intervenants du milieu culturel. D’autres facteurs comme le caractère récurrent de ces activités, le rôle actif des élèves durant les activités et la qualité des infrastructures utilisées sont garants de succès.

Au-delà des belles promesses de campagne, il est temps que les responsables politiques prennent conscience de la grande fragilité de la rencontre culture-éducation souhaitée par le rapport Rioux dès 1968 et mise de l’avant lors de la révision des programmes scolaires dans les années 2000. Qu’ils fassent ce qui est en leur pouvoir afin de contribuer de manière significative à la démocratisation de la culture grâce à l’école et de soutenir, par de riches expériences culturelles, la réussite éducative de tous les élèves!

Olivier Dezutter, professeur, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke

Marie-Christine Beaudry, professeure, Faculté des sciences de l’éducation, Université du Québec à Montréal

Erick Falardeau, professeur, Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval

Myriam Lemonchois, professeure, Faculté des sciences de l’éducation, Université de Montréal