Le premier ministre François Legault et le ministre Simon Jolin-Barrette

Un gouvernement qui fait des soufflés

POINT DE VUE / Ceux et celles qui aiment cuisiner savent comment il est difficile de réussir un soufflé. Les conditions nécessaires au succès sont tellement nombreuses que le soufflé est réputé pour les cuisants échecs qu’il impose à ceux et celles qui s’aventurent à sa réalisation.

La législation en gestation sur l’immigration est certainement de cette catégorie. La réaliser avec une recette que personne auparavant n’a encore essayée peut paraître casse-gueule et bien des gens sont rapides à conclure que le gouvernement caquiste s’y prend mal. Moi je pense que sa recette a, malgré ce qu’on en dit, un certain intérêt. Ça demande des explications, je sais...

J’ai travaillé comme architecte informatique durant quelques années et j’ai contribué à la conception de systèmes informatiques d’envergure. En plus de mon expérience en milieu gouvernemental québécois, j’ai participé durant plusieurs années à un projet majeur à Ottawa. La différence entre les deux cultures informatiques était saisissante.

Les Anglo-saxons sont à l’aise avec le concept d’essais-erreurs-corrections et ils ont pris l’habitude d’avancer à petits pas, quelquefois hésitants, vers leurs objectifs. Ça coûte une fortune en temps, délais et conséquences de ne pas tout prévoir au moment de la conception. Personnellement, je pense que leur «recette» est appropriée pour des projets de petite envergure, mais que pour de grands projets, ils sont très mal outillés.

À Québec, ça a toujours été le contraire. Peu importe la taille du projet, on tergiverse au niveau de la conception, souvent durant des années, parce qu’on cherche à obtenir des certitudes absolues sur tous les aspects d’un projet avant de l’entreprendre. On tente de concevoir ces choses en consultant des utilisateurs qui bien souvent ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent, ce dont ils ont besoin, comment ils vont s’en servir ou n’ont tout simplement pas pris le temps d’y penser. Tellement que j’avais pris l’habitude de leur proposer initialement des architectures que je savais mauvaises ou de carrément tirer à pile ou face certains aspects en l’absence d’une indication claire de leur part, question de les faire réagir et les amener à entrevoir les conséquences éventuelles de certains choix. Une fois passé le choc émotif de la catastrophe appréhendée, ils devenaient tout à coup de vrais contributeurs à mes efforts de conception. La confirmation de ce qu’ils ne voulaient pas me permettait également de cheminer beaucoup plus rapidement vers des propositions de solution qui leur conviendraient.

Au Québec, la CAQ tente de nous guérir de la propension à tergiverser sans savoir ce que nous voulons, à laquelle nous avait habituée les nombreux gouvernements libéraux qui l’ont précédé. La CAQ a, volontairement ou non, utilisé une stratégie qui, bien qu’elle paraisse contraire au sens commun et qu’elle soit source de drames comme celui que l’on vient de vivre avec les étudiants étrangers, pourrait grandement accélérer les choses.

La détermination précise et exacte de ce qu’on ne veut pas est un pas immense dans tout projet. La recette de la CAQ a l’avantage de donner des résultats rapides en quelques semaines et à savoir des choses que les gouvernements précédents n’ont jamais réussi à comprendre clairement, malgré des années de consultation. Gageons qu’à partir de maintenant, les consultations vont aller rondement.