L’auteur croit que le lieu, eu égard à sa taille, pourrait devenir un élément déterminant d’expression d’une diversité d’intérêts.

Un geste fort pour l’église Saint-Cœur-de-Marie

Désacralisée depuis 20 ans, dans une situation physique précaire, d’intérêt patrimonial convenu, sujette à une poursuite légale et localisée sur un site stratégique, quel sort attend ce haut lieu de la Grande Allée qu’est l’église Saint-Cœur-de-Marie? D’architecture romano-byzantine à voûtes sphériques portées par de grandes arcades ajourées, à l’image de gares européennes, cette église mérite un geste fort. À titre d’architecte bien au fait du dossier et malgré les embûches, je me permets d’esquisser une réflexion et proposer une avenue dans la perspective de la conservation et de mise en valeur de ce haut lieu signifiant.

Les paramètres de succès de ce projet sont de plusieurs ordres et concomitants entre eux. D’abord, la localisation du bâtiment établit le contexte du projet. Ainsi, la Grande Allée, au cœur de la colline parlementaire, est le centre d’une convergence d’intérêts et de fonctions à effets d’entraînement multiples indéniables et diversifiés, notamment au regard des arts, de la culture, des loisirs, des sports, du tourisme, du divertissement et des évènements divers. Le lieu, eu égard à sa taille, pourrait devenir un élément déterminant d’expression de cette diversité d’intérêts de tous types : promotions, expositions, rencontres, assemblées, célébrations, spectacles, productions ou galas divers dans un espace multifonctionnel, le tout sans compétitionner avec des lieux de tailles et emplacements divers desservant leurs clientèles propres. Le lieu pourrait ainsi devenir un complément exceptionnel aux actions de foisonnement dynamiques que les acteurs déjà associés aux fonctions de la Grande Allée génèrent dans notre milieu.

Les partenaires potentiels : les acteurs du milieu dont les activités confèrent à la Capitale nationale son identité propre. Par exemple : le Carnaval de Québec, le Festival d’été, l’Office du tourisme, le Centre des congrès, Action promotion Grande Allée, les Fêtes de la Nouvelle-France, le Musée National des Beaux-Arts, Plein-Art, la Chambre de commerce et d’industrie, la Manif d’art, Gestev, Québecor.

Le regroupement : ces diverses organisations du milieu devraient se regrouper sous une forme légalement constituée et à but non lucratif, ce qui permettrait l’émergence d’un organisme à but non lucratif (OBNL), d’une Coopérative de solidarité ou d’une Fondation, qui serait propriétaire du site et le gérerait dans le respect de l’esprit du lieu.

Le financement : le projet de recyclage du bâtiment, de l’ordre de 12 à 15 millions $, prendrait en compte les sources de financement disponibles que sont ou pourraient être, à titre d’exemple : les divers programmes d’aide applicables du MCCQ (aux immobilisations, aux projets, au fonctionnement...), Infrastructure Canada, la bonification du Programme d’aide financière (MCCQ/Ville) à la restauration de certaines églises de Québec, issu de la nouvelle vision municipale du patrimoine convenue lors du Colloque de 2016, du Programme d’acquisition de bâtiments du Programme particulier d’urbanisme (PPU) de la colline parlementaire et, non le moindre, le mécénat. 

Il est permis de penser au programme Mécénat Placement Culture qui verse une subvention de contrepartie pour chaque contribution ou don privé recueilli par des organismes culturels. Quelques exemples de mécènes locaux tous membres de l’Ordre des mécènes de la Ville de Québec (2009) : Pierre Lassonde pour sa contribution au Pavillon Lassonde du MNBA (à hauteur de 10 % du projet, soit 10 M $), Peter Simons pour la fontaine de Tourny (don à hauteur de 4 M $ soit le 2/3 du coût total du projet) et Michel Dallaire de Cominar à la Maison Dauphine, laquelle était dans un état de dégradation plus que précaire à l’origine (don de 1 M $, soit 1/7 du coût total et accompagné d’une campagne de financement de 2 millions $).

Ainsi, dans la perspective où les conditions de réussite du présent concept étaient réunies, la conservation et la mise en valeur de cette église génèreraient un lieu de concertation d’acteurs majeurs du milieu, complémentaire des activités du secteur, et doteraient le secteur exceptionnel de la Grande Allée d’un espace multifonctionnel commun. À cet effet et devant l’état précaire du bâtiment, il est plus que temps d’agir alors qu’à l’extrémité est de la Grande Allée on achève, au coût de 104 millions $, la restauration et l’agrandissement du Manège militaire.

Marc Bouchard, architecte, Québec