Les auteurs de cette lettre d’opinion expliquent que la rémunération de tous les stages n’est pas une fin en soi. Mais elle est un premier pas pour identifier l’injustice sur laquelle se fonde l’extorsion généralisée de différentes formes de travail toujours invisibles.

Un appel large pour la rémunération des stages

Nous lançons un appel large aux personnes, collectifs, comités politiques, associations étudiantes, groupes communautaires et syndicats à se joindre et à appuyer publiquement la lutte actuelle pour la rémunération de tous les stages, à tous les niveaux.

À l’initiative des comités unitaires sur le travail étudiant, les CUTE, les militant(e)s étudiant(e)s mettent, depuis plus de deux ans, tous leurs efforts à organiser la grève générale des stagiaires, et cela porte fruit. Cette dernière peut désormais s’appuyer sur des bases solides et décentralisées dans les cégeps et universités de trois régions (Montréal, Gatineau, Sherbrooke). Des pôles sont également déjà en activité à Québec, Saguenay, Trois-Rivières et Rimouski. 

Tout porte à croire que la grève aura bel et bien lieu l’hiver prochain. Des plans d’action aboutissant à la GGI sont déjà adoptés dans les assemblées générales d’associations étudiantes et dépassent le plancher que nous nous étions fixé. La revendication principale n’est à peu près jamais contestée quand nous discutons avec les gens sur les campus et l’évocation d’un plan de grève ne soulève toujours pas l’ire des éléments les plus réactionnaires.

Bien sûr, le défi est grand. Cette grève des stagiaires sera la première confrontation structurée entre le mouvement étudiant et le gouvernement de la CAQ, et par le fait même entre les stagiaires et les employeurs. 

Il faut bien se le rappeler, les stages non rémunérés se retrouvent bien souvent dans la formation obligatoire des programmes traditionnellement féminins, où l’on compte également davantage de parents étudiants et de personnes issues de l’immigration (par ex. soins infirmiers, éducation à l’enfance, éducation spécialisée, travail social, arts, journalisme, pratique sage-femme). Comme bien d’autres tâches effectuées par les femmes (travail parental, proche aidante, travail du sexe, etc.), le travail des stagiaires non rémunérées est souvent dépolitisé et réduit au don de soi. 

C’est d’ailleurs ce que nous rappelaient, au printemps dernier, les travailleuses du réseau de la santé et des services sociaux épuisées alors qu’elles accumulent surcharge de travail et heures supplémentaires obligatoires. Mais peut-on accepter collectivement l’épuisement de ces employées et des stagiaires sous prétexte que nous n’avons pas les moyens de leur donner un salaire et des conditions de travail décentes? 

C’est donc à la fois pour attaquer cette dévalorisation constante du travail des femmes et pour améliorer nos conditions de vie que continuera de s’organiser la campagne en faveur de la rémunération de tous les stages cette année. Évidemment, la rémunération de tous les stages n’est pas une fin en soi. Mais elle est un premier pas pour identifier l’injustice sur laquelle se fonde l’extorsion généralisée de différentes formes de travail toujours invisibles. Les organismes communautaires, les hôpitaux, les garderies, les écoles, les musées, les entreprises médiatiques roulent trop souvent et depuis trop longtemps sur le cheap-labor non rémunéré pour composer avec des budgets serrés et maintenir leurs activités. Mais le travail gratuit, ça suffit! 

Mélanie Pelletier, travail social, Sherbrooke

Alexandra Dufresne, graphisme, Sherbrooke

Bruno Le Héritte, Cinéma, Montréal

Mathilde Laforge, Travail social, Montréal

Raphaëlle Querry, Études féministes, Montréal *

*Deux cent une personnes ont signé cette lettre d’opinion. On peut retrouver les noms des signataires au : www.ababord.org/Un-gouvernement-CAQ-et-puis-quoi-apres