Un appel au futur Conseil national du numérique

La version gouvernementale du plan Nerd que certains avaient mis de l’avant en septembre 2014, encouragée par le premier ministre dans le cadre du Forum des idées pour le Québec vient finalement d’être lancé.

Depuis plus de 30 ans, les acteurs du numérique réclamaient un plan. Issu de la démarche d’un groupe de penseurs du numérique qui s’est appelé les «13 étonnés», l’Institut de gouvernance numérique (IGN) est l’organisme qui milite depuis sa création pour que le Québec se dote enfin d’une stratégie numérique, d’un projet de société qui lui permettra de tirer pleinement profit des bouleversements sociaux, économiques et culturels engendrés par la révolution numérique.

Un appel à la collaboration

Afin de contribuer positivement à la suite des évènements, l’IGN désire souligner l’avancée que représente la mise en place d’un Conseil du numérique. Sur plusieurs volets majeurs de la stratégie déposée, ce Conseil pourrait faire la différence. L’IGN offre donc sa collaboration et l’expertise de son réseau pour compléter ces éléments qui nous apparaissent essentiels.

Les démarches de co-construction réalisées à ce jour par l’IGN ont mis en lumière l’éventail des bénéfices potentiels des technologies numériques pour le dialogue démocratique, mais aussi les risques de dérives informationnelles. Notre organisation a la ferme conviction que les outils et les médias socionumériques intègrent un potentiel énorme pour engager les citoyens et les planificateurs politiques dans l’innovation. En connectant les réseaux de communautés de pratique et en abaissant les barrières à la participation, les technologies digitales peuvent valoriser la voix des citoyens dans la création de sens commun mis au service de changements sociaux positifs dans la sphère publique.

L’IGN croit que la mise en œuvre de services basés sur les données ouvertes comme la «blockchain», la «DAO» (en français : organisation autonome décentralisée) et sur des indicateurs de l’innovation ancrés sur la science citoyenne, pourrait améliorer la capacité des administrateurs gouvernementaux à prendre des décisions appuyées sur un large consensus et sur des résultats probants dans l’optique d’un meilleur «vivre ensemble».

L’IGN croit également qu’une Stratégie numérique du 21e siècle fondée sur la collaboration et la co-construction peut faciliter la collaboration entre les citoyens, l’entreprise, les universités et les gouvernements. Cette culture contributive «de tous pour tous et par tous» peut favoriser un meilleur alignement entre les aspirations des divers acteurs, améliorer les pratiques communicationnelles entre eux, améliorer leur confiance mutuelle et la transparence par une meilleure compréhension des risques et l’engagement plus responsable dans les processus politiques. En ce sens, le rôle des gouvernements est important dans la régulation des plateformes, surtout lorsqu’elle déborde les frontières.

Toutefois, ce ne serait pas une bonne stratégie numérique que de légiférer unilatéralement sur les infrastructures et les plateformes, sans la participation des citoyens. L’alignement stratégique des acteurs du Québec devrait être l’attitude privilégiée par notre gouvernement devant les problématiques qui menacent actuellement la traditionnelle «loi implicite» de la neutralité du Net. «Briser la culture des silos», comme le souhaite la ministre responsable, c’est construire ensemble. Pour se faire, les ministères doivent éviter de travailler en vase clos.

Notre organisation veut souligner le pas dans la bonne direction que constituent les annonces de la semaine dernière, mais veut aussi ajouter que plusieurs autres restent à faire.

Jean-François Gauthier, au nom de l’Institut de gouvernance numérique (IGN)