Troisième lien et péage

Le débat sur le troisième lien tourne beaucoup autour des problèmes de congestion, actuels et à venir. A-t-on vraiment besoin d’un troisième lien? Doit-il être à l’est ou à l’ouest et va-t-il résoudre les problèmes de congestion à long terme ou s’agira-t-il simplement d’une façon de repousser le problème à plus tard?

Curieusement, il y a un paramètre qui est absent du débat : celui du péage sur les ponts et autres voies de circulation. À part une mention par François Bourque dans l’une de ses chroniques (peut-être y en a-t-il eu d’autres), cela ne fait pas partie du discours. Pourtant, on ne pourra pas atténuer voire résoudre les problèmes de congestion sans y avoir recours. Si on avait instauré des péages sur les deux ponts actuels en 1970, année de l’ouverture du pont Pierre-Laporte, on ne parlerait peut-être pas de troisième lien en ce moment. 

Je peux paraître ramer à contre-courant avec une telle suggestion. Nous n’aimons pas les tarifs sous quelque forme que ce soit. Pourtant d’autres pays ou villes y ont recours depuis belle lurette avec des résultats non-négligeables sur la circulation. Je pense, entre autres, à Londres, et à Singapour où un tel système existe depuis 1975. Stockholm a aussi un système de péage depuis 2006. Les états de la Californie, du Colorado et de l’Oregon mènent des expériences avec des systèmes de péage sur les routes en fonction des types de déplacement. Certains spécialistes pensent même que de tels systèmes pourraient un jour remplacer les taxes sur l’essence qui rapportent de moins en moins, toute proportion gardée, à mesure que l’efficacité énergétique des autos s’améliore. L’avènement des voitures électriques ne va qu’empirer les choses. 

On ferait donc bien de commencer à penser à l’idée du péage et l’inclure dans le débat actuel. Il faut envisager des péages sur tous les ponts, actuels et à venir, et éventuellement sur les déplacements dans les centres-villes et là où les problèmes de congestion sont les plus criants. Avec des tarifs variables selon les heures de la journée ou selon le volume de la circulation, l’idée étant d’inciter les automobilistes à effectuer leurs déplacements aux heures de moindre affluence ou d’utiliser des moyens de transport alternatifs. La technologie actuelle, basée sur des transpondeurs, permet de réaliser cette tarification de façon transparente sans ralentir la fluidité de la circulation. Elle utilisera éventuellement le système GPS.

Ultimement, le péage pourrait être étendu à l’ensemble du réseau routier et il pourrait être conçu de sorte que, en supprimant les taxes sur l’essence, les automobilistes ne paient pas, en moyenne, davantage à l’état pour utiliser leur automobile. Évidemment, ceux qui encombreraient les routes les plus fréquentées aux heures de pointe paieraient davantage que ceux qui éviteraient de le faire. C’est l’objectif de la tarification. 

Il faudrait aussi y aller graduellement, tant sur l’étendue du système que des tarifs, pour laisser le temps aux usagers de s’adapter, comme de choisir de demeurer plus près de leur lieu de travail ou d’étude.

Michel Truchon

Économiste

Québec