Selon Sylvain Fortin, le message que le gouvernement libéral transmet aux Québécois qui vivent avec une Trisomie-21 est on ne peut plus clair : l’avortement est non seulement thérapeutique, mais justifié, puisqu’il est convenable et même souhaitable d’éliminer, avant leur naissance, ceux qui seraient comme vous.

Trisomie 21: M. Couillard, vous n’avez pas facilité notre vie

Dans la foulée de la campagne électorale qui s’achèvera le 1er octobre prochain, le parti libéral du Québec scande le slogan «Pour faciliter la vie des Québécois». Or lorsqu’il est question de protéger les intérêts des quelque 10 500 Québécois nés et vivant avec une Trisomie-21, une telle devise sonne tellement faux qu’elle prend les contours du mensonge le plus effronté.

À l’aube des élections tenues en 2014, notre futur premier ministre Philippe Couillard nous affirmait la main sur le cœur qu’il «gouvernerait pour tout le monde». Or, après quatre années des plus vides et insignifiantes qu’ait connues la scène politique du Québec, force nous est de constater que l’intéressé est non seulement incapable d’agir de la sorte, mais qu’au surplus il n’a aucun désir de le faire. 

Au Québec, on empile les uns sur les autres les pivots bureaucratiques habilités à recevoir des plaintes, mais encore plus habiles à les ignorer : Protecteur du citoyen, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Vérificateur général, Office des personnes handicapées, Ombudsman de tous acabits et 125 députés de toutes provenances. Et pourtant, jamais la situation des personnes qui vivent avec une Trisomie-21 ne sait jamais aussi mal porté que présentement. 

Facilitée par le règne des libéraux, la vie de ces gens? Permettez-moi d’en douter fort. Au cours des pénibles années Couillard, nous avons dû organiser, coordonner et financer les funérailles de deux personnes ayant une trisomie-21 mortes de faim et de soif à la suite du décès du parent qui en prenait soin. Or lorsque j’ai contacté personnellement le bureau du premier ministre à ce sujet, on m’a répondu sèchement et sans grand intérêt que «ça n’était pas de leurs affaires». 

Vulnérables et sans protection

Quelle surprise : la seule véritable reconnaissance à laquelle les Québécois ayant une trisomie-21 ont eu droit au cours des dernières années s’est limitée à une révision terminologique. Alors que le Code civil du Bas-Canada avait déjà abandonné (on n’arrête pas le progrès!) les étiquettes d’idiots et d’imbéciles pour le terme générique «inaptes», le Code civil du Québec a récemment introduit la notion un peu plus noble de «personnes vulnérables». 

Mais au-delà des mots, l’équation demeure la même : au Québec, ce sont les personnes les plus vulnérables qui sont les moins bien protégées. Et avec l’implantation de plus en plus solide du Programme québécois de Dépistage prénatal de la Trisomie-21, le Québec s’est doté d’une politique mur à mur d’élimination à la source de la problématique que semble représenter, pour le gouvernement libéral, la naissance de citoyens affectée par la Trisomie-21. Chapeau : rien ne facilite davantage la vie d’un bénéficiaire de services sociaux que la conviction qu’il est une nuisance, coûte trop cher, et n’aurait jamais dû venir au monde. 

Le message que le gouvernement libéral transmet aux Québécois qui vivent avec une Trisomie-21 est on ne peut plus clair : l’avortement est non seulement thérapeutique, mais justifié, puisqu’il est convenable et même souhaitable d’éliminer, avant leur naissance, ceux qui seraient comme vous. Il s’agit là d’un traitement cruel, inusité et carrément inhumain. Et le pire, c’est qu’avant la mise en place définitive du programme de dépistage, le premier ministre Couillard avait demandé au Commissaire à la santé et au bien-être du Québec d’organiser et de tenir des consultations ciblées, auxquelles j’ai d’ailleurs participé. Au terme de ce processus, le Commissaire a confirmé au premier ministre qu’il pouvait implanter le programme à condition qu’il veille à améliorer la quantité et la qualité des services offerts à la population vivant avec une Trisomie-21. Or, le premier ministre a donné suite à une moitié de la recommandation : il a bel et bien implanté le programme. L’autre moitié, il l’a balancée aux oubliettes avec le reste de ses promesses.

Une question capitale se présente d’elle-même : si le premier ministre Couillard entend vraiment faciliter la vie des Québécois... de quels Québécois parle-t-il? Parce que s’il est une chose que le dernier règne libéral nous a apprise et amplement prouvée, c’est bien que l’approche est loin d’être générale et penche nettement du côté de l’élitisme. Or comment un gouvernement lui-même inapte peut-il répondre aux attentes de ses citoyens vulnérables?

Le neuropsychiatre français Boris Cyrulnik a écrit que chaque être humain a besoin d’une étoile du berger pour le guider sur le chemin de l’existence. Or pour demeurer dans le même ordre d’idée, contentons-nous de reconnaître que lorsqu’il est question de Trisomie-21, l’étoile de Philippe Couillard brille à plusieurs millions d’années-lumière de distance — bien trop loin pour «faciliter la vie» de qui que ce soit.

Sylvain Fortin, LL.M., Président de la Maison Anne et Charles de Gaulle – Centre national de la Trisomie-21