Les mésaventures de la Société des traversiers avec la traverse Matane-Godbout ne sont peut-être qu’un avant-goût de ce que pourrait représenter un éventuel problème majeur avec le pont Pierre-Laporte ou un bateau qui endommagerait la structure du Pont de Québec, indique l'auteur.

Tramway vs routes et ponts: une question de vision à long terme

POINT DE VUE / Avec l’annonce simultanée du prolongement du programme de subvention à l’achat de véhicules électriques et du lancement des plans et devis du troisième lien entre les deux rives à Québec, le ministre des Finances du Québec laisse bon nombre d’écolos perplexes. Pour eux, il souffle le chaud et le froid et ne sait pas où il s’en va. En ce qui me concerne, notre gouvernement fait plutôt preuve de discernement et de vision à long terme.

Je comprends malgré tout la réaction du maire Labeaume. Le tramway est le pivot du développement harmonieux de sa ville et toute entrave ou tout retard dans sa mise en service sont vus comme des insultes. Il ne va certainement pas se priver de l’appui indéfectible des écolos urbains à son projet pour ajouter toute la pression nécessaire à son financement public par les gouvernements supérieurs. À mon avis, il est un peu et beaucoup impatient. Justin Trudeau attend le meilleur moment pour lui accorder l’argent qu’il demande, moment qui devra malheureusement se synchroniser avec le timing de sa campagne électorale. Nous serons donc fixés au cours des prochains mois et je le souhaite, pour M. Labeaume comme pour les gens de Québec.

Pendant ce temps, le gouvernement du Québec a des enjeux plus régionaux sur lesquels il doit se pencher. Le manque dramatique de solutions de rechange dans le transport des personnes et des marchandises fait mal à l’économie des régions. Les mésaventures de la Société des traversiers avec la traverse Matane-Godbout ne sont peut-être qu’un avant-goût de ce que pourrait représenter un éventuel problème majeur avec le pont Pierre-Laporte ou un bateau qui endommagerait la structure du Pont de Québec. Ce n’est certainement pas avec du transport collectif qu’on pourra se prémunir contre ce genre de problèmes.

La transition des transports vers des sources d’énergie renouvelables est en branle. Une bonne partie de ce cycle majeur de transformation va se faire au cours des 50 prochaines années. Ceci n’empêchera certainement pas les personnes, les aliments et les marchandises de se déplacer de plus en plus et, s’il est une chose, la réduction substantielle des impacts environnementaux de ces déplacements pourrait les stimuler encore plus. Les transports en commun en milieu urbain ne sont à cet égard qu’une bien petite partie de l’équation globale future à l’échelle du Québec.

Ce qu’il y a de plus important, c’est qu’avec l’électrification des transports, les routes et les ponts ne seront plus autant vus comme des calamités écologiques. Ils seront tout aussi encombrants mais les verts ne pourront plus les démoniser comme ils savent si bien le faire actuellement avec le pétrole et les GES. Après tout, même notre propre corps humain, tout bio et écolo qu’il soit, aura toujours besoin de ses artères et de ses veines pour fonctionner.