«[Les membres de Tramway, non merci!] critiquent avant tout l’aspect improvisé du projet, sa mésadaptation à la ville de Québec et l’absence de consultation de la population. Maintes fois répondues, ces objections camouflent une peur plus grande: celle de perdre les acquis dont bénéficient actuellement les automobilistes», estime Annie Métivier Hudon.
«[Les membres de Tramway, non merci!] critiquent avant tout l’aspect improvisé du projet, sa mésadaptation à la ville de Québec et l’absence de consultation de la population. Maintes fois répondues, ces objections camouflent une peur plus grande: celle de perdre les acquis dont bénéficient actuellement les automobilistes», estime Annie Métivier Hudon.

Tramway, non merci: à la rescousse des privilèges menacés des automobilistes

POINT DE VUE / Dimanche dernier, une manifestation contre le projet de tramway s’est tenue devant l’Assemblée nationale du Québec. Organisée par le collectif Tramway, non merci! , elle a rassemblée environ 500 personnes. Ils et elles critiquent avant tout l’aspect improvisé du projet, sa mésadaptation à la ville de Québec et l’absence de consultation de la population. Maintes fois répondues, ces objections camouflent une peur plus grande: celle de perdre les acquis dont bénéficient actuellement les automobilistes.

Dans une ville comme Québec, la mobilité en voiture est la norme. Ses banlieues, qui constituent désormais la majeure partie de la ville et qui accueillent un nombre croissant d’emplois et de services, sont typiquement construites pour favoriser le transport en automobile. Les infrastructures en place permettent des déplacements rapides, sécuritaires et confortables à ceux et à celles voyageant par voiture, alors que les utilisateurs des transports en commun et actifs doivent composer avec des offres de transports limités, plus lents, moins confortables et plus dangereux.

Pourquoi alors ne pourrions-nous pas tous nous déplacer en voiture? Outre les aspects environnementaux et la saturation des voies routières, c’est parce que les individus ne sont pas égaux devant la mobilité automobile. Plusieurs citoyens et citoyennes n’y ont pas accès, que ce soit pour des raisons de ressources (économiques par exemple, ce qui touche spécifiquement les femmes et les minorités visibles) ou de compétences (notamment en fonction de l’âge ou de handicaps). Pour ces individus souvent déjà désavantagés, cela signifie une réduction notoire de leur mobilité.

Or, la mobilité est considérée comme un droit fondamental par plusieurs chercheurs et chercheuses. Elle est perçue comme un pivot essentiel pour le respect d’autres droits, comme les droits à l’alimentation, à l’emploi, à l’éducation, à la santé ou au logement. L’inégalité face à la mobilité contribue donc à la production et à la reproduction des inégalités sociales. Elle gagne à être démocratisée pour l’atteinte d’une plus grande équité sociale.

Les membres de Tramway, non merci! se targuent d’être en faveur du transport en commun. Ils et elles proposent plusieurs alternatives, dont un métro, l’amélioration du système d’autobus déjà en place ou même l’instauration d’un Skytrain. Pourtant, l’avantage du tramway pour la ville de Québec a déjà été démontré. La différence majeure avec le tramway est que ces alternatives, situées sous terre, dans les airs ou sur des voies routières existantes, auraient des impacts moindre sur la fluidité des voies routières. Le tramway occupera effectivement un certain espace qui sera retiré aux voitures, notamment en termes de voies réservées ou de stationnements, et limitera certaines manoeuvres, comme le virage à gauche à certaines intersections.

La crise de la COVID-19 a fait connaître plusieurs des iniquités sociales qui sévissent notamment ici, au Québec. La notion de privilège social s’est répandue. Elle désigne l’effet systémique par lequel un individu à accès plus facilement que d’autres à certaines ressources. Au Québec, la situation de désavantage des Noir.es, des Autochtones et des minorités visibles a été révélée notamment à la suite du mouvement «Black Lives Matter» aux États-Unis, complétant un tableau dans lequel les femmes, les minorités sexuelles, les personnes âgées, les personnes souffrant d’un handicap, etc. sont aussi moins privilégiées.

L’un des objectifs des transports en commun est d’accroître l’équité sociale en améliorant l’accès à la mobilité à ceux et celles n’ayant pas accès au transport automobile. En proposant des projets alternatifs trop chers, irréalistes et inadaptées, l’opposition au tramway actuelle ne propose pas de réelles solutions pour améliorer le transport en commun et ainsi réduire les iniquités. Le mouvement en est un de résistance à un projet déjà proposé et se fonde sur leur souhait de conserver leurs privilèges d’automobilistes. Il nous est permis de supposer que les manifestants et membres du groupe Tramway, non merci! sont privilégiés à certains égard: ils et elles sont majoritairement blancs et blanches et d’âge adulte ou retraité.

Il importe, ici autant qu’ailleurs, de combattre les iniquités. Le projet de tramway est une bonne façon de démocratiser la mobilité, améliorant la qualité de vie et les chances de réussite socio-économiques des moins favorisés. Il importe que les automobilistes reconnaissent leurs privilèges, et qu’ils acceptent d’en sacrifier une partie pour le bien commun. Tant que le groupe Tramway, non merci! ne présentera pas des critiques constructives et des alternatives réalistes au projet de tramway qu’ils et elles contestent, leur mouvement ne demeurera, comme tant d’autres, qu’une réaction inavouée et inopportune à la crainte de voir leurs privilèges réduits.