Au lendemain des primaires américaines de mardi, il semble évident que l'unité des États-Unis semble s’effriter, selon l'auteur de cette lettre d'opinion.

The «Divided States of America»

La constitution américaine commence par la phrase suivante : «We the People of the United States…». Au lendemain des primaires américaines, il semble évident que cette unité semble s’effriter. Quelles en sont les causes et pourquoi les Américains qui sont généralement si ouverts d’esprit semblent approuver la rhétorique trumpienne?

Cette élection de mi-mandat se voulait un plébiscite sur les politiques de ce président si controversé. Bien que la Chambre des représentants est maintenant acquise par une majorité démocrate et que le Sénat semble acquis aux Républicains, je n’ai pu que constater que la plupart des courses entre les candidats ont été très serrées. Une majorité des sénateurs et des représentants ont été élus avec une faible marge de moins de 5 % dans les intentions de vote des électeurs. C’est faible, et ça montre bien le clivage qui existe entre les deux camps. Selon mon point de vue, ces élections auraient pu basculer facilement d’un côté ou de l’autre. Force de constater que le grand gagnant dans cette élection est quand même le président Trump.

Mais pourquoi? Pourquoi, malgré toutes les menteries et les grossièretés de ce personnage qui semble sortir directement de l’émission de House of Cards, a-t-il pu convaincre tant d’électeurs? Est-ce leur ignorance sur ce qui se passe ailleurs dans le monde ou encore leur cynisme profond envers les politiciens? À mon avis, la source du problème est un enjeu humain.

Comme leur système politique à deux parties, les Américains semblent toujours être divisés en deux sur des questions humanistes comme en fait foi leur histoire. Il y a eu d’abord une guerre civile épouvantable qui confrontait des gens aux opinions très différentes sur des questions d’esclavage. Il y a eu également des oppositions énormes lors de la seconde Grande Guerre à savoir si les États-Unis devaient aider ou non à combattre les nazis. Également, il y a eu les questions raciales dans les années 60 entre blancs et noirs. C’est un pays aux points de vue souvent très polarisés : droite religieuse contre gauche socialiste, pro-life vs pro-choix, pauvres contre riches, blancs contre noirs, républicains contre démocrates.

Lors de cette élection, l’enjeu principal a été celui de l’immigration. On a bien vu que la stratégie principale de Trump durant ces élections était de brosser un portrait peu flatteur des immigrants en les traitant tous sur le même pied que les criminels de grand chemin et les envahisseurs barbares de l’antiquité. Et cela a porté fruit.

L’immigration ou plutôt «la peur de l’autre» est un enjeu qui a fait la différence durant cette élection, mais également ailleurs dans le monde. Au Brésil, le président élu M. Bolsonaro s’est fait élire sur la promesse de contrer le crime et la corruption. En Allemagne, la partie Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrêmes droites qui a remporté une centaine de sièges au Bundestag, a déclaré la guerre aux immigrants, ayant déclaré : «Aujourd’hui, c’est un devoir citoyen que d’aller dans la rue pour faire barrage à cette immigration qui répand la mort à coups de couteau».

Oui, il est vrai que la migration des peuples a augmenté depuis les dernières années. Elle est causée entre autres par des guerres que l’on n’a pas su éviter comme en Syrie ou en Libye. Ou encore par des difficultés économiques énormes de certains pays comme le Venezuela ou le Mexique. Mais qu’a-t-on fait pour empêcher que ça se produise? La politique de non-ingérence et de nationalisme économique a fait en sorte que certaines situations économiques et politiques se sont détériorées.

L’immigration n’est pas un problème, mais bien une conséquence de notre mode de vie. On ne peut blâmer ces milliers de personnes de vouloir essayer ailleurs quand ils voient d’un côté la misère et la désolation qui les entourent et de l’autre le succès économique et le plein emploi. Contrairement à ce que dit Trump, ces migrants ne sont pas tous des criminels ou des violeurs, c’est simplement des gens qui veulent juste vivre une vie meilleure.

Oui, ça dérange quand une personne vient chez vous sans y être invitée, mais avons-nous le choix? Les temps changent et il faut s’adapter et surtout avoir de l’empathie envers les autres sinon d’autres conflits sont inévitables.

Denis Boulanger, Québec