Terminal de croisières: débattre sur le projet et non sur l’architecture

POINT DE VUE / Lettre au maire de Québec Régis Labeaume et à Mario Girard, pdg du Port de Québec

L’annonce d’une consultation sur le projet d’un nouveau terminal de croisières s’apparente beaucoup plus à un effort de marketing en faveur d’un projet dont le bien-fondé n’a jamais été démontré. En effet, celui-ci semble viser essentiellement deux objectifs, soit l’augmentation mathématique des statistiques de fréquentation touristique dans la région de la capitale et l’augmentation du nombre de navires accueillis au port de Québec sans tenir compte de la capacité d’accueil de la région et des nombreux impacts négatifs reliés à une surfréquentation du territoire par les touristes.

Une consultation professionnelle et crédible sur le bien-fondé d’un projet comme le nouveau terminal de croisière devrait contenir au moins les étapes suivantes: -Consultations ouvertes des opérateurs touristiques (hôteliers, restaurateurs, opérateurs de tours et experts en expérience touristique).

- Analyse des tendances actuelles et des problèmes dans des villes qui sont surexposées à une présence touristique, comme Venise, Dubrovnik, Londres, Stockholm et Saint-Pétersbourg.

- Consultation des résidents qui subissent les contrecoups directs et indirects d’une présence envahissante du tourisme.

- Consultation auprès des touristes eux-mêmes lorsque ceux-ci sont présents dans la ville les jours de très grande affluence.

Les impacts négatifs d’un surnombre de touristes annulent rapidement les éléments positifs reliés à une fréquentation raisonnable de ceux-ci.

- Baisse de la satisfaction face à l’expérience globale vécue par les touristes.

- Diminution de la décision pour les croisiéristes de revenir pour un séjour plus long dans la région.

- Mauvais services dans les commerces qui sont submergés par une affluence ponctuelle trop grande et exaspération des commerçants.

- Exaspération générale des citoyens et baisse de la qualité d’accueil.

- Rendement économique marginal affecté à la baisse en période de surcapacité dans la ville.

L’attitude des responsables du dossier des croisières à Québec semble en être une qui vise à répondre à la demande à n’importe quel prix. L’industrie des croisières, qui compte environ 250 bateaux, est hautement compétitive et est à la recherche constante de destinations d’intérêt. Ce n’est pas parce qu’il y a un certain contingentement que cette industrie se désintéressera de la région de Québec. Au contraire, celle-ci sera amenée à planifier à plus long terme pour s’assurer d’offrir à ses clients cette destination prisée et elle pourrait être encline à extensionner les périodes de présence sur le fleuve. On peut aussi penser que si les responsables des croisières à Québec concevaient avec les opérateurs de navires un produit orienté sur le nord avec un départ et une arrivée à Québec, cette nouvelle offre pourrait attirer de nouveaux clients dans une période différente de celle qui est présentement sur-occupée. Le seul point de négociation que possède une région comme la nôtre face à cette industrie est la possibilité d’offrir un quai avec services aux navires. En cas de rareté, Québec maintient un léger avantage pour négocier. Si, au contraire, Québec n’a qu’un objectif, soit de remplir ses espaces de quais toujours plus nombreux, nous sommes à la merci de l’industrie.

Il semble raisonnable que les personnes qui ont des mandats pour gérer les grands enjeux qui touchent la région le fassent en tenant compte des impacts à moyen et long terme et s’attardent avant tout sur le bien-fondé d’un projet plutôt que sur les modalités de réalisation et des résultats qui, à court terme, paraissent intéressants, mais qui sont faussement positifs.

Curieusement, en politique et en gestion publique, ceux qui génèrent des problèmes à long terme à cause d’une vision à courte vue ne sont jamais là pour les subir et les régler lorsque ces problèmes surviennent.