TELUQ: une privatisation sans l’accord du syndicat

Dans un article du 22 août, «Privatisation à l’université: les autorités québécoises enquêtent sur une entente secrète », le journaliste de Radio-Canada Thomas Gerbet révélait la forme qu’a prise une entente signée par notre université, la TÉLUQ, conduisant à la sous-traitance «sans appel d’offres à une entreprise privée de l’encadrement pédagogique et de la correction d’examens pour plusieurs millions de dollars». Cet article procède d’un travail rigoureux et exhaustif qui, compte tenu des informations divulguées à ce jour, nous semble rendre compte de la situation et de son histoire dans ses aspects les plus importants.

Nous avons cependant éprouvé un fort malaise en constatant que certains passages de cet article pouvaient inciter les lecteurs à croire que l’ensemble du corps professoral approuvait cette privatisation partielle de l’enseignement crédité offert par la TÉLUQ. Il n’en est rien. L’article indique erronément que l’«idée de faire appel aux réseaux et aux connaissances de MATCI pour servir les immigrants allophones avait […] reçu l’appui du Syndicat des professeurs de la TÉLUQ. Une représentante des professeurs fait même partie des signataires de l’entente.»

Il est vrai qu’une membre du corps professoral fait partie des signataires de l’entente. En toute bonne foi, d’autres collègues se sont impliqués dans la conception de ces cours et dans le choix des employés de MATCI qui devaient assurer l’encadrement et la correction. Cependant, nous souhaitons préciser qu’aucun de ces professeurs n’a agi à titre de représentant syndical ou de représentant du corps professoral de l’Université TÉLUQ. En fait, la grande majorité d’entre nous ignorions à peu près tout de l’entente signée entre la TÉLUQ et l’Institut privé avant que ne soit annoncée la suspension de notre ancien Directeur général, Martin Noël, le 27 juillet dernier.

Cette entente en particulier et la question, plus générale, de la privatisation de l’encadrement des étudiants par notre université n’ont jamais été l’objet d’une discussion en assemblée générale de notre syndicat; elles n’ont pas même été l’objet d’un point d’information officiel émanant de nos représentants syndicaux. Les professeurs de la TÉLUQ n’ont donc pas été consultés; ils n’ont pas eu l’occasion de se prononcer sur cette question cruciale, qui aurait pu entraîner des répercussions graves sur l’avenir de leur institution et, plus largement encore, sur l’avenir de l’enseignement universitaire québécois.

Il faut selon nous distinguer la recherche universitaire — qui peut être financée en partie par le privé dans le cadre de projets approuvés par les comités d’éthique — de l’enseignement crédité, qui devrait en toutes circonstances échapper à la présence du secteur privé. Nous ne croyons pas davantage que la sous-traitance partielle de l’enseignement crédité à des employés se trouvant sous la dépendance d’une firme privée équivaut, pour les professeurs, à l’embauche d’auxiliaires d’enseignement choisis parmi les étudiants aux cycles supérieurs. Nous regrettons que de tels propos aient pu contribuer, en notre nom, à donner une image négative de notre institution, de notre corps professoral, de nos programmes et de nos cours. Pour toutes ces raisons, nous tenions à nous en distancier et à faire cette mise au point.

Nous espérons que l’enquête menée par des autorités compétentes permettra de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé afin que de telles ententes avec une entreprise privée ne puissent devenir monnaie courante.

Nous ne pouvons que nous réjouir que de nouveaux arrivants reçoivent des formations données par notre université. Celles-ci, sans nul doute, faciliteront leur intégration à la société québécoise. Mais cet enseignement de la langue française et l’introduction à la culture québécoise nous semblent des missions à ce point fondamentales qu’elles ne devraient pas être laissées à des entreprises privées. C’est toute la société québécoise qui est interpelée par cet enjeu. Professeurs et professeures d’une institution publique dédiée à la démocratisation du savoir, nous souhaitons contribuer à ces missions fondamentales. Nous devrons donc nous assurer que les étudiants d’origine étrangère puissent s’inscrire directement à la TÉLUQ sans qu’il leur soit nécessaire de passer par un intermédiaire.

Le texte est signé par plusieurs professeurs à l’Université TÉLUQ:

Houda Affes
Joëlle Basque
Éric Bédard
Nicolas Bencherki
Marie-Ève Bernier
Isabelle Carignan
Marc-André Carle
Mélinda Caron
Emmanuelle Champion
Évelyne Deprêtre
Mathieu Dupuis
Anne-Marie Gagné
Jean Gagné
France Gagnon
Yan Hamel
Mariam Hassaoui
Sabrina Hombourger-Barès
Martin Houle
Clément Hudon
Normand Landry
Elena Laroche
Yves Lecomte
Marie-Josée Legault
Anis Maaloul
Lise Parent
Mario Poirier
Béatrice Pudelko
Jean Robillard
Michel Sénécal
Diane-Gabrielle Tremblay
Rémy Tremblay
Évelyne Vallières
Saliha Ziam