TÉLUQ: à qui profite le crime?

Depuis 2016, les tutrices et tuteurs de la TÉLUQ, qui encadrent et évaluent la population étudiante à distance, sont menacés de disparition. La TÉLUQ les a attaqués sur deux fronts: en sous-traitant une partie de l’encadrement à Matci, une école privée, et en créant un nouveau statut à l’intérieur du Syndicat des professeurs de la TÉLUQ (SPPTU). Ce nouveau statut de professeurs contractuels est plus précaire que celui de tuteur.

Fait troublant, dans le reportage de Radio-Canada diffusé le 22 août, Denis Robichaud, président du SPPTU, justifiait le recours à la sous-traitance. Il affirmait que «toutes les universités ont recours au privé» et que les personnes tutrices n’étaient que des auxiliaires d’enseignement. Il est encore difficile d’évaluer entièrement le rôle joué par ce syndicat dans la tentative de privatisation partielle de la TÉLUQ. Toutefois, en plus de faire preuve d’une piètre solidarité syndicale, le SPPTU a participé à créer un précédent dangereux pour l’université québécoise ainsi que pour ses membres.

Monsieur Robichaud semble minimiser la sous-traitance de deux corps d’emploi, celui des tutrices et tuteurs ainsi que celui des étudiantes et étudiants salariés. Or, au Québec, ces corps d’emploi sont entièrement syndiqués. Les sous-traiter pourrait ouvrir la voie à d’autres corps de métier, incluant le personnel de soutien et le corps professoral. Le SPPTU a manqué de vision à long terme en fermant les yeux sur la sous-traitance. Heureusement, la ministre David est intervenue dans ce dossier et le contrat avec Matci a été résilié. Tout le monde universitaire devra rester vigilant afin qu’une telle situation ne se reproduise plus.

Le second front du SPPTU a été de créer un nouveau statut de «professeur contractuel», responsable en grande partie de l’encadrement et de l’évaluation. Or, la création de postes de professeurs non permanents est un dangereux précédent. Elle ouvre la voie à la précarisation du corps professoral des universités québécoises. Elle remet en question le statut d’enseignant-chercheur. Si cette catégorie d’emplois était pérennisée, elle pourrait justifier la création de nouveaux statuts, moins bien rémunérés, plus précaires et avec moins de tâches liées à la recherche, dans d’autres universités québécoises.

En sommes, à long terme, personne n’a intérêt à éliminer un corps d’emploi de l’université, que ce soit par la sous-traitance ou que ce soit par la création d’un nouveau statut. Bien que ce soit les tutrices et les tuteurs qui souffrent le plus de la situation actuelle, c’est le corps professoral qui a le plus à perdre dans cette triste histoire.

Nicolas Harvey
Vice-président aux communications du SCCC-UQO