Selon l'auteure de cette lettre d'opinion, le télétravail n’est malheureusement pas une solution peu coûteuse et applicable à court terme pour enrayer les problèmes d’embouteillage, en attendant le troisième lien.

Télétravail: pas une panacée

En réaction à la lettre d’opinion «En attendant le troisième lien...» de Natalie Rinfret et Daniel Maltais parue le 26 novembre

Mme Rinfret et M. Maltais, vous invitez nos gouvernements fédéral et provincial à encourager systématiquement le télétravail, en attendant l’arrivée du troisième lien entre Lévis et Québec. Vous semblez y voir un certain nombre d’avantages potentiels, dont moins de pollution automobile et d’utilisateurs de transport en commun, des économies d’argent, une diminution des espaces de bureau loués à grands frais, etc.

Mais vous omettez d’identifier d’importantes considérations que je vous partage pour avoir eu l’occasion de mettre en application une telle politique à titre de gestionnaire en ressources humaines dans un ministère de la fonction publique québécoise. Outre la prise en compte de la nature des fonctions du personnel, l’adoption d’un régime de télétravail doit prendre en compte bon nombre d’aspects. Notamment, ceux concernant la santé et la sécurité des employés, nécessitant entre autres la mise en place d’un environnement de travail pour un bureau à domicile : une pièce qui facilite la concentration, un niveau de sécurité conforme aux exigences du milieu de travail, une ligne téléphonique distincte de la ligne familiale ou d’un portable personnel, une connexion Internet, etc.

Qui plus est, l’employeur qui offre un régime de télétravail doit convenir d’une entente écrite avec ses télétravailleurs, laquelle doit respecter les normes de santé et de sécurité. Aussi, une telle politique doit clarifier qui achète et entretient l’équipement requis (bureau et chaise ergonomiques, fournitures courantes, télécopieur, etc.). Aussi, est-ce que les lois canadiennes sur la santé et la sécurité au travail englobent les régimes de télétravail?

Finalement, après une période d’essai d’une année, nous avons dû mettre fin à notre politique, les retombées positives attendues n’étant pas nécessairement au rendez-vous, non pas en raison d’une possible réticence des cadres à superviser les employés à distance, mais essentiellement faute de pouvoir satisfaire aux conditions attendues. Force est de constater que le télétravail n’est pas une solution pour la garde d’enfants ou d’aînés, il n’est pas non plus un moyen d’économiser les frais de transport quotidien, ni de diminuer les espaces de bureau puisque le travail à distance n’est pas à temps plein, et trop de compromis sont exigés de la part de l’employé et de l’employeur. Bref, le télétravail n’est malheureusement pas une solution peu coûteuse et applicable à court terme pour enrayer les problèmes d’embouteillage, en attendant le troisième lien.

Nicole Lévesque, Ex-directrice des ressources humaines, Québec