Tarifs sur l’acier et l’aluminium canadien: se serrer les coudes pour protéger nos emplois

À la suite de la décision du gouvernement américain d’imposer des tarifs douaniers extraordinaires sur l’acier et l’aluminium importé aux États-Unis, le Canada a pu bénéficier d’une exemption temporaire. Le 1er mai, Journée internationale des travailleurs, les producteurs d’acier et d’aluminium canadiens pourraient être frappés de plein fouet par ces tarifs. Cette date est hautement symbolique parce que la main-d’œuvre du secteur de la métallurgie serait la première touchée si les négociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ne se concluent pas d’ici là et que les États-Unis mettent leur menace à exécution.

Jusqu’à maintenant, le Gouvernement du Canada s’est montré intraitable devant cette menace. La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a promis qu’elle ne céderait pas au chantage des États-Unis et indiqué qu’elle traitait la renégociation de l’ALENA et les taxes spéciales sur l’acier et l’aluminium «comme deux sujets séparés». De même, la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation Dominique Anglade affirmait que le Québec ne ménagera aucun effort pour que l’exemption accordée jusqu’ici aux producteurs canadiens soit complète et permanente. Le CSMO-M félicite les gouvernements du Canada et du Québec de maintenir leur position afin que les entreprises soient respectées dans leurs activités commerciales.

Les entreprises et travailleurs du secteur redoutent néanmoins une décision de l’administration Trump qui pourrait avoir des conséquences dramatiques sur l’économie et l’emploi dans plusieurs régions du Québec telles que la Montérégie, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, Montréal et la Côte-Nord.

Il est important de se rappeler que l’industrie de la première transformation des métaux demeure un pilier de l’activité économique au Québec. D’après les données compilées pour le Comité sectoriel de maind’œuvre de la métallurgie du Québec (CSMO-M), il est ici question de la troisième industrie manufacturière en importance au Québec, elle qui représente près de 2 % du PIB du Québec et qui emploie plus de 20 000 personnes, dont environ 60 % dans la sidérurgie et la production d’alumine et d’aluminium.

L’industrie québécoise de la métallurgie semblait enfin percevoir des signes positifs de croissance après une décennie éprouvante marquée notamment par des perturbations géopolitiques telles que la concurrence accrue des pays émergents et la baisse des prix provoquée par une surcapacité dans la production de matières premières à l’échelle mondiale provenant principalement de la Chine.

L’industrie était sur un pied d’alerte avant même que le président Trump annonce qu’il songeait à imposer des droits de 25 % sur les importations américaines d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium. Les tarifs douaniers constitueraient un coup particulièrement dur pour le Québec qui compte pour 40 % des exportations canadiennes de métaux de première transformation et dont l’aluminium est le principal produit exporté aux États-Unis.

Mais il est certain que l’imposition de tels tarifs aux produits canadiens aurait aussi un impact négatif sur les entreprises américaines. En effet, en plus d’être leur premier fournisseur d’acier et d’aluminium, le Canada est aussi le premier marché d’exportation des États-Unis, autant pour le secteur de l’acier que pour l’ensemble de l’économie américaine.

En taxant l’importation de métaux canadiens, les États-Unis provoqueraient une hausse des coûts pour les entreprises non seulement dans la métallurgie, mais surtout dans les secteurs qui utilisent les métaux canadiens comme l’automobile, l’aérospatiale, la construction et plusieurs produits de commodité. Comme plusieurs associations industrielles américaines l’ont récemment indiqué, une telle mesure hausserait leurs coûts de production, rendrait leurs usines moins compétitives et mènerait à la disparition de plus d’emplois que cela n’en créerait.

Les prochaines semaines seront cruciales pour l’industrie de la métallurgie québécoise. Le CSMO-M regroupe les principaux représentants des entreprises et des syndicats du secteur de la métallurgie. C’est donc d’une seule voix que nous demandons aux gouvernements du Québec et du Canada de continuer d’utiliser tous les moyens économiques, politiques et diplomatiques à leur disposition pour faire pression auprès de l’administration Trump et de ceux qui peuvent influencer ses décisions afin de maintenir les liens commerciaux privilégiés qui unissent nos deux pays.

De plus, nous appelons les gouvernements à poursuivre leurs efforts de mobilisation des intervenants économiques à travers le pays, en portant une attention particulière aux répercussions qu’aurait une taxe spéciale sur la main-d’œuvre car si une telle taxe devait être imposée, ce seront les employeurs et travailleurs du secteur qui en subiront directement les conséquences.

Steve Morin, Coprésident patronal
Denis Trottier, Coprésident syndical,
Comité sectoriel de main d’œuvre de la métallurgie du Québec (CSMO-M)