Sylvain Charlebois, la bouffe et le GIEC

POINT DE VUE / Les longues lettres ouvertes de Sylvain Charlebois, doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l’Université Dalhousie, apparaissent régulièrement dans les journaux québécois. On y apprend par exemple que le service au volant des chaines de restauration rapide est «une innovation faisant partie de notre patrimoine [sic]», ou que la patate, «ce légume parfait autant pour la survie que pour le plaisir», est en train de «sombrer pratiquement dans l’oubli [sic] avec le nouveau Guide alimentaire canadien». La lecture de ses analyses est souvent étonnante.

Le 19 août 2019, dans une lettre intitulée «La planète dans notre assiette» et publiée dans la section Point de vue du Soleil, Sylvain Charlebois analyse la recommandation du GIEC de diminuer notre consommation de viande rouge afin de réduire l’importante quantité de GES émise par l’élevage. Il affirme que: 

a) «Le rôle du GIEC ne consiste pas à faire des recommandations. Son rôle réside plutôt dans l’établissement de constats»
b) «Le GIEC a une réputation d’alarmiste controversé».

Or, la mission du GIEC est bel et bien, entre autres, «d’envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation» du changement climatique. Sylvain Charlebois erre à nouveau en mettant de l’avant une soi-disant réputation alarmiste qu’aurait le GIEC, au lieu de souligner que les faits et l’analyse révèlent une sous-estimation systématique par le GIEC des effets du réchauffement. 

Outre l’implication des gouvernements dans le processus du GIEC qui contribue à ce «conservatisme scientifique», les climatologues, comme la plupart des scientifiques, ont en général, et pour toutes sortes de raisons, tendance à pencher vers l’estimation prudente, non vers l’alarmisme. Cette tendance porte un nom, soit le principe de moindre étonnement (erring on the side of least drama, ou ESLD), voulant qu’une hypothèse ou un résultat ait plus de chances d’être accepté s’il ne heurte pas par ses aspects spectaculaires ou dramatiques.