Selon notre lecteur, ce ne sont pas 77 camions par jour qui s’ajouteront sur les routes de Québec avec le projet du Port, mais bien 300 camions.

Structurant pour Québec ou les Grands Lacs?

En réaction au Point de vue «Terminal de conteneurs: un projet structurant», paru le 5 mai

Assez déconcertante cette spontanéité de nos porte-parole du monde des affaires à répondre à l’appel des sirènes du Port de Québec. À la suite du mirage raté des silos de granules, ne devrait-on pas faire preuve d’un minimum de prudence et de retenue? Gens d’affaires de la capitale, avant de prendre de telles positions, documentez-vous, posez des questions. Les 2700 emplois annoncés par le pdg du Port sont-ils pour l’économie de la région de Québec ou pour celle de la grande région des Grands-Lacs, destination des conteneurs? Les résultats de recherches vous surprendront.

C’est quoi, Beauport 2020? Un nouveau quai pour porte-conteneurs dont les cargaisons (500 000 conteneurs) devraient être transférées le jour même vers le mid-west (on est dans l’économie du «juste-à-temps»). Le Port étant confiné dans un espace restreint à l’est de la ville de Québec, quelles peuvent-être les voies de desserte par camions? L’autoroute de la Capitale, le pont Pierre-Laporte et l’autoroute 20 Ouest. Qu’est-ce qu’il y a de «structurant» dans de telles opérations? Si j’étais un président de Chambre de commerce, je poserais aussi des questions sur les coûts que tout ce transport lourd va entraîner en termes d’usure prématurée et de dégradation des voies de circulation. Je m’intéresserais au citoyen qui, chaque jour, doit les utiliser pour se rendre au travail, alors qu’elles sont déjà super encombrées.

Si j’étais président du Comité d’implantation du nouveau méga-CHU sur Henri Bourassa, je m’informerais des effets directs de ce nouveau flux de camions lourds sur la qualité sonore et de l’air. J’examinerais également l’impact potentiel sur le transport d’urgence. Ce ne sont pas «77 camions-jour» qui s’ajouteront, comme le prétend le pdg Mario Girard. Sortez votre calculatrice : 175 000 conteneurs par an (15 % de 500 000) divisé par 253 jours, cela donne 300 camions par jour et non 77.

Si j’étais président de la Chambre de commerce, je m’interrogerais enfin sur l’authenticité des «intérêts asiatiques» que le pdg aurait miraculeusement engrangés lors de son récent voyage printanier à travers le monde. Nul besoin de dépenser autant. Si Québec est incapable d’intéresser un seul armateur faisant déjà affaires avec le Port de Montréal et le Port de New York, comment, à distance, d’anonymes armateurs asiatiques peuvent-ils être séduits si promptement?

Si j’étais président de la Chambre de commerce, je saurais peut-être que les porte-conteneurs qui desservent le Port de Montréal (1,5 million de conteneurs en 2017) arrivent directement des port européens de la façade atlantique ou méditerranéenne et non d’Asie. Le marché de Montréal (4,1 million de personnes) n’est pas et ne sera jamais assez important pour justifier la construction de centres de distribution pour les porte-conteneurs en provenance de ports asiatiques. Et voilà qu’à la Chambre de commerce, on se met déjà à rêver de centres de distribution continentale à Beauport. Vraiment!

Pierre-Paul Sénéchal, président, Groupe d’initiatives de recherches appliquées au milieu (GIRAM)