Soutien à domicile: plus de services, mais dans quelles conditions?

Nous avons toutes et tous, autour de nous, des proches qui ont besoin de soins.

Depuis quelques années, comme société, nous avons souhaité développer les services et les soins à domicile afin de permettre, notamment aux personnes aînées en perte d’autonomie, de vivre là où elles le veulent le plus longtemps possible. Or, depuis plusieurs années, l’écart entre la demande et l’offre de services à domicile ne cesse de se creuser.

Des besoins criants

La situation est devenue urgente. Selon la protectrice du citoyen, à peine la moitié des personnes âgées de 65 ans et plus ayant des besoins reçoit effectivement de l’aide à domicile.

En effet, la hausse des critères d’admission et la fermeture de lits dans les CHSLD publics de plusieurs régions augmentent la pression sur les autres types d’hébergement et sur les proches aidants. En fait, de plus en plus de personnes en lourde perte d’autonomie doivent demeurer chez elles, où les proches assument actuellement plus de 80% des soins.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a annoncé il y a quelques jours un nouvel investissement de 95 millions$ pour «l’embauche d’intervenants pour les équipes de soutien à domicile». Mentionnons que le même ministre affirmait l’année dernière que les besoins en soutien à domicile s’élevaient à quatre milliards$…

Afin que les investissements en soins à domicile soient efficaces et portent fruit, il est primordial qu’ils soient accompagnés de conditions essentielles.

D’abord, ces investissements doivent être récurrents et bonifiés. Lors de la dernière élection, le gouvernement libéral avait promis un investissement supplémentaire de 150 millions$ par année pendant cinq ans dans les soins et les services à domicile. À l’approche de la prochaine élection, nous sommes encore bien loin du compte.

Ensuite, les sommes investies doivent se traduire concrètement en services directs à la population. Ce dont le Québec a besoin en soins à domicile, ce sont des équipes professionnelles qui ont les ressources nécessaires pour prendre en charge des cas de plus en plus complexes. Ce sont des équipes stables qui connaissent très bien l’état de santé de l’usager et avec qui ce dernier pourra développer une relation de confiance.

Pour redresser cette situation, le gouvernement doit mettre fin à ses politiques de gestion néfastes, et à la précarité et la surcharge de travail.

Venir en aide aux proches aidants

Plus du tiers des proches aidants consacrent plus de cinq heures par semaine aux soins. L’embauche de personnel en nombre suffisant permettra non seulement d’aider la personne ayant besoin de soins, mais également de donner du répit aux proches aidants.

Puisque le ministre affirme qu’il souhaite bonifier l’accessibilité aux services de soutien à domicile et permettre aux usagers de demeurer autonomes le plus longtemps possible, il doit poser des gestes concrets et cohérents pour rendre le tout possible.

Oui à plus d’investissements dans les services de soutien à domicile, mais cela doit impérativement se faire avec un souci des conditions de travail du personnel qui offre les soins et un respect des personnes en perte d’autonomie.

Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
Claire Montour, présidente de la Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ)
Lise Lapointe, présidente de l’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ-CSQ)