Le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx

Sorties éducatives: le gâchis des politiques d’austérité

Nous avons récemment entendu le ministre Proulx affirmer que si des sorties éducatives en lien avec le programme pédagogique étaient annulées dans les écoles, ce n’était pas en raison de la directive qu’il venait d’émettre pour assurer la gratuité scolaire, dans la foulée du recours collectif entrepris par des parents.

Curieusement, il a en partie raison. Mais il omet de donner l’explication complète. Il aurait dû ajouter qu’en encaissant des compressions importantes depuis des années, le système scolaire n’a tout simplement pas la marge de manœuvre suffisante pour assurer les frais de l’ensemble des activités pédagogiques. Le ministre a beau dire que des frais ne pourront être exigés des parents si c’est en lien avec le programme, le problème est que quelqu’un devra payer la note et que les écoles n’en ont actuellement pas les moyens.

La gratuité scolaire et l’égalité des chances pour les élèves sont des valeurs fondamentales pour nous. Il est franchement heureux de tendre vers elles pour réduire les écarts sociaux. Par contre, cela signifie que l’école québécoise doit être financée à la hauteur de nos ambitions collectives pour que tous aient accès à des activités culturelles et pédagogiques de qualité, en ville comme en région. Nous voulons aussi que tous aient accès à du matériel artistique et scientifique diversifié, de même qu’à des manuels et cahiers d’apprentissage qui correspondent aux projets et aux approches de celles et ceux qui leur enseignent.

En fixant des balises floues sur la gratuité, le gouvernement pensait peut-être faire plaisir aux parents en ces temps électoraux. S’il avait consulté le personnel enseignant — ce que nous lui avons demandé —, il aurait été mis en garde contre ce prévisible gâchis qui va nuire à tous les élèves. Malheureusement, plusieurs enseignantes et enseignants écoperont aussi. Des projets à l’eau faute de matériel approprié, des sorties annulées faute de financement même si elles se justifient dans le programme pédagogique. Les commissions scolaires devront assumer beaucoup de nouveaux frais qui étaient facturés aux parents, et c’est légitime. Mais les ressources ne sont pas au rendez-vous. Après avoir imposé des compressions inacceptables et largement dénoncées, le gouvernement se retrouve devant une partie de l’héritage de l’austérité, son héritage à lui.

On nous dit attendre des ajouts de fonds pour des projets et des sorties. On peut se douter que ce ne sera pas à la hauteur de ce qui a été coupé ces dernières années. La commande est grande et elle arrive bien tard. Le gouvernement qui aime improviser n’a jamais compris qu’une année scolaire, ça se prévoit longtemps d’avance. En plus d’être obligés de garnir leurs tiroirs de barres tendres et leurs armoires de fournitures payées de leur poche, les profs devront-ils aussi être tenus de payer pour acheter du matériel en soutien à l’enseignement des programmes d’études à la prochaine rentrée? Ce serait tout simplement indécent.

Il existe pourtant une solution à ce gâchis: il faut investir massivement dans l’école publique, et y investir chaque année, pas juste celle avant les élections.

Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement