Sommes-nous à la hauteur?

À la naissance de l’aube, face à mon fleuve, les questions essentielles et existentielles s’invitent toujours. J’ai pris l’habitude de les accueillir. Nous devrions toutes et tous assister régulièrement à la naissance de l’aube. Pour sentir la beauté et la fragilité du monde, de la vie, de notre vie.

Nous pointons très rapidement des causes extérieures comme étant la source de tous nos malaises, notre anxiété, notre mal de vivre, notre course vers plus, plus, plus et donc aussi vers trop, trop, trop… Nous sommes conditionnés, programmés, par la publicité omniprésente, par l’image, l’accessoire, le superflu, le vide intérieur. Ce tumulte rend difficile, sinon impossible, la pleine conscience des défis auxquels l’humanité est confrontée en ce XXIsiècle.

Les problèmes environnementaux nous inquiètent? L’essence coûte cher? Et pourtant, je vois encore beaucoup de grosses voitures énergivores sur les routes.

Alors qu’une partie de l’humanité ne mange pas à sa faim, d’autres s’empiffrent à se rendre malades et en redemandent plus, plus, plus… Plus de luxe, de confort, de ce qu’il y a de meilleur, de plus cher, quitte à piller ce qui reste dans les océans et ailleurs sur la planète.

Pendant que nous sommes très occupés à ne pas voir tout ce que nous avons déjà et à revendiquer, exiger même, que tous les services dont «nous pourrions avoir besoin» soient gratuits ou fournis à crédit, des milliers de migrants s’entassent sur des bateaux de fortune, en Méditerranée. Des reportages nous apprennent que beaucoup de jeunes femmes migrantes, venues d’Afrique surtout, sont forcées de se prostituer en Italie et ailleurs pour pouvoir survivre. Oh! Que nous sommes indignés! Et encore indignés! De plus en plus indignés! Pendant combien de temps?

L’aube est souvent témoin de toutes mes indignations…

Ce matin, l’aube m’a laissée une grosse question :

Sommes-nous, chacun, chacune, à la hauteur des défis que nous ne pouvons plus ignorer, en ce moment, sur une planète épuisée par notre avidité insatiable et notre inconscience? Une planète au bord du burn-out, galopant vers les huit milliards d’humains…

Mes choix personnels sont-ils à la hauteur?

Qu’est-ce que je réponds à l’aube?

Solange Côté, Rimouski