Solidaires à l’année

ÉDITORIAL / La compassion, le respect ainsi que le souci de ne pas jeter de l’huile sur le feu auraient dû inciter les élus à mesurer leurs propos à la veille des activités de commémoration de la tuerie à la mosquée de Québec. En cette année électorale, des politiciens n’ont manifestement pas renoncé à tenter de réaliser des gains en exploitant les différences religieuses et culturelles. C’est regrettable.

Dans des entrevues en marge de sa mission en Chine, le premier ministre Philippe Couillard, s’était pourtant exprimé prudemment mercredi, précisant que le Québec n’était pas une société plus raciste ou plus exclusive que d’autres qui, comme le Québec, doivent gérer la diversité.

Il a cependant affirmé que le débat identitaire passionné qui secoue la société québécoise depuis 10 ans polarise, nourrit des tensions. Il estime que les acteurs politiques ont une responsabilité particulière. Ils doivent, selon lui, «éviter de présenter l’étranger avec un grand E, comme étant une menace pour le Québec».

La députée Agnès Maltais, porte-parole du PQ sur les questions de laïcité, a invité M. Couillard à ne pas exacerber les divisions. «J’aimerais que le premier ministre se fasse rassembleur et nous parle de l’avenir. […] Je ne veux pas qu’on se jette des blâmes. […] Il y a des Québécois qui sont morts l’année dernière. Il y en a qui survivent après avoir vécu des événements absolument horribles.»

Un message que n’a manifestement pas retenu Jean-François Lisée. Le chef péquiste soutient que Philippe Couillard a commis une «faute historique grave» après le funeste attentat du 29 janvier 2017, en ne donnant pas suite à une série de propositions pour favoriser l’intégration en emploi et la lutte contre le racisme et la discrimination, et en n’adoptant pas un projet de loi pour interdire le port de signes religieux chez les policiers, les juges, les procureurs et les gardiens de prison.

Il est vrai que le gouvernement Couillard aurait pu puiser aux propositions du PQ pour favoriser l’intégration en emploi. Il est vrai aussi qu’il aurait pu tabler sur le consensus établi autour d’une proposition de Bouchard-Taylor plutôt que de s’embourber avec son projet de loi 62.

Il serait toutefois bien naïf de croire que M. Lisée n’aurait rien trouvé d’autre pour attiser la méfiance à l’égard des «étrangers». Le PQ, mais aussi la CAQ (et avant l’ADQ), n’abandonneront pas ce filon qui peut générer des appuis dans les urnes.

Le chef péquiste voulait l’automne dernier déposer un projet de loi pour interdire le niqab et la burqa dans l’espace public. Faute de consensus dans son caucus, il a retraité.

L’été dernier, lors de l’arrivée massive de migrants haïtiens au Québec, M. Lisée avait aussi lancé un message ambigu en parlant des «invités de Trudeau» et en se demandant où le Québec prendrait l’argent pour les accueillir puisqu’il n’a pas d’argent pour donner un deuxième bain par semaine aux aînés dans les CHSLD.

C’est aussi Jean-François Lisée qui, lors de la course à la direction du PQ, avait avancé que son adversaire Alexandre Cloutier avait reçu l’appui du controversé imam Adil Charkaoui. C’est aussi M. Lisée qui craignait qu’une bombe ou un AK-47 se cache sous une burqa. C’est également lui qui a défendu la Charte des valeurs et qui s’en est dissocié après la défaite électorale de 2014.

Et c’est le même M. Lisée qui demande si on peut «se concentrer sur la compassion et la solidarité» et qui invite le premier ministre Couillard à «prendre un peu de hauteur»?

Un appel bienvenu. Nous souhaitons, comme bien d’autres Québécois sans doute, que cet appel à la compassion, à la solidarité et à la «hauteur» aille bien au-delà du 29 janvier.