Soins psychiatriques: l’asile 2.0 à Québec

De nombreuses lettres publiques ont récemment mis en lumière les conséquences néfastes des réformes Barrette en ce qui concerne la psychiatrie à Québec. Pour résumer, l’ensemble des services psychiatriques a été confié au CIUSSS de la Capitale-Nationale alors que les soins physiques hospitaliers sont demeurés dans le giron du CHU et de l’IUCPQ, ex-hôpital Laval. La fermeture progressive des unités psychiatriques à l’Hôtel-Dieu, à l’Enfant-Jésus, prochainement à Saint-Sacrement, a aggravé la situation. Presque tous les lits de traitement psychiatrique de la région de Québec sont concentrés à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ), anciennement le CH Robert-Giffard.

Il en résulte ce que le Dr Hubert Wallot a déjà appelé «la séparation du corps et de l’esprit». Si vous êtes atteints d’une maladie du foie, du rein ou du cœur, vous êtes traités dans le nouveau CHU ultra-moderne ou à l’IUCPQ. Si vous souffrez d’une maladie psychiatrique, vous êtes dirigés vers l’IUSMQ. C’est précisément à cette dichotomie entre l’hôpital et l’asile que s’adressait le rapport Bédard en 1962.

L’IUSMQ dispense d’excellents soins. Le milieu fait néanmoins face à une importante pénurie en médecins psychiatres et en omnipraticiens. La fermeture de l’urgence de Saint-Sacrement et la nouvelle coupure de lits psychiatriques, faites au nom de la transition vers le traitement dans la communauté, ne sauraient cacher la fragilisation et l’épuisement des équipes de soins à l’interne.

En tant qu’omnipraticien ayant oeuvré 24 ans en milieu psychiatrique, je m’attarderai aux soins physiques aux patients admis. Actuellement, l’équipe d’omnipraticiens vit sur la corde raide, le moindre congé entraînant un état de pénurie. Les admissions doivent être prises en charge à des jours ciblés. La garde — maintenant sur appel — est maintenue à bout de bras. Les services externes ont été réduits à leur plus simple expression. Il n’y aura bientôt plus de service de consultation interne en neurologie. Or la psychiatrie et la neurologie sont souvent intimement reliées. Les omnipraticiens jouissent cependant de l’appui de deux internistes à temps partiel.

En quelques mots, l’ensemble des patients psychiatriques de la région est dirigé vers un établissement où les omnipraticiens, mal supportés et trop peu nombreux, ne peuvent offrir que des soins de base, sans commune mesure avec ceux dispensés au CHU et à l’IUCPQ.

Le perdant dans tout ça? Le patient psychiatrique, personne fragile et vulnérable par excellence, de surplus sans voix politique. Nous ne pouvons qu’espérer que la nouvelle ministre de la Santé et des Services sociaux, Mme McCann, aura le courage de corriger — rapidement — les erreurs de son prédécesseur.

Jean Lemieux, omnipraticien
Ex-chef de service en médecine familiale IUSMQ