Doug Ford

Soins de santé à l’étranger: suivre l’exemple de Ford?

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a-t-il raison de mettre fin au Programme destiné aux voyageurs hors pays? Les autres provinces devraient-elles suivre cet exemple? Ou devraient-elles augmenter leur couverture pour les demandes de règlement de frais pour soins de santé à l’extérieur du Canada? La réponse est loin d’être simple.

Cela permettrait d’économiser près de 12 millions $ (9 millions $ sur les paiements et 2,8 millions $ en frais d’administration). Auparavant, le programme payait jusqu’à 400 $CAN par jour pour les soins intensifs. Chaque année, environ 40 000 Ontariens voyagent à l’extérieur du Canada et ont besoin de bénéficier de services de santé; 90 % obtiennent déjà une assurance maladie privée.

L’Ontario a été très généreuse par rapport à d’autres régions du Canada. La plupart paient des sommes qui vont jusqu’au taux que les médecins reçoivent dans la province en question. Quant au maximum payé pour les soins hospitaliers, l’Alberta et le Québec paient jusqu’à 100 $CAN par jour, tandis que ce montant n’est que de 75 $CAN pour la Colombie-Britannique. Tous conseillent aux personnes de souscrire une assurance voyage avant de quitter le Canada.

Cependant, certaines personnes souffrent de maladies préexistantes graves. D’autres peuvent avoir changé la dose d’un seul de leurs médicaments, durant la période de 3 à 6 mois précédant leur voyage. Ils risquent alors de ne pouvoir bénéficier d’aucune assurance voyage privée ou de faire face à des primes exorbitantes. Pouvons-nous en conclure que le gouvernement Ford dissuade ces personnes atteintes de maladies chroniques, souvent âgées, de quitter le Canada, à moins qu’elles ne soient suffisamment riches pour payer de leur propre poche des soins de santé imprévus? 

On insiste beaucoup sur le fait que la couverture actuelle de la RAMO ne représente qu’un faible pourcentage des factures d’hôpital potentiellement catastrophiques. Mais on oublie que tous les Canadiens qui partent en voyage d’affaires ou en vacances ne vont pas à New York, en Floride, en Californie ou dans des villes européennes où les frais médicaux et d’hospitalisation sont en effet beaucoup plus élevés que dans notre pays.

De nombreux résidents de Montréal, de Toronto et de Vancouver viennent d’Asie du Sud, des Caraïbes ou d’Amérique latine. En Asie du Sud, la prévalence du diabète sucré et des maladies cardiaques précoces est élevée. Bon nombre de ces nouveaux Canadiens souhaiteraient se rendre chez des parents ou des amis en Inde, aux Philippines, en Chine, au Mexique ou dans d’autres pays où les frais quotidiens d’hospitalisation sont étonnamment bas. Dans de nombreux cas, la couverture bientôt annulée du RAMO aurait suffi à couvrir la majeure partie ou la totalité de ces factures. Cela permettrait à beaucoup de ces personnes de voyager avec une couverture gouvernementale et de ne pas être dépendantes d’une bonne santé antérieure.

Il existe un autre problème potentiel : si ce changement de couverture dissuade les nouveaux Canadiens de rendre visite à leurs parents dans leurs pays d’origine, certains pourraient plutôt demander à leurs parents et grands-parents de venir au Canada pour un séjour prolongé. Beaucoup de ces personnes âgées ont des problèmes de santé préexistants et risquent de ne pas être correctement assurées. Cela imposerait un fardeau supplémentaire à notre propre système de santé. Il s’ensuit que, à moins que le Canada exige de la plupart des visiteurs une assurance-maladie privée adéquate, il serait peut-être logique que les provinces augmentent leur couverture des soins de santé à l’extérieur du pays, en particulier celles qui accueillent un grand nombre de nouveaux Canadiens comme la Colombie-Britannique, l’Alberta, l’Ontario et même le Québec.

Loi canadienne sur la santé

En effet, l’annulation de la couverture à l’étranger violerait la Loi canadienne sur la santé. Cela pourrait placer le ministre fédéral de la Santé et le premier ministre dans une situation des plus difficiles s’ils veulent être équitables envers tous les Canadiens.

Justin Trudeau pourrait éventuellement intervenir. Après tout, le 8 février, il a déclaré (dans le Ottawa Citizen): «Nous avons déjà agi par le passé lorsque les provinces ne se sont pas alignées sur la Loi canadienne sur la santé».

Cependant, s’il veut être juste et cohérent, il devrait également remédier à la violation de longue date par le Québec d’une partie différente de l’article 11 de la Loi canadienne sur la santé. Cette province paie uniquement son propre taux lorsque ses résidents reçoivent des soins médicaux dans une autre province, bien que la LCS indique clairement que ce sont les taux de la province d’accueil qui doivent s’appliquer. En conséquence, peu de médecins en Ontario ou ailleurs au Canada accepteront une carte d’assurance-maladie du Québec. 

Cela a une incidence sur les personnes de l’ouest du Québec qui recherchent des services spécialisés à Ottawa et les Québécois qui sont soignés pour des accidents ou des maladies imprévus, alors qu’ils sont en vacances ou en voyage d’affaires dans une autre province ou un autre territoire. Cela affecte également les Québécois au cours des trois premiers mois suivant un déménagement permanent dans une autre partie du Canada. Beaucoup ont des conditions préexistantes qui nécessitent un suivi médical. Ils auraient peut-être besoin de consulter un médecin dans leur nouvelle province pour des renouvellements d’ordonnances, des analyses de sang, des radiographies ou pour un problème de santé imprévu. Malheureusement, ils ne sont «couverts que par une carte santé québécoise que peu de médecins accepteront. La plupart doivent payer de leur poche, puis attendre plusieurs semaines ou mois pour obtenir un remboursement partiel du gouvernement du Québec.

Trudeau devrait s’abstenir de critiquer le gouvernement de Doug Ford s’il ne veut pas exhorter le premier ministre du Québec, François Legault, à obéir également à toutes les dispositions de la LCS.

Les citoyens méritent d’être traités sur un pied d’égalité en vertu de la loi fédérale des deux côtés de la rivière des Outaouais.

Le Dr Charles S. Shaver est natif de Montréal. Il est ancien président de la section de médecine interne générale de l’Association médicale de l’Ontario. Les opinions exprimées dans le présent article sont les siennes.