Soigner notre système de santé par la fiscalité

Il y a quelque temps, un kyste s’est développé sur mon épiderme. Ceci m’a incommodé et inquiété. J’ai donc voulu prendre rendez-vous avec mon médecin. Après m’être buté plusieurs fois à une ligne occupée, une réceptionniste a fini par me dire, environ deux heures après mon premier essai, que l’horaire de mon médecin était déjà complet pour le mois en cours — nous étions en début de mois — et que l’horaire pour le mois suivant serait connu le 15.

Petite note au ministre Barrette : il ne suffit pas d’avoir un médecin de famille, encore faut-il y avoir accès dans un délai raisonnable!

Cette longue période d’attente n’était pas de nature à me rassurer, d’autant plus qu’imaginant le pire, j’avais lu dans les jours précédents qu’il y avait au Québec 97 075 patients en attente d’une chirurgie. Sans compter ceux qui attendaient pour voir un spécialiste…

Je décidai alors de contacter le bureau d’un dermatologue du privé. Trois minutes plus tard, j’avais parlé à un humain, je connaissais les coûts pour enlever mon kyste, soit 250 $ pour l’examen et 1150 $ pour la chirurgie elle-même. De plus, on m’assurait que le tout serait complété dans les deux prochaines semaines. Ouf! C’était mieux que d’être le cent millième sur une liste. Mais il y avait un prix à payer.

Une simulation simple à partir de nos rapports d’impôt de l’an dernier m’a permis d’établir que ma conjointe et moi devrions retirer en crédits d’impôt environ 175 $ au fédéral et 210 $ au provincial, pour un coût net d’environ 1000 $.

Je n’ai pas de préjugé idéologique contre le public, j’ai travaillé 35 ans dans le secteur public en éducation. Toutefois, lorsque l’on fait face à un problème de santé, il faut pouvoir le régler rapidement, le temps étant souvent un facteur aggravant. Mes démarches m’ont donc amené à tirer quelques conclusions.

D’abord, il n’existe pas de solution unique et magique pour guérir notre système de santé sérieusement malade, mais le recours au privé, le temps qu’il le faudra, en est sûrement une. 

Certains prétendent que le système public manquerait de médecins si plusieurs optaient pour le privé. C’est faux : nous avons maintenant plus de médecins que la moyenne canadienne par cent mille habitants. De jeunes médecins se disent aussi forcés de s’expatrier pour trouver un emploi. Sans compter que plusieurs médecins en ont marre de toute la bureaucratie entourant le système public. Ils aimeraient travailler avec moins de contraintes.

L’autre volet est d’ordre financier : dans le cas ci-haut, à l’intérieur du système public, le coût de ma chirurgie pour le gouvernement québécois serait au minimum de 1400 $, mais probablement beaucoup plus si l’on tient compte de l’ensemble des coûts. Pour la même opération effectuée au privé, celui-ci supporterait plutôt 210 $, une économie pour lui de près de 1200 $. Autre élément intéressant, le fédéral serait mis à contribution pour un montant qui peut avoisiner celui du provincial. Une façon pour M. Barrette d’aller chercher une partie des sommes qu’il n’a pas obtenues lors de la dernière négociation avec le gouvernement fédéral.

Reste les 1000 $ à débourser. En allant au privé, ça devient une taxe volontaire, mais l’on aura été soigné beaucoup plus rapidement. On met des milliers de dollars sur des voitures, des voyages, etc. Pourquoi pas sur sa santé? Et quelqu’un au public aura gagné un rang dans la liste d’attente.

Dans le contexte actuel, où l’accessibilité est extrêmement problématique, pourquoi le gouvernement n’irait-il pas plus loin en accordant un crédit d’impôt remboursable — par exemple de 30 % — sur les soins de santé dispensés au privé, de façon à permettre à un plus grand nombre de se prévaloir de cette option? Celui-ci économiserait encore au minimum 70 % de la facture. Sans compter que l’accessibilité serait améliorée pour tous!

En passant, mon kyste s’est quelque peu résorbé et je devrais voir mon médecin de famille d’ici quelques jours.

Guy Gagné, ex-membre du conseil d’administration d’un centre hospitalier, Mont-Saint-Hilaire