« Pensons aux pratiques agricoles intensives où le sol reste à nu 12 mois par année, sans aucune protection végétale pour absorber et retenir les eaux de ruissellement. », déclare Jean-Claude Thibault.

Serions-nous en partie la cause des inondations ?

OPINION / Les inondations s’annoncent de plus en plus fortes, de plus en plus fréquentes. Serait-ce dû uniquement aux changements climatiques ?

Bien sûr que nous avons à nous adapter rapidement à cette nouvelle réalité planétaire. Mais localement, les diverses interventions que nous faisons sur notre territoire ont aussi un impact majeur sur l’écoulement trop brutal des eaux de fonte et des pluies torrentielles. N’aurions-nous pas inconsciemment « causé » l’augmentation de l’ampleur et de la fréquence de nos inondations ?

De trop nombreuses pratiques forestières, agricoles, routières, urbaines sont faites sans prendre en compte l’énorme impact qu’elles ont sur le bilan hydrologique des rivières qui reçoivent leurs apports supplémentaires d’eau. Il nous faut repenser toutes ces formes d’aménagements.

Pensons aux coupes forestières à blanc qui se font encore régulièrement dans le Nord et qui surchargent les grandes rivières nourricières de l’Outaouais, des Laurentides, de la Mauricie et du Saguenay. Les inondations de 2017 auraient dû soulever ce questionnement sur ces pratiques en amont de leurs zones sinistrées. Il existe pourtant de nombreuses techniques d’aménagement forestier qui contrôlent mieux l’évacuation des eaux de ces forêts.

Pensons aux pratiques agricoles intensives où le sol reste à nu 12 mois par année, sans aucune protection végétale pour absorber et retenir les eaux de ruissellement. Ces apports continuels en eau provoquent des hausses démesurées du niveau des cours d’eau. Là aussi, il existe des techniques de végétalisation de ces zones désherbée, ce qui réduirait de façon significative l’apport trop rapide des eaux gonflant nos rivières.

Pensons à la « bétonnisation » de nos milieux urbains qui imperméabilise une grande partie de nos villes et villages. Toute cette eau qui ne peut être absorbée naturellement par le sol augmente l’apport des eaux dans les cours d’eau, les égouts pluviaux et les fossés environnants. Pourtant, nous connaissons plein de techniques d’aménagements urbains aptes à absorber ces eaux supplémentaires.

Tous les modes d’utilisation de notre territoire qui ne tiennent pas compte des graves impacts qu’ils ont sur l’évacuation trop rapide des eaux de fonte et de ruissellement doivent être réorganisés. Le gouvernement devrait mettre en place un programme national de gestion des eaux de ruissellement. Un tel plan d’action de prévention des inondations implanterait de meilleures pratiques d’utilisation du territoire aptes à réduire l’ampleur et la fréquence des inondations.

Ce texte a été écrit par Jean-Claude Thibault, président de la Coopérative de protection de l'eau, RAPPEL.