Selon l’auteur de cette lettre d’opinion, les séances d’information sur le phare ont démontré qu’il faut une institution indépendante de consultation publique, enchâssée dans la Charte de la Ville de Québec, Capitale nationale du Québec.

Séances d’information ou référendum sur Le Phare?

Le processus de consultation publique du plus grand projet immobilier à n’être jamais réalisé au Québec est en cours avec, comme première étape, deux séances d’information dirigées personnellement par le promoteur du projet Le Phare. Avec sa renommée et ses moyens, le Groupe Dallaire en a mis plein les yeux devant les citoyens présents, pouvant rendre l’échange intimidant et peu favorable à explorer tous les angles des impacts de ce projet, sur l’ensemble du territoire.

Il faut d’abord souligner que les impacts sur la circulation, le transport actif et le transport en commun ne sont pas du ressort du promoteur. Le simple visionnement de la vidéo présentant le projet montre bien qu’on tient pour acquis des infrastructures qui relèvent d’autres autorités et pour lesquelles les processus décisionnels ne sont pas complétés et dont l’échéancier ainsi que les coûts de réalisation demeurent des paramètres pour le moins actuellement méconnus. Bref, il y a des incertitudes qu’on préfère ignorer pour ne pas nuire à une vaste opération charme. Car c’est de cela qu’il s’agit : séduire la population d’une ville moyenne qui rêve de jouer dans la cour des grands (on n’a pas les moyens d’avoir une équipe de hockey mais on peut bien rêver de grandeur quand même).

En outre, les impacts sociaux et économiques d’un point de vue citoyen de même que les déplacements de population ne sont pas non plus de son domaine, si bien que les séances d’information des 19 et 20 juin 2018 ne sont que très partielles. Elles prenaient même des allures de référendum : les «pour» applaudissaient et les «contre» osaient poser des questions. Ce matin, on avançait même des pourcentages dans les médias (basés sur quoi?).

Cependant, ce processus aux multiples facettes qui vient de commencer pourrait devenir un modèle de consultation publique pour le reste du Québec. Mais de quel modèle s’agira-t-il? Du modèle du tout au promoteur ou de celui de la démocratie participative?

La Ville de Québec peut toutefois se référer à son modèle de participation citoyenne des conseils de quartier, qui nous viennent de l’importance que monsieur le maire L’Allier accordait aux rapports qu’il entretenait avec les citoyens. Il en a laissé un legs pour les générations futures, en faisant de ces conseils de quartier une institution garantie par la Charte de la Ville de Québec.

Ces conseils de quartier ont été conçus comme une interface indépendante entre les citoyens et les élus municipaux, pour que les enjeux citoyens soient bien connus des conseillers municipaux et considérés par le conseil municipal.

Une loi, même une Charte, peut être modifiée et doit l’être quand le rapport entre la Ville et ses citoyens change. Et un des éléments qui a changé de manière profonde avec le projet de loi 122 sur les gouvernements de proximité est le levier de négociation que les citoyens avaient avec les promoteurs, via le droit au référendum garanti par Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (LAU).

C’est une politique de consultation publique qui viendra remplacer le référendum et celle-ci doit donc s’élever à un niveau supérieur pour consacrer un processus inclusif, indépendant, en amont de la réglementation, respectueux à la fois des citoyens et des promoteurs, et s’intégrer au développement durable de la Capitale nationale, bijou du patrimoine mondial.

Monsieur le maire Labeaume aura-t-il autant de respect pour le rapport qu’il entend entretenir avec ses citoyens qu’en a eu feu le maire L’Allier? Aura-t-il la force nécessaire pour enchâsser dans la Charte de la Ville de Québec, Capitale nationale du Québec les bases d’une consultation publique active et permanente dans les règles de l’art et de nous en faire le legs?

À l’évidence, les séances d’information sur le phare ont démontré qu’il nous faut une institution indépendante de consultation publique, enchâssée dans la Charte de la Ville de Québec, Capitale nationale du Québec.

Mireille Bonin, Monique Gagnon, Claudine Dorval, Québec