Scrutin: une réforme ne nuirait pas aux francophones

Dans Le Devoir du 30 novembre, un long article signé par Christian Dufour et Louis Sormany développe la thèse qu’une réforme du mode de scrutin, en y introduisant un élément de proportionnel, affaiblirait la majorité francophone en donnant un poids plus important aux voteurs non francophones. Au début des années 80, cette argumentation a été largement employée à l’intérieur du Parti québécois pour contrer les volontés de réforme de René Lévesque.

Or, dès qu’on regarde les données objectives et chiffrées, cette crainte est sans fondement. Voyons les résultats des dernières élections dans le lieu le plus problématique à cet effet : l’île de Montréal.

— En 2018, les libéraux ont obtenu 19 des 27 circonscriptions de l’île, alors qu’en proportion de leur vote, ils auraient dû en obtenir 12;

— Le Parti québécois n’en a obtenu aucune, alors qu’un vote proportionnel lui en aurait donné trois;

— Québec solidaire a eu une proportion de députés élus correspondant à son vote dans toute l’île, soit six.

— La CAQ a obtenu deux députés alors qu’elle aurait dû en obtenir cinq en proportion de son vote.

Pour notre propos, nous négligeons les fractions — il nous manque un député…— et les dispositions complexes des systèmes de vote proportionnel en usage dans le monde.

En somme, données objectives de 2018 en main, un système de vote proportionnel aurait diminué fortement la représentation libérale et augmenté la représentation à l’Assemblée nationale du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec.

Les faits sont clairs, mais aussi il suffit d’y penser un peu : dans le système uninominal à un tour qui est le nôtre, jamais les francophones des circonscriptions à forte composante anglophone ne verront leurs votes peser le moindrement dans le résultat électoral. Prenons la circonscription la moins francophone de l’île — Jacques-Cartier. Depuis toujours, les 26 % de francophones qui y vivent ne pèsent d’aucun poids sur la détermination du vote, alors que dans un système proportionnel, leur vote redevient important.

Comment alors prétendre que le vote proportionnel affaiblirait la majorité franco-québécoise? Ce sont de pures spéculations sans fondement dans la réalité.

Michel Lemieux, ancien conseiller de René Lévesque